Home AffairesLa bulle de l’IA va-t-elle éclater ? – DW – 07/11/2025

La bulle de l’IA va-t-elle éclater ? – DW – 07/11/2025

by Amélie Bernard

Publié le 7 novembre 2023 21:32:00. L’engouement pour l’intelligence artificielle (IA) connaît un ralentissement inattendu, malgré des investissements massifs. Des signes de stagnation émergent, remettant en question la révolution promise par cette technologie.

  • Les investissements dans l’IA, bien que colossaux (500 milliards de dollars engagés par OpenAI, Softbank et Oracle), ne se traduisent pas par une utilisation commerciale croissante.
  • L’utilisation d’outils d’IA en entreprise a même diminué ces derniers mois, selon des données récentes.
  • Les faiblesses de l’IA, notamment sa propension à générer des informations erronées (« hallucinations »), freinent son adoption.

L’IA, auréolée de promesses de transformation radicale des entreprises, semble marquer le pas. Après une période d’euphorie et d’investissements spectaculaires, des doutes se font jour quant à sa capacité à tenir ses engagements. Des experts pointent du doigt un décalage croissant entre les attentes et la réalité du terrain.

Selon Carl-Benedikt Frey, professeur d’IA à l’université d’Oxford, l’augmentation massive des infrastructures ne se traduit pas par une utilisation proportionnelle.

« Plusieurs enquêtes montrent que l’utilisation a diminué depuis l’été. À moins que de nouveaux services publics durables n’apparaissent bientôt, la bulle pourrait éclater. »

Carl-Benedikt Frey, professeur d’IA à l’université d’Oxford

Les chiffres du Bureau du recensement américain confirment cette tendance : l’utilisation d’outils d’IA dans les entreprises de plus de 250 employés est passée de près de 14 % en juin à moins de 12 % en août.

Un des principaux obstacles à l’adoption généralisée de l’IA réside dans sa fiabilité. La technologie a une fâcheuse tendance à « halluciner », c’est-à-dire à produire des informations plausibles mais fausses. De plus, les agents autonomes, censés accomplir des tâches sans intervention humaine, ne réussissent que dans un tiers des cas.

« Contrairement à un praticien qui apprend sur le tas, les systèmes d’IA pré-entraînés ne s’améliorent pas grâce à l’expérience. Nous avons besoin d’un apprentissage continu et de modèles qui s’adaptent aux circonstances changeantes. »

Carl-Benedikt Frey, professeur d’IA à l’université d’Oxford

Cette stagnation se reflète dans les investissements. Au troisième trimestre de l’année, les transactions de capital-risque avec des sociétés privées d’IA ont chuté de 22 % en rythme trimestriel. L’économiste Stuart Mills, chercheur principal à la London School of Economics, s’inquiète de l’ampleur des investissements par rapport aux revenus générés.

« Ce qui me dérange, c’est l’ampleur de l’investissement par rapport aux revenus générés par l’IA. »

Stuart Mills, chercheur principal à la London School of Economics

OpenAI, leader du marché, a généré 3,7 milliards de dollars de revenus l’année dernière, pour des dépenses d’exploitation totales pouvant atteindre 9 milliards de dollars. La société prévoit un chiffre d’affaires d’environ 13 milliards de dollars cette année, mais anticipe des dépenses de 129 milliards de dollars d’ici 2029.

Julien Garran, associé du cabinet britannique MacroStrategy Partnership, estime que le volume de capitaux affluant vers l’IA éclipse les frénésies spéculatives passées.

« C’est 17 fois plus gros que l’éclatement de la bulle Internet. »

Julien Garran, associé du cabinet britannique MacroStrategy Partnership

Les résultats récents des géants de la technologie ont suscité un optimisme prudent, mais aussi de nouvelles inquiétudes. Si le chiffre d’affaires de Palatir, une plateforme d’analyse de données, a augmenté de 63 % au troisième trimestre, son action a chuté de 7 % suite à l’annonce. AMD et Meta ont également vu leurs excellents résultats en matière d’IA éclipsés par les préoccupations du marché concernant la durabilité du système.

Gary Marcus, professeur de psychologie et de neurosciences à l’Université de New York, est particulièrement pessimiste.

« À l’exception de Nvidia qui se vend en masse, la plupart des entreprises d’IA générative sont largement surévaluées. J’estime que tout va s’effondrer, peut-être bientôt. Les fondamentaux, tant techniques qu’économiques, n’ont pas de sens. »

Gary Marcus, professeur de psychologie et de neurosciences à l’Université de New York

Sarah Hoffman, directrice du leadership éclairé en IA chez AlphaSense, prédit une « correction du marché » plutôt qu’un « éclatement cataclysmique de bulle ». Elle estime que l’investissement des entreprises dans l’IA deviendra plus sélectif, l’accent étant mis sur les preuves concrètes des effets de la technologie et sur la génération de rendements mesurables.

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