Publié le 7 décembre 2025 16:51:00. Lászlo Krasznahorkai, l’écrivain hongrois auréolé du prix Nobel de littérature, a utilisé son discours de réception pour dépeindre un monde désenchanté, marqué par la perte de l’imaginaire et l’émergence de figures énigmatiques qu’il compare à de « nouveaux anges ». Son œuvre, profondément ancrée dans la dignité des marginaux, continue de questionner la condition humaine.
- Lászlo Krasznahorkai est le deuxième Hongrois à recevoir le prix Nobel de littérature, après Imre Kertesz en 2002.
- Dans son discours, il a évoqué son inquiétude face à la destruction de l’imagination et l’influence de personnalités comme Elon Musk.
- L’écrivain a également mis en lumière la situation des personnes vivant dans la marginalité, une préoccupation constante dans son œuvre.
Lászlo Krasznahorkai (Gyula, Hongrie, 1954) a confessé avoir initialement souhaité dédier son discours à « l’espoir », mais a finalement opté pour une réflexion sur ces « nouveaux anges », des figures insaisissables qui façonnent notre époque. Il les décrit comme des individus vêtus de vêtements ordinaires, agissant discrètement mais exerçant une influence considérable sur nos vies.
« Ils n’ont pas d’ailes ni de capes qui les enveloppent doucement. Ils marchent parmi nous vêtus de vêtements de ville et nous ne savons pas combien ils sont. Ils apparaissent de manière inquiétante ici et là dans toutes sortes de situations de nos vies. »
Lászlo Krasznahorkai
L’écrivain, dont l’état de santé fragile a limité son agenda durant cette semaine de célébrations, a également rappelé l’importance de la dignité et de l’innocence des personnes vivant en marge de la société, un thème central de son œuvre. Son ami et traducteur en espagnol, Adan Kovacsics, souligne que cet intérêt pour les plus démunis est une constante dans la carrière de Krasznahorkai.
Dès l’âge de 19 ans, Krasznahorkai a choisi de s’immerger dans la vie des sans-abri afin de mieux comprendre leur réalité. Cette expérience a profondément marqué son œuvre, imprégnée d’un respect sincère pour ceux qui vivent dans la précarité. Il a notamment évoqué un épisode survenu dans le métro de Berlin, où un sans-abri, souffrant et implorant de la compassion, tentait d’uriner sur les voies, et a été interpellé par un policier. Cette scène l’a conduit à s’interroger sur la nature même de l’humanité.
« Être humain, créature étonnante, qui es-tu ? Tu as inventé la roue, tu as inventé le feu, tu as réalisé que la coopération était ton seul moyen de survie… Tu as inventé les sentiments, l’empathie. »
Lászlo Krasznahorkai
De la destruction de l’imaginaire et du kafkaïen
Krasznahorkai a exprimé son inquiétude face à la perte de l’imagination, qu’il attribue aux technologies modernes. Il prédit que nous risquons de nous retrouver engloutis par une « boue » de mémoire à court terme, incapable de rêver ou de créer. Susan Sontag, critique littéraire américaine, avait qualifié Krasznahorkai de « maître de l’apocalypse ».
L’influence de Franz Kafka, son héros littéraire, et sa sensibilité à la beauté, exprimée à travers l’écriture, ont été des éléments marquants de son discours. L’écrivain, d’apparence humble et réservée, a avoué qu’il aspirait à écrire un seul livre parfait, mais qu’il ne souhaitait pas devenir un écrivain célèbre. Il a confié que sa vie est une « correction permanente », un processus incessant d’amélioration de son style.
Selon son ami et traducteur, Krasznahorkai vit actuellement dans une région rurale de Hongrie, tout en passant du temps à Trieste et à Vienne. Kovacsics souligne que la mélancolie, la résistance et la préoccupation pour ceux qui ne cherchent qu’à détruire restent au cœur de son regard sur le monde.
Krasznahorkai succède à Imre Kertesz, également Hongrois, qui avait reçu le prix Nobel de littérature en 2002. Il a rendu hommage à Kertesz, qu’il considérait comme un grand ami et une influence littéraire majeure.
L’écrivain s’est également exprimé publiquement contre la politique du président hongrois Viktor Orbán.
L’influence de l’Espagne sur son œuvre
L’Espagne occupe une place importante dans l’œuvre de Krasznahorkai, avec des histoires se déroulant à l’Alhambra de Grenade ou dans le bâtiment de La Pedrera à Barcelone. L’Estrémadure, l’Andalousie et Madrid sont également des lieux qui l’ont inspiré, selon Kovacsics.
Les éditions Acantilado ont publié en espagnol sept romans et un recueil de nouvelles de l’auteur : « Melancolía de la resistencia » (2001) ; « Au nord la montagne, au sud le lac, à l’ouest la route, à l’est la rivière » (2005) ; « Guerre et guerre » (2009) ; « Isaías est arrivé » (2009) ; « Et Seiobo descendit sur Terre » (2015) ; « Tango satanique » (2017) ; « Relations miséricordieuses » (2023) et « Le baron Wenckheim rentre chez lui » (2024).
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