Home MondeHRW accuse Israël de nettoyage ethnique en Cisjordanie

HRW accuse Israël de nettoyage ethnique en Cisjordanie

by Clara Dubois

Publié le 20 novembre 2025 à 17h09. Une enquête accablante d’Human Rights Watch dénonce des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis par Israël en Cisjordanie occupée, notamment l’expulsion forcée de dizaines de milliers de Palestiniens des camps de réfugiés.

  • Israël est accusé d’avoir commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité en expulsant plus de 32 000 Palestiniens des camps de Jénine, Tulkarem et Nur Shams.
  • L’armée israélienne aurait détruit des centaines de maisons et empêché les expulsés de rentrer, les laissant sans abri ni assistance.
  • Human Rights Watch appelle à un embargo sur les armes contre Israël et à des poursuites pour crimes de guerre contre les responsables israéliens, notamment le Premier ministre Netanyahu et le ministre de la Défense Katz.

L’organisation de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW) publie un rapport accablant détaillant des violations graves du droit international commises par Israël en Cisjordanie occupée. Selon l’enquête, les forces israéliennes se sont rendues coupables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité en expulsant de force plus de 32 000 Palestiniens des camps de réfugiés de Jénine, Tulkarem et Nur Shams entre janvier et février 2025.

Ces camps, établis au début des années 1950 par l’Office des Nations unies pour les réfugiés palestiniens dans le Proche-Orient (UNRWA) afin d’accueillir les Palestiniens expulsés ou ayant fui pendant la guerre de 1948, sont densément peuplés et considérés comme des bastions de la résistance palestinienne. HRW affirme que les habitants expulsés ne sont toujours pas autorisés à rentrer chez eux et que des centaines de leurs maisons ont été démolies par l’armée israélienne.

Selon le rapport, l’armée israélienne a ordonné aux Palestiniens de quitter les camps, notamment par le biais de haut-parleurs montés sur des drones. Les soldats auraient ensuite pénétré dans les habitations, les pillant et soumettant les occupants à des interrogatoires. L’opération, menée avec un important déploiement de forces comprenant des hélicoptères Apache, des véhicules blindés et des drones, a été justifiée par le ministre de la Défense Katz qui a qualifié la région de « foyer de terroristes ».

Les expulsés n’ont reçu aucune aide ni proposition de relogement, se retrouvant contraints de chercher refuge chez des proches, dans des mosquées ou des écoles, tandis que leurs maisons étaient détruites. Des images montrent des bulldozers D9 israéliens rasant des bâtiments. Seule une infime partie des personnes concernées a eu la possibilité de récupérer quelques effets personnels.

Israël justifie l’opération « Mur de Fer » par la menace posée par les camps de réfugiés, affirmant qu’ils abritent un nombre croissant d'”éléments terroristes” profitant de la densité de la population. L’armée israélienne affirme avoir désamorcé des explosifs et mené des échanges de tirs avec des militants.

HRW souligne qu’Israël n’a pas expliqué pourquoi il était nécessaire d’expulser l’ensemble de la population et pourquoi les habitants ne sont pas autorisés à rentrer. Le rapport précise également que des tirs ont été ouverts sur des personnes tentant de regagner leurs foyers.

HRW qualifie ces événements de cas de nettoyage ethnique, un terme non juridique désignant le déplacement forcé d’un groupe ethnique ou religieux par un autre. L’organisation affirme que l’expulsion massive viole les Conventions de Genève, qui n’autorisent le déplacement forcé de civils des territoires occupés que temporairement et pour des raisons militaires impératives ou de sécurité urgente. Selon HRW, ces conditions n’ont pas été remplies.

Le rapport recommande de traduire en justice les responsables de ces crimes de guerre et crimes contre l’humanité, citant notamment le Premier ministre Netanyahu et le ministre de la Défense Katz. HRW plaide également pour un embargo complet sur les armes contre Israël, la suspension des accords commerciaux, un boycott des produits provenant des territoires occupés et le respect des mandats d’arrêt émis par la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye. En novembre, la CPI a émis des mandats d’arrêt contre Netanyahu et l’ancien ministre de la Défense Gallant, notamment pour famine imposée à des civils à Gaza.

Jeunes Palestiniens sous les décombres de bâtiments détruits à Jénine, février 2025

HRW a interrogé 31 Palestiniens expulsés pour ce rapport de plus d’une centaine de pages. L’organisation a également analysé des images satellite, des vidéos et des documents israéliens contenant des ordres de démolition de bâtiments.

Plus de 850 bâtiments auraient été détruits ou gravement endommagés dans les camps de réfugiés de Jénine, Tulkarem et Nur Shams. Israël affirme que cela était nécessaire pour démanteler les infrastructures utilisées par les militants et pour créer des couloirs permettant un accès rapide à la zone.

La situation intervient dans un contexte de tensions accrues suite à l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, au cours de laquelle environ 1 200 personnes ont été tuées et 250 prises en otage. Depuis lors, Israël a mené des opérations militaires non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie, où au moins un millier de Palestiniens ont été tués par les forces israéliennes ou des colons extrémistes en un peu plus de deux ans.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.