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Immunité formée dans les maladies neurologiques aiguës et chroniques

by Sophie Martin

Publié le 2026-01-15 12:15:00. Des recherches récentes révèlent que le système immunitaire inné, traditionnellement considéré comme dépourvu de mémoire, possède en réalité une capacité d’adaptation à long terme. Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives pour comprendre les réponses immunitaires et développer des stratégies de prévention et de traitement de diverses maladies.

  • Les cellules immunitaires innées, comme les monocytes et les macrophages, peuvent développer une forme de « mémoire » appelée immunité entraînée (TRIM).
  • Cette immunité est induite par des stimuli variés, allant des infections microbiennes aux inflammations chroniques, et se traduit par une réponse plus rapide et plus efficace lors d’une exposition ultérieure.
  • Des modifications épigénétiques et métaboliques jouent un rôle clé dans la mise en place et le maintien de cette mémoire immunitaire innée.

Longtemps considéré comme le premier rempart contre les agressions extérieures, le système immunitaire inné était réputé pour son action rapide mais non spécifique. On lui opposait le système immunitaire adaptatif, capable de reconnaître précisément les agents pathogènes et de développer une mémoire immunologique durable. Or, des travaux récents démontrent que cette distinction est plus nuancée. Les cellules immunitaires innées, notamment les monocytes, les macrophages et les cellules dendritiques, ainsi que les cellules souches hématopoïétiques (HSPC) et les lymphocytes de type inné, comme les cellules tueuses naturelles (NK), présentent une capacité d’adaptation qui s’apparente à une mémoire, baptisée immunité entraînée (TRIM) (Kaufmann et coll., 2018; Netea et coll., 2011).

L’immunité entraînée se manifeste par une reprogrammation fonctionnelle des cellules immunitaires innées suite à l’exposition à des stimuli spécifiques. Cette reprogrammation permet une réponse améliorée lors de rencontres ultérieures avec des défis similaires (Netea et coll., 2020). Contrairement à la mémoire immunologique spécifique à un antigène, caractéristique du système adaptatif, l’immunité innée entraînée est moins spécifique et peut répondre à un large éventail d’agents pathogènes (Kleinnijenhuis et al., 2012; Sun et coll., 2009). Il est également possible pour ces cellules d’acquérir un état de tolérance immunitaire, où une stimulation préalable atténue leur réactivité, représentant une forme opposée de mémoire immunitaire innée (Biswas et Lopez-Collazo, 2009; Divangahi et al., 2021).

Des chercheurs ont observé des manifestations de TRIM dans divers contextes, notamment lors d’infections microbiennes, après la vaccination (Schrum et coll., 2018; Marcher et coll., 2019), mais aussi en cas d’inflammation stérile, comme après une transplantation d’organe, lors d’un accident vasculaire cérébral ou encore dans le cadre d’une alimentation occidentale (Braza et coll., 2018; Christ et coll., 2018; Simats et coll., 2024). Certaines substances, même après une stimulation de courte durée, semblent capables d’induire une reprogrammation durable des cellules immunitaires innées. Les modèles moléculaires associés aux agents pathogènes (PAMP), libérés lors d’une infection, comme les β-glucanes issus des champignons, ont été parmi les premiers inducteurs de TRIM identifiés (Netea et coll., 2011). Plus récemment, des modèles moléculaires associés aux dommages (DAMP), libérés lors de lésions tissulaires, ont également été impliqués, notamment l’hème extracellulaire, la vimentine, la lipoprotéine de basse densité oxydée (oxLDL) et la boîte de groupe à haute mobilité 1 (HMGB1) (Bekkering et coll., 2014; Braza et coll., 2018; Jentho et al., 2021).

Les cytokines interleukines (IL), produites par les cellules immunitaires en réponse aux PAMP et aux DAMP (Kaneko et al., 2019), semblent jouer un rôle essentiel dans l’acquisition de fonctionnalités d’entraînement par les cellules immunitaires innées. La pré-activation avec les IL-12, IL-15 et IL-18 peut par exemple induire un phénotype de type mémoire dans les cellules NK humaines isolées (Léong et coll., 2014). La signalisation par l’IL-1 est également cruciale pour la formation des HSPC de la moelle osseuse induite par les β-glucanes, offrant une protection contre les infections ultérieures (Ciarlo et coll., 2020; Mitroulis et coll., 2018; Moorlag et al., 2020a; Teufel et coll., 2022). Des recherches récentes, dont celles menées par notre équipe (Simats et coll., 2024), confirment le rôle crucial de l’IL-1β dans la médiation du TRIM dans les HSPC suite à une inflammation systémique stérile, comme un accident vasculaire cérébral.

Les modifications épigénétiques, c’est-à-dire les altérations de l’expression des gènes par des changements dans la structure de la chromatine, constituent le fondement moléculaire du TRIM (Berger et coll., 2009). Des modifications clés des histones, telles que la monométhylation de l’histone 3 lysine 4 (H3K4me1), l’acétylation de l’histone 3 lysine 27 (H3K27ac) et la triméthylation (H3K4me3), ainsi qu’une diminution de la méthylation de l’ADN, agissent comme des marqueurs épigénétiques importants après une stimulation initiale (Balise et coll., 2021; Das et coll., 2019; Verma et coll., 2017; Wang et Hélin, 2025). Ces changements facilitent la transformation des gènes pro-inflammatoires d’un état de repos à un état « entraîné » plus accessible (Fanucchi et coll., 2021; Ghisletti et al., 2010; Novakovic et coll., 2016). Des études récentes suggèrent que l’immunité entraînée induite par le BCG dans les macrophages dérivés de la moelle osseuse repose principalement sur H3K4me1, maintenu à long terme après la stimulation initiale (Soleil et coll., 2023). Cependant, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer si des modifications épigénétiques spécifiques sont universellement requises pour l’induction de la mémoire immunitaire innée, compte tenu de la diversité des stimuli et des types cellulaires.

Enfin, les altérations du métabolisme cellulaire constituent une autre caractéristique typique du TRIM, se traduisant par un passage d’une faible activité biosynthétique à une régulation positive de la glycolyse aérobie et de la phosphorylation oxydative (Arts et coll., 2016a; Bekkering et coll., 2018; Mitroulis et coll., 2018). Des informations plus détaillées sur les mécanismes épigénétiques et métaboliques à l’origine du TRIM dans les cellules immunitaires innées sont disponibles dans une publication précédente de Stephanie Fanucchi (Fanucchi et coll., 2021).

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