Publié le 14 mars 2024 08:00. La Banque centrale européenne (BCE) devrait maintenir ses taux d’intérêt inchangés lors de sa réunion de cette semaine, malgré un débat croissant sur la future orientation de sa politique monétaire. L’inflation, stabilisée autour de l’objectif de 2 %, et la résilience inattendue de l’économie européenne permettent à la BCE de rester prudente face aux incertitudes économiques mondiales.
- La BCE devrait conserver son taux de dépôt directeur à 2 % pour la quatrième réunion consécutive.
- L’inflation en zone euro s’est stabilisée autour de l’objectif de 2 % de la BCE.
- Les responsables de la BCE se montrent plus optimistes quant à la résilience de l’économie européenne, mais restent vigilants face aux risques liés à la politique commerciale internationale.
Après un cycle de hausses de taux qui a duré un an, la BCE a mis en pause sa politique de resserrement monétaire en juillet dernier. L’inflation, qui avait atteint des niveaux élevés, a depuis montré des signes de modération, s’établissant autour de l’objectif de 2 % fixé par l’institution. L’économie de la zone euro a également fait preuve d’une résistance surprenante, notamment face aux tensions commerciales internationales.
La croissance du troisième trimestre a été révisée à la hausse, atteignant 0,3 %, selon les données publiées ce mois-ci. Isabel Schnabel, membre du conseil des gouverneurs de la BCE, a souligné cette résilience, déclarant à Bloomberg :
« L’économie de la zone euro a été beaucoup plus résiliente qu’on aurait pu l’espérer face à la plus grande perturbation de l’ordre commercial international depuis la Seconde Guerre mondiale. »
Isabel Schnabel, membre du conseil des gouverneurs de la BCE
Cependant, cette conjoncture favorable ne devrait pas inciter la BCE à modifier sa politique monétaire lors de sa réunion de jeudi. L’incertitude demeure élevée, notamment en raison de la politique commerciale imprévisible des États-Unis et des potentielles représailles. Christine Lagarde, la présidente de la BCE, a mis en garde contre ces risques lors d’un discours devant le Parlement européen en décembre :
« L’incertitude reste plus élevée que d’habitude en raison de la volatilité des politiques commerciales mondiales. »
Christine Lagarde, présidente de la BCE
Elle a également souligné l’existence de risques “doubles” en matière d’inflation.
Plusieurs facteurs pourraient influencer l’évolution de l’inflation. Un euro fort, des prix de l’énergie en baisse et un ralentissement de la croissance des salaires pourraient contribuer à la contenir. À l’inverse, la bonne performance de l’économie de la zone euro, combinée aux investissements massifs du gouvernement allemand, pourrait entraîner une accélération de la croissance des prix.
Lors de sa réunion de cette semaine, la BCE publiera pour la première fois des projections actualisées de croissance et d’inflation jusqu’en 2028. Les investisseurs scruteront ces données pour tenter d’anticiper l’orientation future de la politique monétaire. Andrew Kenningham, analyste chez Capital Economics, a déclaré à l’AFP :
« Les investisseurs seront attentifs à d’autres indices indiquant que les décideurs politiques deviennent plus optimistes quant aux perspectives. »
Andrew Kenningham, analyste chez Capital Economics
Il s’attend néanmoins à un ralentissement de la croissance et de l’inflation dans la zone euro l’année prochaine.
Certains membres du conseil des gouverneurs, comme Isabel Schnabel, ont laissé entendre qu’une hausse des taux d’intérêt pourrait être envisagée l’année prochaine. Elle s’est dite “plutôt à l’aise” avec les prévisions de hausse des taux formulées par les marchés. Christine Lagarde a quant à elle indiqué qu’elle “soupçonnait” que les prévisions de croissance pourraient être revues à la hausse. D’autres, tels que Olli Rehn (Finlande) et François Villeroy de Galhau (France), ont insisté sur l’incertitude qui entoure les perspectives d’inflation. François Villeroy de Galhau a déclaré :
« Les risques baissiers sur les perspectives d’inflation restent au moins aussi importants que les risques haussiers. »
François Villeroy de Galhau, membre du conseil des gouverneurs de la BCE
Il a ajouté que
« Le choix du jeu pour nos futures réunions reste entièrement facultatif. Nous n’excluons aucune action politique. »
François Villeroy de Galhau, membre du conseil des gouverneurs de la BCE
À ne pas manquer
