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Injustice fiscale contre l’Afrique | Économie

by Clara Dubois

Publié le 22 décembre 2025 04:30:00. La fiscalité mondiale est devenue un enjeu crucial pour répondre aux défis du climat, de la dette et du financement des services publics, mais les pays en développement peinent à bénéficier des accords internationaux, fragilisés par les intérêts nationaux.

  • La dette publique africaine a explosé, passant de 120 à 1 800 milliards de dollars (102 à 1 536 milliards d’euros) entre 1990 et aujourd’hui, accaparant une part importante des recettes publiques.
  • L’accord fiscal de l’OCDE, censé favoriser une répartition plus équitable des impôts des multinationales, montre des signes d’échec, notamment avec le retrait des États-Unis.
  • Un nouvel accord fiscal négocié sous l’égide de l’ONU offre une alternative prometteuse pour les pays en développement.

Les impôts se positionnent de plus en plus comme un levier essentiel pour faire face aux enjeux mondiaux, qu’il s’agisse de financer la transition écologique, de gérer la crise de la dette ou de garantir l’accès aux services publics. Cependant, les pays en développement se heurtent à des difficultés croissantes pour collecter des recettes fiscales suffisantes, en raison notamment des pratiques d’évasion fiscale des grandes entreprises multinationales.

La situation est particulièrement préoccupante en Afrique, où le manque de ressources fiscales a conduit à un endettement massif. Selon Marwane Ben Yahmed, dans Jeune Afrique, la dette publique africaine a été multipliée par 15 entre 1990 et aujourd’hui, atteignant 1 800 milliards de dollars (1 536 milliards d’euros). Le service de cette dette absorbe désormais plus de la moitié des recettes publiques, réduisant drastiquement les marges de manœuvre pour investir dans des secteurs essentiels tels que la santé, l’éducation et la lutte contre le changement climatique.

L’accord fiscal conclu en 2021 au sein de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), et signé par 135 pays, visait à corriger les inégalités fiscales en faveur des pays développés. Cet accord reposait sur deux piliers : le premier, destiné à imposer aux multinationales de payer davantage d’impôts dans les pays où elles réalisent leurs ventes, tarde à être mis en œuvre. Le second, qui instaure un taux minimum de 15 % sur les bénéfices des multinationales, a été appliqué par plusieurs États, mais a subi un revers majeur en 2025 avec le retrait des États-Unis. Ces derniers ont conclu un accord au sein du G7 pour exempter les entreprises américaines de ces nouvelles obligations fiscales.

Cette décision américaine suscite une opposition croissante, notamment de la part de la Chine et de certains pays européens, comme la Pologne et la République tchèque, qui dénoncent un traitement de faveur accordé à l’administration Trump. Selon le rapport « State of Tax Justice 2025 » publié par le Tax Justice Network, les entreprises multinationales basées aux États-Unis ont causé des pertes fiscales estimées à 495 milliards de dollars (422 milliards d’euros) à travers le monde au cours des six dernières années. Ce chiffre représente près de 29 % du total mondial des pertes fiscales liées à l’évasion fiscale des entreprises, estimé à 1 700 milliards de dollars (1 450 milliards d’euros).

Face aux limites de l’accord de l’OCDE, un nouvel accord fiscal promu par les pays en développement dans le cadre des Nations Unies prend de l’importance. Le Tax Justice Network souligne que

« Pour la première fois, tous les gouvernements se sont assis à la même table de négociation pour commencer à façonner des règles fiscales mondiales par le biais d’une convention des Nations Unies, une étape importante en un siècle d’élaboration. »

Tax Justice Network

Les négociations fiscales à l’ONU, prévues en 2026, pourraient offrir à l’Union européenne l’opportunité de repenser ses relations avec les pays en développement, de renforcer la coopération et de s’affranchir de l’isolement affiché par les États-Unis.

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