Home DivertissementJ’ai dit au monde de me laisser tranquille, et c’est ce qu’il a fait. Waouh – The Irish Times

J’ai dit au monde de me laisser tranquille, et c’est ce qu’il a fait. Waouh – The Irish Times

by Antoine Girard

Publié le 5 novembre 2025 à 06h02. Face à une période de questionnements existentiels, un auteur explore comment la musique, sous ses différentes formes, peut offrir une évasion salutaire et un chemin vers la guérison.

  • Les albums de Taylor Swift, Lily Allen et Niall Breslin se sont révélés être des sources de distraction plus efficaces que les échappatoires habituelles.
  • L’autofiction de Lily Allen, en particulier, résonne avec les expériences de nombreuses femmes.
  • L’album instrumental de Niall Breslin propose une approche plus contemplative de la guérison.

Ces dernières semaines, j’ai trouvé refuge dans la musique. Un besoin impérieux de distraction s’était fait sentir, une nécessité de fuir les pensées sombres qui s’insinuaient. Autrefois, je cherchais cet apaisement dans le vin, juste assez pour adoucir les angles, pour me transporter ailleurs. J’avais aussi recours à la nourriture réconfortante, ces plats d’enfance qui évoquent des souvenirs, même ceux liés au deuil. Et, bien sûr, il y avait la télé-réalité, un divertissement facile et immédiat. Je dois avouer que ces habitudes persistent. Il serait illusoire de se débarrasser de tous ses vices. Être sans vice serait presque aussi désagréable qu’être sans voix.

Je me suis retrouvé à trop réfléchir à la mort, à l’inéluctable. Je me demandais si cette obsession était saine ou malsaine, ou un mélange des deux. J’en ai parlé à ma thérapeute, qui a été à la fois bienveillante et lucide. Elle m’a assuré que nous pourrions explorer ces questions en toute sécurité dans les semaines à venir. Mais en attendant, j’avais besoin d’un exutoire, d’une échappatoire. Et c’est là que la musique est intervenue.

La première artiste à m’avoir captivé a été Taylor Swift avec son dernier album, La vie d’une showgirl. Ses mélodies m’ont emporté, me rappelant que, comme le disait sa mère, il faut continuer à danser malgré les tempêtes. Parfois, il n’y a d’autre choix que de créer son propre soleil. « La vie est une chanson, elle se termine quand elle se termine », chante-t-elle dans « Opalite », mon morceau préféré. Bien entendu, les réseaux sociaux se sont enflammés, chacun analysant chaque détail de l’album, des théories les plus farfelues aux critiques acerbes. Certains la jugent superficielle lorsqu’elle est amoureuse, d’autres l’accusent de commercialisation excessive avec ses multiples éditions vinyles, tandis que d’autres encore critiquent son humour parfois douteux.

En écoutant cet album, je me suis allongé sur mon lit, laissant de côté mes angoisses. J’ai demandé au monde de me laisser tranquille, et il l’a fait. Les chansons m’ont transporté à Portofino, en Italie, et au Hôtel Plaza Athénée à Paris. Elles m’ont également ramené à Lenox, dans le Massachusetts, où l’héroïne fictive a grandi et où son père, selon ses propres termes, « se prostituait comme tous les hommes ».

En parlant d’hommes, l’album de Lily Allen, Fille du West End, a constitué une autre source de distraction puissante. Cet album est unique en son genre. Allen se livre sans retenue, peignant sa douleur avec une intensité saisissante. C’est de l’autofiction, un récit vaguement basé sur des faits réels, une œuvre de fiction teintée de vérité. C’est un conte de fées sombre, une histoire de trahison et de manipulation, un thème universel et intemporel.

Si Swift nous offre un fil d’Ariane pour décrypter sa vie, Allen nous présente le plat complet. West End Girl résonne avec les expériences de nombreuses femmes, celles qui se sont déformées pour plaire à un homme, celles qui ont perdu leur identité au point de ne plus se reconnaître dans le miroir. Les femmes qui se sont tues, qui ont laissé un mot, ou qui ont simplement disparu. Allen a pleuré pendant deux heures dans un studio d’enregistrement, puis a créé en dix jours un album qui donne au monde un aperçu de sa souffrance. La guérison prend de nombreuses formes.

Parfois, il faut accepter de gratter les croûtes. J’ai une démangeaison persistante sous le nez que je ne peux pas m’empêcher de gratter. Je me dis d’arrêter, mais je ne peux pas. J’ai abandonné l’alcool, mais je compense avec une consommation excessive de sodas. Mon grenier est rempli d’objets inutiles que je n’arrive pas à jeter. Il y a des conflits, des hypocrites, de la haine. Il y a des guerres, des murs qui s’effondrent et des peurs existentielles qui s’installent.

Niall Breslin sait que nous ne pouvons pas éviter les choses qui nous mettent mal à l'aise. Photographie : Lucy Foster
Niall Breslin sait que nous ne pouvons pas éviter les choses qui nous mettent mal à l’aise. Photographie : Lucy Foster

Je remets mes écouteurs, la tête dans le sable. L’album de Niall Breslin, The Place that Has Never Been Wounded, est peut-être le plus surprenant des trois. Certains se souviennent de lui avec The Blizzards, chantant « Trust Me I’m a Doctor ». Mais il a évolué depuis longtemps. Aujourd’hui, il propose un album instrumental pour piano, une autre façon de guérir et de s’évader. C’est un acte de courage différent de celui d’Allen.

Comme elle, Bressie comprend que nous ne pouvons pas éviter les choses qui nous mettent mal à l’aise. Nous devons les affronter. Son album nous aide à le faire, à vivre tout cela, même si cela semble insupportable. Surtout alors.

Les artistes chantent leurs chansons, leur douleur, leurs idées, leurs espoirs, leur guérison, et nous les écoutons. Qu’il s’agisse des mots d’une mère divorcée de quarante ans qui sort d’une crise psychique, des chansons d’une showgirl immortelle, ou des notes d’un homme sincère qui joue du piano avec passion, dans l’espoir d’apporter calme et sérénité dans un monde chaotique. Tout cela est une belle distraction face à la mort et à la vie, qui, comme une chanson, finira par s’éteindre.

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