Une sensibilité exacerbée aux odeurs, parfois jusqu’à l’intolérance, touche une minorité de la population. Ce phénomène, appelé hyperosmie, peut être passager, lié à des changements hormonaux, ou révéler des causes plus complexes.
L’hyperosmie se manifeste par une perception olfactive anormalement vive. Certaines personnes perçoivent des odeurs comme excessivement fortes, voire nauséabondes, alors qu’elles sont considérées comme normales par la majorité. Dans les cas les plus sévères, cette hypersensibilité peut entraîner des nausées, des vomissements ou des migraines.
La cause la plus fréquente de l’hyperosmie est liée à la grossesse, en particulier durant le premier trimestre. Les fluctuations hormonales importantes, notamment l’augmentation des taux d’œstrogènes et de progestérone, stimulent les récepteurs olfactifs du cerveau. « Le système olfactif est le seul système sensoriel doté d’une telle sensibilité aux hormones sexuelles », explique Hirac Gurden, directeur de recherches en neurosciences au CNRS et auteur de Sentir – Comment les odeurs agissent sur notre cerveau. Cette hyperosmie passagère peut expliquer les nausées matinales souvent associées à la grossesse.
Mais l’hyperosmie peut également avoir des origines génétiques. Des variations dans les gènes responsables des récepteurs olfactifs, notamment OR6A2 et OR11, peuvent rendre certaines personnes plus sensibles à certaines odeurs. Par exemple, le gène OR6A2 peut provoquer une aversion pour la coriandre, perçue comme ayant une odeur de savon ou d’insecte écrasé, alors que d’autres la trouvent fraîche et citronnée. De même, une surexpression du récepteur OR11 peut rendre particulièrement désagréables les odeurs de fromages forts ou de sueur.
Certaines conditions médicales peuvent également être à l’origine d’une hyperosmie. Les personnes épileptiques peuvent présenter une sensibilité accrue aux odeurs après une crise, en raison de perturbations temporaires du système olfactif cérébral. Le syndrome de Cushing, caractérisé par un excès de cortisol, peut également provoquer une hyperosmie. De même, certains médicaments, comme les amphétamines (prescrites pour les troubles de l’attention avec hyperactivité) ou le méthotrexate (utilisé dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde et du psoriasis sévère), peuvent induire une hypersensibilité olfactive.
Il est également possible de ressentir une forme d’hyperosmie après l’arrêt du tabac. En réalité, le tabac altère l’odorat, et sa suppression permet une récupération soudaine de la sensibilité, qui peut être perçue comme un choc sensoriel.
Le diagnostic de l’hyperosmie repose sur un examen médical approfondi, incluant un bilan ORL pour éliminer d’autres causes possibles, comme une obstruction nasale. Il existe également des tests olfactifs spécifiques pour évaluer la sensibilité aux odeurs.
Bien qu’il n’existe pas de traitement spécifique pour atténuer l’hyperosmie, un suivi psychothérapeutique peut aider les patients à mieux gérer les odeurs qui les dérangent. Des séances de désensibilisation pourraient également être envisagées.
L’hyperosmie peut également survenir de manière cyclique chez certaines femmes, lors du pic d’œstrogènes lié à l’ovulation.
Il est important de noter que la maladie de Parkinson et le COVID-19 entraînent généralement une perte de l’odorat (hyposmie) plutôt qu’une hypersensibilité.