Publié le 2 octobre 2025. Des chercheurs internationaux ont réussi pour la première fois à observer des agrégats de la protéine alpha-synucléine directement dans le cerveau humain, une avancée cruciale pour comprendre les mécanismes précoces de la maladie de Parkinson et, à terme, développer des traitements plus efficaces.
- Une nouvelle technique d’imagerie, ASA-PD, a permis de visualiser ces minuscules grappes protéiques, jusqu’alors indétectables in vivo.
- L’étude révèle que ces agrégats sont présents à la fois dans le cerveau de patients atteints de Parkinson et de personnes en bonne santé, mais en quantité plus importante et plus concentrée dans les cas de maladie.
- Cette découverte pourrait permettre de détecter la maladie à un stade précoce, avant l’apparition des symptômes cliniques.
Une équipe internationale de chercheurs, dirigée par l’Université de Cambridge (Royaume-Uni), a franchi une étape importante dans la compréhension de la maladie de Parkinson. Ils ont mis au point une nouvelle méthode d’imagerie, baptisée ASA-PD (Advanced Single Aggregate detection for Parkinson’s Disease), capable de détecter des agrégats d’alpha-synucléine, une protéine impliquée dans le développement de la maladie, directement dans le tissu cérébral humain. Jusqu’à présent, ces minuscules structures n’avaient pu être observées que dans des environnements artificiels, comme des cellules cultivées en laboratoire ou des tubes à essai.
Les résultats de cette étude, publiés dans la revue Nature Biomedical Engineering, ouvrent de nouvelles perspectives pour la recherche sur cette pathologie neurodégénérative qui touche des millions de personnes dans le monde. « Pendant longtemps, on a suspecté la présence de ces agrégats dans le cerveau humain, et cette étude contribue à le confirmer. Pouvoir les visualiser nous permet de commencer à comprendre comment ils contribuent à la maladie », explique Steven F. Lee, chercheur principal de l’étude.
La technique ASA-PD repose sur une microscopie à fluorescence ultrasensible, capable d’analyser des millions d’oligo-synucléines (petits agrégats de la protéine alpha-synucléine) dans le tissu cérébral post-mortem. « Nous avons dû concevoir de nouveaux instruments et de nouvelles méthodes pour capturer ces signaux extrêmement faibles. C’est un peu comme essayer de voir les étoiles en plein jour : on sait qu’elles sont là, mais leur lumière est masquée », illustre Steven F. Lee.
Les chercheurs ont comparé le cerveau de patients atteints de la maladie de Parkinson à celui de personnes en bonne santé d’âge similaire. Ils ont constaté que les oligo-synucléines étaient présents dans les deux cas, mais qu’ils étaient plus nombreux, plus grands et plus brillants dans les cerveaux des patients atteints de la maladie, ce qui renforce l’hypothèse de leur rôle dans la progression de la pathologie.
Le début avant les traces tardives
Pendant plus d’un siècle, la maladie de Parkinson a été associée à la présence des corps de Lewy, des dépôts importants de protéines dans les neurones. Cependant, ces corps de Lewy apparaissent généralement à un stade avancé de la maladie, lorsque les lésions cérébrales sont déjà bien établies. « La différence est que les corps de Lewy nous indiquent où la maladie a progressé, tandis que les oligo-synucléines pourraient nous montrer où elle commence », précise Steven F. Lee. Leur détection ouvre donc la voie à une meilleure compréhension des phases initiales de la maladie et, potentiellement, au développement de thérapies plus précoces et plus efficaces.
Prudence dans l’interprétation
Des spécialistes extérieurs à l’étude saluent l’importance de cette découverte, tout en soulignant la nécessité de poursuivre les recherches. « Les résultats doivent être confirmés dans des cohortes indépendantes et comparés à d’autres maladies neurodégénératives pour vérifier leur spécificité », prévient Michele Matarazzo, neurologue au HM Cinac Neurosciences Center intégral, dans des déclarations rapportées par SMC Espagne.
Malgré ces limites, Steven F. Lee se montre optimiste. Son équipe prévoit d’appliquer la technique ASA-PD à d’autres maladies impliquant des protéines mal repliées, telles que la maladie d’Alzheimer ou la sclérose latérale amyotrophique (SLA). « Cette nouvelle approche pourrait être intégrée aux méthodes d’étude de l’ADN et de l’ARN, ce qui nous donnerait un moyen d’identifier les cellules qui présentent les premiers signes de la maladie. Cette connaissance est essentielle pour concevoir de nouvelles stratégies thérapeutiques », conclut le chercheur britannique.