Publié le 10 janvier 2026 à 15h51. Une enquête ukrainienne révèle qu’une entreprise privée a détourné environ 70 millions de dollars de fonds publics en fournissant à l’armée des mines défectueuses, mettant en lumière de graves problèmes de corruption au sein des marchés publics de défense.
- Une entreprise ukrainienne est accusée d’avoir livré des mines de qualité inférieure à l’armée, certaines explosant même entre les mains des soldats.
- Le procureur général ukrainien a annoncé l’ouverture d’une enquête et des perquisitions ont été menées, dix personnes étant suspectées.
- L’affaire intervient dans un contexte de scandales de corruption croissants en Ukraine, touchant des proches du président Zelensky.
Le procureur général ukrainien, Rouslan Kravchenko, a rendu publique vendredi une enquête choquante concernant des livraisons d’armes défectueuses à l’armée. Selon les premières conclusions, une entreprise privée aurait empoché près de 70 millions de dollars (environ 64 millions d’euros) en fournissant des mines de qualité inacceptable, présentant un danger pour les soldats sur le front.
Dans une vidéo diffusée sur sa page Facebook, Kravchenko a précisé que des perquisitions avaient été menées et que dix personnes étaient considérées comme suspectes dans cette affaire. L’entreprise en question avait conclu cinq contrats d’État avec diverses organisations de défense, pour un montant total dépassant les 230 millions de dollars (environ 212 millions d’euros). Ces contrats prévoyaient la livraison de plus de 360 000 mines de différents types.
L’enquête, lancée fin 2024 suite à des signalements de plusieurs unités combattantes concernant le manque de mines et leur mauvaise qualité, a révélé un schéma frauduleux impliquant une société écran sans expérience dans la fabrication d’armement. Cette société aurait fourni des mines défectueuses aux militaires et détourné des avances sur des contrats qui n’ont jamais été honorés.
Selon les informations disponibles, les dirigeants de l’entreprise n’ont pas investi les fonds publics dans la production de mines conformes aux normes, mais ont plutôt acheté du matériel à des tiers, qu’ils ont ensuite revendu à d’autres entreprises, réalisant ainsi des profits illégaux.
Quatre des dix suspects ont déjà été arrêtés, a déclaré Rouslan Kravchenko. Les accusations portent sur un préjudice total causé à l’État estimé à 70 millions de dollars (environ 64 millions d’euros), dont 13,3 millions de dollars (environ 12,2 millions d’euros) gaspillés pour des mines défectueuses et 56,4 millions de dollars (environ 51,8 millions d’euros) dépensés pour une chaîne de production qui n’a jamais été mise en service.
Les images diffusées par le bureau du procureur général montrent un dispositif similaire à une mine de type Claymore, conforme aux standards de l’OTAN. Il s’agit d’une structure de la taille d’une soucoupe conçue pour stopper les attaques d’infanterie en projetant des billes d’acier. Le rapport souligne que les dispositifs d’allumage des mines étaient particulièrement défaillants, en raison d’une charge insuffisante, et ne fonctionnaient pas correctement.
Une expertise indépendante menée par le bureau du procureur a confirmé que les armes fournies n’étaient pas adaptées au combat, présentant trois problèmes majeurs : leur manque de fiabilité, leur faible puissance explosive même lorsqu’elles fonctionnaient, et le danger qu’elles représentaient pour les soldats qui les manipulaient.
Des écoutes téléphoniques publiées révèlent que les représentants de l’entreprise étaient eux-mêmes conscients des problèmes. Ils se plaignaient que les mines explosaient parfois de manière intempestive, tandis que dans d’autres cas, elles ne fonctionnaient tout simplement pas.
Une série de scandales de corruption
Cette affaire intervient dans un contexte de multiplication des scandales de corruption en Ukraine. En novembre dernier, une enquête de 15 mois menée par l’Office national anti-corruption d’Ukraine a révélé l’une des plus importantes affaires de corruption de l’ère Zelensky, impliquant des proches du président.
Plus de 70 perquisitions et 1 000 heures de conversations sur écoute ont permis de découvrir environ 100 millions de dollars (environ 92 millions d’euros) de flux financiers illégaux. Des images d’appartements de luxe à Kiev, dont l’un était équipé de toilettes en or, ainsi que des sacs remplis d’argent liquide et des enregistrements audio de responsables discutant de stratégies de blanchiment d’argent ont choqué l’opinion publique ukrainienne.
En novembre, l’ancien vice-Premier ministre Oleksi Tchernysov a également été arrêté, impliqué dans l’affaire de corruption liée à Timur Mindich, un ami de Volodymyr Zelensky. Il a été placé en détention provisoire jusqu’au 16 janvier, avec une caution fixée à 51,6 millions de hryvnias (environ 1,3 million d’euros).
En décembre, alors que Volodymyr Zelensky se rendait en Floride pour rencontrer le président Donald Trump, les agences anti-corruption ukrainiennes ont démantelé une organisation criminelle de parlementaires acceptant des pots-de-vin en échange de leurs votes. Le principal suspect, Yuriy Kiszel, est étroitement lié au président ukrainien. D’autres scandales de corruption impliquant l’entourage de Zelensky sont actuellement en cours d’investigation.
