Les médecins à la retraite consultent dans un nouveau centre de santé du 13e arrondissement à Paris. Un moyen de lutter contre les déserts médicaux et les hôpitaux déverrouillés. Les spécialités médicales de Fedon Vallet ont été ouvertes il y a un mois. Tout ce qui manque, ce sont les patients.
Le centre de spécialités médicales Odon Vallet ouvre du lundi au vendredi de 8h30 à 17h. Une trentaine de médecins généralistes et spécialistes sont installés depuis un mois au 15 boulevard Général Jean Simon dans le XIIIème arrondissement de Paris.
« Les hôpitaux, c’est une horreur pour avoir un rendez-vous »
Claudine, est assise sur un fauteuil jaune dans la salle d’attente, elle est toute seule. Elle n’a eu qu’à passer un coup de téléphone pour prendre rendez-vous, c’est beaucoup plus rapide : « les hôpitaux c’est une horreur pour avoir un rendez-vous. Il faut un scan, une imprimante c’est pas humain, tout passe par l’informatique« . Cette ancienne enseignante de 65 ans consulte un spécialiste pour une hernie hiatale.
Son médecin, c’est Docteur Roche. 74 ans, moustache blanche, il est hépato-gastroentérologue. Il travaille à l’hôpital en tant que bénévole « moi depuis deux ans ils estiment que je suis trop agé pour être rémunéré. Ils n’encouragent pas à continuer pour les médecins d’un certain âge ». Et maintenant au centre de spécialités médicales : « la considération des médecins est meilleure. A l’hôpital on n’est pas très bien traité, surtout par l’administration. Et on a plus de temps à consacrer au patient. Le fait de continuer c’est surtout de suivre les patients qu’on suit depuis des années« .
« Ça ne vous coûtera rien »
L’idée vient d’un médecin, le docteur Mandji. Quand il a vu d’éminents spécialistes poussés à prendre leur retraite, l’un d’entre eux lui a dit : « je vais partir et tout ce que j’ai appris sera perdu. Donc j’ai eu cette idée en me disant on va recruter ces retraités jeunes qui ont la quintessence de la connaissance dans ce désert médical » se félicite-t-il. Les médecins sont salariés. Pour quelques heures de consultations, ils gagnent environ 400 euros par jours. Le centre les paie puis facturent les actes à la CPAM. Ce lieu existe en grande partie grâce aux dons de la fondation Vallet (600 000 euros), mais aussi de la mairie de Paris (180 000 euros) et de la région (100 000 euros).
Et pour le coût de la consultation ? « Ça ne vous coûtera rien » lâche Jérémy Renard, co-fondateur du centre Odon Vallet « puisqu’on est sans dépassement d’honoraire donc si vous venez avec votre carte vitale ou votre mutuelle vous n’aurez aucun reste à charge« . Il s’adosse sur une chaise dans le cabinet d’ORL, fraichement équipée mais peu utilisée pour le moment. On ne peut pas réserver sur Doctolib : « nous on a pris la plateforme Maiia, pas très connue… On a des médecins qui se tournent les pouces aujourd’hui ce qui nous fait mal au cœur. Il reste encore des créneaux disponibles surtout en médecine générale, en pédiatrie et en gynécologie« .
Désengorger les hôpitaux
Jérôme Coumet, maire du XIIIème arrondissement de Paris, est venu visiter les nouveaux locaux. Le rôle de ce centre est avant tout préventif : « pour désengorger et limiter les hospitalisations parce que quand on est en mauvaise santé et qu’on ne voit pas un médecin suffisamment tôt, malheureusement, ça peut se terminer à l’hôpital et on le sait, consulter dans les temps en ville évite beaucoup d’hospitalisations coûteuses ».
Il s’agit aussi de lutter contre la fuite des savoirs, le centre compte former 4 à 8 internes d’ici la fin de l’année « on va avoir besoin de plus en plus de médecins on a besoin des retraités » poursuit Jérémy Renard. Pour aller plus loin conclut-il, il défend la création d’un statut spécifique du volontariat du médecin retraité « contre toute attente, on a le même taux de charge que n’importe quel salarié du privé, environ 43%, quand on est en secteur 1, c’est compliqué« . Le centre va embaucher une vingtaine d’autres médecins pour l’année prochaine. Toutes les spécialités seront représentées se réjouit son fondateur.