Home SantéIl n’y a pas que le cholestérol : les facteurs de risque silencieux qui accélèrent le vieillissement cardiaque

Il n’y a pas que le cholestérol : les facteurs de risque silencieux qui accélèrent le vieillissement cardiaque

by Sophie Martin

Publié le 24 septembre 2025 10:32:00. Au-delà du cholestérol et de l’hypertension, une vaste étude américaine révèle que le stress financier et les difficultés d’accès à une alimentation saine peuvent accélérer le vieillissement du cœur, parfois plus que les facteurs de risque traditionnels.

  • Une étude menée sur plus de 280 000 adultes a mis en évidence l’impact des déterminants sociaux de la santé sur le vieillissement cardiovasculaire.
  • La pression financière et l’insécurité alimentaire apparaissent comme les facteurs sociaux les plus prégnants.
  • Un algorithme d’intelligence artificielle permet d’estimer l’âge biologique du cœur avec une précision accrue.

Le cholestérol et l’hypertension artérielle ne sont pas les seuls ennemis du cœur. Une étude d’envergure a révélé l’importance de facteurs souvent sous-estimés, liés au stress psychosocial, qui accélèrent silencieusement le vieillissement cardiaque. Les résultats, publiés dans Actes de la clinique Mayo, soulignent l’influence des déterminants sociaux de la santé (DSS).

Dirigée par le docteur Amir Lerman, du département de médecine cardiovasculaire de la clinique Mayo à Rochester (États-Unis), l’étude a analysé les données de plus de 280 000 adultes entre 2018 et 2023. Elle met en lumière l’importance de ces DSS, qui englobent les conditions de vie et les facteurs socio-économiques influençant la santé.

L’étude a notamment identifié la pression financière et l’insécurité alimentaire – l’incapacité à satisfaire les besoins nutritionnels – comme les déterminants sociaux les plus fortement associés à un risque cardiovasculaire accru. Dans un contexte où l’espérance de vie s’allonge, l’objectif n’est plus seulement de vivre plus longtemps, mais aussi de bénéficier d’une meilleure qualité de vie pendant ces années supplémentaires. Cela nécessite le développement de stratégies innovantes et de méthodes de détection précoce plus performantes.

Pour évaluer l’âge biologique du cœur des participants, les chercheurs ont utilisé un algorithme d’électrocardiogramme (ECG) assisté par l’intelligence artificielle (AI-ECG). Cet outil a permis de calculer la différence entre l’âge chronologique des individus et l’âge de leur cœur. Un écart significatif indique que le cœur vieillit plus rapidement que le reste du corps, ce qui augmente le risque de problèmes cardiovasculaires futurs.

L’étude a pris en compte neuf aspects sociaux : le stress, l’activité physique, les liens sociaux, le logement, la pression économique, l’insécurité alimentaire, l’accès aux transports, la nutrition et l’éducation. Selon le cardiologue Martín Lombardero, interrogé par Infobae :

« La pratique clinique cardiovasculaire néglige souvent l’impact de la santé mentale et l’importance de son inclusion dans les soins cardiovasculaires ; cela doit changer. »

Martín Lombardero, cardiologue

Il souligne que le nouveau consensus clinique publié cette année par la Société européenne de cardiologie (ESC) met en évidence le rôle du stress psychologique dans le risque cardiovasculaire. Ce stress psychosocial, défini comme la réponse à des demandes sociales dépassant les capacités d’adaptation de l’individu, inclut des problèmes familiaux, l’isolement social, les pressions financières et les contraintes professionnelles.

Les perturbations psychiques interagissent avec la santé cardiovasculaire de manière bidirectionnelle. Comme l’explique Lombardero : « Le stress psychologique affecte le cœur, mais en même temps, une maladie cardiaque affecte notre esprit. » Ces interactions se manifestent par des changements dans l’équilibre du système nerveux autonome, des modifications des hormones et des neurotransmetteurs (cortisol, adrénaline, noradrénaline), et une activation des systèmes inflammatoires. Le stress peut également conduire à l’adoption d’habitudes malsaines, comme le tabagisme et la consommation excessive d’alcool.

Les maladies cardiovasculaires restent la principale cause de mortalité et de morbidité dans le monde, malgré les progrès de la prévention et de la science. L’incidence de ces maladies augmente avec l’âge, et des inégalités croissantes existent entre les différents groupes de population. Ces disparités pourraient être dues à un manque d’attention aux conditions sociales dans lesquelles les gens naissent, vivent, travaillent et apprennent – ces mêmes déterminants sociaux de la santé.

Face à ces constats, les chercheurs insistent sur la nécessité d’intégrer une évaluation sociale systématique dans les consultations médicales afin de renforcer la prévention cardiologique et d’améliorer les soins centrés sur le patient. Selon le docteur Lerman, il est crucial d’identifier les facteurs sociaux qui pourraient inverser le vieillissement biologique, des facteurs qui sont souvent négligés dans la pratique clinique actuelle.

Il est toutefois important de noter que la majorité des participants à l’étude étaient de race blanche non hispanique. Les résultats pourraient donc ne pas être directement applicables à d’autres populations. De plus, l’algorithme d’intelligence artificielle utilisé a été validé spécifiquement dans le cadre de la clinique Mayo, ce qui nécessite une prudence lors de son application à l’échelle internationale.

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