Home MondeJusqu’où ira la lutte entre la Chine et le Japon pour Taïwan ? – DW – 20/11/2025

Jusqu’où ira la lutte entre la Chine et le Japon pour Taïwan ? – DW – 20/11/2025

by Clara Dubois

Publié le 21 novembre 2023 16:12:00. La Chine et le Japon s’affrontent diplomatiquement et économiquement sur fond de tensions croissantes concernant Taïwan, après des déclarations incendiaires et des mesures de rétorsion de part et d’autre.

  • La Chine a mis en garde contre toute intervention japonaise à Taïwan, menaçant d’une « défaite militaire écrasante».
  • Pékin a suspendu les importations de produits de la mer japonais et déconseillé à ses citoyens de se rendre au Japon.
  • Un diplomate chinois a tenu des propos controversés, appelant à « couper les têtes » de certains politiciens japonais.

La dispute a pris de l’ampleur le 7 novembre après que Sanae Takaichi, une figure influente du parti libéral-démocrate japonais, a estimé qu’une attaque chinoise contre Taïwan pourrait être considérée comme une menace existentielle pour le Japon, justifiant ainsi l’invocation du droit à l’autodéfense collective. Cette déclaration a provoqué une vive réaction de Pékin, qui a immédiatement déposé une protestation officielle.

L’incident le plus préoccupant est sans doute un message publié en ligne par Xue Jian, consul général de Chine à Osaka. Ce dernier a critiqué les propos de Takaichi, les qualifiant de « voie sans issue que seuls des politiciens japonais stupides choisiraient ». Il a ensuite ajouté, dans un langage particulièrement virulent, qu’il faudrait « simplement couper ces sales têtes », un message qui a été rapidement supprimé mais dont l’écho a été fort.

Tokyo a fermement condamné ces propos, les jugeant « extrêmement inappropriés », et plusieurs responsables politiques japonais ont réclamé l’expulsion du diplomate chinois. Malgré l’envoi d’un émissaire du ministère japonais des Affaires étrangères à Pékin dans le but de désamorcer la crise, les tensions n’ont pas diminué.

Dans un contexte de montée des hostilités, la Chine a averti que toute intervention japonaise dans un conflit concernant Taïwan se solderait par une « défaite militaire écrasante ». Elle a également exprimé de « sérieuses inquiétudes » quant à la posture sécuritaire de Tokyo. Parallèlement, l’armée chinoise a entamé des exercices de tir réel de huit jours en mer Jaune, tandis que les garde-côtes chinois ont intensifié leurs patrouilles autour des îles Diaoyu, connues au Japon sous le nom de Senkaku.

La Chine a également annoncé la suspension des importations de produits de la mer japonais, une mesure qui frappe durement l’industrie japonaise. Les autorités chinoises ont en outre déconseillé à leurs citoyens de se rendre ou d’étudier au Japon, tandis que Tokyo a invité ses ressortissants en Chine à faire preuve de prudence. Suspension des importations de produits de la mer japonais par la Chine.

William Yang, analyste principal de l’Asie du Nord-Est chez International Crisis Group, estime que Sanae Takaichi a peut-être été surprise par l’ampleur de la réaction chinoise. Cependant, il souligne que les outils utilisés par Pékin dans ce conflit – pression sur le tourisme japonais et intensification des patrouilles navales – « ne sont pas nouveaux ».

« Je ne considère pas du tout cette réponse comme une réaction excessive ; il s’agit plutôt d’une poussée calibrée et familière. »

William Yang, analyste principal de l’Asie du Nord-Est chez International Crisis Group

Sur les réseaux sociaux chinois, notamment sur la plateforme Weibo, un sentiment nationaliste fort s’est manifesté, avec de nombreux messages soutenant les mesures prises par le gouvernement contre le Japon. Selon les experts, cette mobilisation vise à renforcer le patriotisme et à projeter une image d’unité nationale.

Lim Chuan-tiong, chercheur en études asiatiques à l’Université de Tokyo, suggère que cette crise pourrait également servir à détourner l’attention des difficultés économiques rencontrées par la Chine.

« Cet épisode, d’une certaine manière, sert également à atténuer certaines des tensions internes accumulées dans le cadre du ralentissement économique. »

Lim Chuan-tiong, chercheur en études asiatiques à l’Université de Tokyo

Bien que Taïwan reste un sujet extrêmement sensible pour la Chine, c’est la première fois que le différend concernant l’île occupe une place aussi centrale dans les relations sino-japonaises. Fukuda Madoka, professeur à la faculté de droit de l’université japonaise Hosei, pense que l’objectif principal de Pékin est d’empêcher le gouvernement Takaichi « d’intervenir activement dans les affaires de Taïwan à l’avenir ».

Néanmoins, Lim Chuan-tiong estime que, comme par le passé, les périodes de tension entre la Chine et le Japon finiront par se calmer.

« L’objectif de Pékin est de donner une leçon au Japon, mais il finira par reculer et revenir au dialogue. Vous ne pouvez tout simplement pas éviter de vous engager pour toujours avec un pays voisin. »

Lim Chuan-tiong, chercheur en études asiatiques à l’Université de Tokyo

Il prévoit que la médiation par les États-Unis ou d’autres acteurs extérieurs est peu probable.

Selon William Yang, le Japon devra probablement prendre des mesures concrètes pour apaiser la situation, car Pékin semble déterminé à maintenir une posture ferme. Cependant, Sanae Takaichi se trouve face à un dilemme, car un recul trop rapide pourrait affaiblir sa position politique intérieure.

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