Téhéran est le théâtre de manifestations d’une ampleur inédite depuis des années, tandis que le pouvoir iranien durcit le ton et coupe l’accès à Internet pour tenter d’endiguer la contestation. Au moins 51 personnes ont perdu la vie dans les affrontements avec les forces de l’ordre, selon les organisations de défense des droits humains.
L’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la République islamique, a promis vendredi que le pays ne céderait pas face aux protestataires, qu’il a qualifiés de « vandales » et de « saboteurs ». Dans un discours retransmis à la télévision d’État, il a accusé les manifestants de vouloir plaire au président américain Donald Trump, dont il a dénoncé le bilan « taché de sang ».
« Hier soir à Téhéran, un groupe de vandales est venu détruire un bâtiment qui leur appartient pour plaire au président américain », a déclaré l’ayatollah, tandis que des partisans présents scandaient « Mort à l’Amérique ». Il a affirmé que la République islamique, fondée sur le sacrifice de « centaines de milliers de personnes honorables », ne reculerait pas face à cette contestation.
Les manifestations, qui ont débuté il y a 13 jours, étaient initialement motivées par la colère face à la hausse du coût de la vie. Elles ont rapidement évolué vers des appels à la fin du système clérical en place depuis la révolution islamique de 1979. Jeudi soir, des foules considérables ont défilé dans les rues de Téhéran, scandant notamment « Mort au dictateur ». Ces rassemblements ont été les plus importants observés depuis les troubles de 2022-2023 déclenchés par la mort de Mahsa Amini, une jeune femme arrêtée pour non-respect du code vestimentaire.
Pour tenter de maîtriser la situation, les autorités iraniennes ont imposé une « coupure d’Internet à l’échelle nationale », selon l’observateur Netblocks. Cette mesure, dénoncée par Amnesty International, vise à « masquer la violence du régime » et à dissimuler « l’étendue réelle des graves violations des droits de l’homme et des crimes de droit international » commis pour réprimer les manifestations.
L’ONG norvégienne Iran Human Rights a fait état d’un bilan d’au moins 51 manifestants tués par les forces de sécurité, dont neuf enfants de moins de 18 ans. Des centaines d’autres auraient été blessés. Les forces de sécurité sont accusées d’utiliser des armes à feu, des fusils de chasse, des canons à eau et des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants.
Le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejei, a averti que les « émeutiers » seraient punis « de manière décisive, maximale et sans aucune indulgence légale ». Il a également annoncé la mort d’un procureur et de plusieurs membres des forces de sécurité lors des manifestations de jeudi soir dans la ville d’Esfarayen, dans l’est du pays.
Par ailleurs, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a accusé les États-Unis et Israël d’« intervenir directement » pour transformer des manifestations pacifiques en affrontements violents. Reza Pahlavi, le fils du shah d’Iran renversé en 1979, a appelé Donald Trump à soutenir les manifestants, estimant que « les gens seront de nouveau dans la rue dans une heure ».
Les Gardiens de la révolution, l’armée idéologique de la République islamique, ont déclaré que la protection de la révolution était leur « ligne rouge » et que la poursuite de la situation actuelle était « inacceptable ». Des images diffusées par la télévision d’État ont montré des milliers de personnes participant à des contre-manifestations en faveur du gouvernement dans plusieurs villes du pays.
Dans la province du Sistan-Baloutchistan, dans le sud-est de l’Iran, les forces de sécurité auraient ouvert le feu sur des manifestants à Zahedan après la prière du vendredi, faisant un nombre indéterminé de victimes, selon le groupe de défense des droits Haalvsh.
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