Washington – L’administration américaine a une nouvelle fois mis la pression sur la Réserve fédérale, cette fois en lançant une enquête criminelle liée à la rénovation de son siège. Cette offensive, jugée sans précédent par le président de la Fed, Jay Powell, suscite une vive inquiétude quant à l’indépendance de la banque centrale, même si un large soutien s’est manifesté en sa faveur.
L’enquête du ministère de la Justice porte sur un projet de rénovation de 2,5 milliards de dollars (environ 2,3 milliards d’euros) du siège de la Fed et sur les témoignages de Jay Powell devant le Congrès l’année dernière. Dimanche soir, M. Powell a réagi avec fermeté, qualifiant cette enquête de « prétexte » et d’« action sans précédent » qui doit être replacée dans le contexte des pressions politiques continues exercées par l’administration.
Dans une déclaration remarquée pour son ton direct et sans ambiguïté – un contraste frappant avec le langage habituellement employé par la Fed – M. Powell a souligné l’enjeu principal : la capacité de la banque centrale à prendre des décisions de politique monétaire basées sur des données économiques et des analyses rigoureuses, et non sur des considérations politiques.
« Il s’agit de savoir si la Fed sera capable de continuer à fixer ses taux d’intérêt sur la base de données probantes et de la situation économique, ou si sa politique monétaire sera plutôt dirigée par des pressions ou des intimidations politiques », a-t-il déclaré.
Cette prise de position a immédiatement suscité un large élan de soutien, allant au-delà des cercles habituels. Des membres du Congrès des deux partis, dont plusieurs sénateurs républicains influents, d’anciens présidents de la Réserve fédérale, des banquiers centraux du monde entier et même des acteurs des marchés financiers se sont publiquement rangés du côté de M. Powell.
La réaction des marchés financiers a été relativement modérée, ce qui pourrait refléter ce large soutien. Le président américain a continué à critiquer M. Powell, mais a pris ses distances avec l’enquête criminelle.
Si la position de M. Powell apparaît pour l’instant solide, l’avenir reste incertain. Son mandat de président de la Fed prendra fin dans quatre mois, et la crainte grandit de voir l’indépendance de la banque centrale fragilisée après son départ.
Le soutien bipartite au Congrès a été crucial. Le sénateur Tillis, membre de la commission sénatoriale des banques, a menacé de bloquer toute nomination à la Fed jusqu’à ce que l’affaire Powell soit résolue. Le sénateur Kennedy a quant à lui déclaré : « Nous avons besoin de cette enquête [sur M. Powell] comme d’un trou dans la tête. » Le représentant Hill, président de la commission des services financiers de la Chambre, a défendu l’intégrité de M. Powell : « Je sais que M. Powell est un homme intègre, fortement engagé envers le service public. »
La gouverneure de la Fed, Lisa Cook, a également été la cible de tentatives de révocation de la part de l’administration Trump, soulignant la vulnérabilité des responsables de la banque centrale face à des pressions politiques. La Cour suprême examinera prochainement une affaire concernant sa nomination, qui pourrait définir les limites du pouvoir présidentiel en matière de nominations à la Fed.
M. Powell, fort d’une expérience politique et économique diversifiée – ayant travaillé sous les administrations Bush et Obama – dispose d’une crédibilité rare à Washington. Il a également les moyens financiers de se défendre contre les accusations portées contre lui, une situation qui n’est pas celle de tous les fonctionnaires.
L’utilisation du système judiciaire pour intimider les responsables publics n’est pas un phénomène nouveau sous l’administration Trump, mais elle suscite de vives inquiétudes quant à l’état de droit et à l’indépendance des institutions.
L’enjeu principal est de savoir si le prochain président de la Fed sera capable de concilier loyauté envers l’administration et indépendance de la banque centrale. Un président trop proche de l’exécutif pourrait être tenté de manipuler les taux d’intérêt à des fins politiques, tandis qu’un président trop indépendant pourrait se heurter à des obstacles insurmontables.
La succession de M. Powell représente un défi majeur pour la Fed et pour l’économie américaine. Il est impératif que le Sénat confirme un candidat qui soit à la fois compétent et indépendant, afin de préserver la crédibilité et l’efficacité de la banque centrale.
En conclusion, la pression politique croissante sur la Fed est une source d’inquiétude légitime. Si M. Powell a su réagir avec fermeté et rassembler un large soutien, son départ dans quelques mois laisse planer un doute sur l’avenir de l’indépendance de la banque centrale. La Cour suprême et le Sénat ont un rôle crucial à jouer pour protéger cette institution essentielle.
