Home Des sports“J’ai donné ma vie pour le Giro” – Le directeur de course Mauro Vegni prendra sa retraite peu de temps après avoir présenté le parcours du Giro d’Italia 2026

“J’ai donné ma vie pour le Giro” – Le directeur de course Mauro Vegni prendra sa retraite peu de temps après avoir présenté le parcours du Giro d’Italia 2026

by Camille Renault

Publié le 28 novembre 2025 20h16. Mauro Vegni, figure emblématique de l’organisation du Giro d’Italia, a présenté pour la dernière fois le parcours de la course lundi, marquant la fin d’une carrière dédiée à la défense du cyclisme italien.

Après plus de trois décennies passées à façonner le parcours et à défendre les intérêts du Giro, Mauro Vegni prendra sa retraite en février prochain. L’organisateur de 66 ans a supervisé la conception de l’édition 2026, qui s’annonce riche en opportunités pour les sprinteurs et en défis de haute montagne.

Si son nom est moins connu du grand public anglophone, Vegni est une légende en Italie. Son optimisme, son expérience et sa passion pour le Giro et le cyclisme italien sont inégalés. Il était souvent aperçu agitant les bras depuis la voiture directrice, intervenant avec fierté et conviction face aux grèves de coureurs, aux intempéries ou aux décisions controversées de l’UCI.

Vegni incarne une époque révolue de l’organisation cycliste, où une seule personne pouvait gérer l’ensemble des aspects d’une course, de la logistique aux partenariats financiers. Aujourd’hui, les grandes épreuves comme le Tour de France (organisé par ASO) ou le Giro (RCS Sport) sont gérées par des équipes plus vastes, où les considérations commerciales peuvent parfois l’emporter sur la passion sportive.

« Je pense avoir beaucoup donné au Giro d’Italia et au cyclisme, mais j’ai aussi beaucoup reçu en retour. Je quitterai RCS Sport et le cyclisme sans réel regret, sachant que j’ai toujours essayé de faire de mon mieux pour le bien du sport »,

Mauro Vegni

Vegni a débuté sa carrière dans le cyclisme au début des années 80, collaborant avec Franco Mealli, créateur du Tirreno-Adriatico et d’autres courses italiennes. Il a joué un rôle clé dans l’organisation des championnats du monde sur route et sur piste en Sicile en 1994 avant de rejoindre RCS Sport.

Il a ensuite gravi les échelons au sein de RCS Sport, travaillant sous la direction de Carmine Castellano, Angelo Zomegnan et Michele Aquarone avant d’être nommé directeur de course en 2012. Au cours de ses 14 années à ce poste, il a supervisé 31 éditions du Giro et d’autres courses italiennes.

Vegni se souvient avec fierté des Grande Partenza (départs) spectaculaires qu’il a contribué à organiser, notamment à Belfast, en Israël et en Sardaigne. Il a également insisté sur l’importance d’innover, en introduisant des sections de gravier dans le Giro et en explorant des ascensions emblématiques comme le Colle delle Finestre.

Il n’a pas hésité à défendre ses positions, même face aux coureurs, comme lors des controverses liées aux conditions météorologiques défavorables. Ses échanges avec Adam Hansen, actuel président de l’association des coureurs CPA, ont parfois été vifs, mais témoignent d’un respect mutuel.

Vegni déplore l’évolution du cyclisme, qu’il juge devenu plus individualiste et moins respectueux des traditions. Il regrette la disparition des « sceriffo » (patrons) du peloton, comme Francesco Moser, Bernhard Hinault ou Vincenzo Nibali, et l’absence de solidarité entre les coureurs.

« Les coureurs ne se respectent plus ni les courses comme ils le faisaient autrefois. Maintenant, c’est “Mors tua, vita mea”, c’est un monde de chien mangeur de chien… »,

Mauro Vegni

Il critique également l’insularité des coureurs et leur tendance à blâmer les organisateurs en cas de problème. Vegni estime que le cyclisme mérite d’être mieux valorisé financièrement et que la couverture médiatique est souvent insuffisante.

Le parcours du Giro 2026, qui sera présenté à Rome le 1er décembre, devrait débuter en Bulgarie avant de traverser le sud de l’Italie, Naples et la Toscane, pour culminer dans les Alpes. Vegni a réduit le nombre de mètres de dénivelé et les distances des étapes afin d’attirer les meilleurs coureurs du Grand Tour, notamment Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard.

Vegni souhaite que le Giro conserve son caractère unique, en incluant des ascensions emblématiques et en proposant des parcours innovants. Il espère que les coureurs sauront honorer l’histoire de la course et lui donneront la légitimité qu’elle mérite.

« Le Giro doit toujours inclure des ascensions emblématiques, c’est pourquoi nous en avons réintégré certaines dans le parcours. C’est ce que nous appelons le ‘vero ciclismo’, le vrai cyclisme, sinon le Giro serait comme les autres courses. »

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