Home MondeLa catastrophe massive de novembre 2025 : quand les mains humaines étaient à blâmer, pas le ciel

La catastrophe massive de novembre 2025 : quand les mains humaines étaient à blâmer, pas le ciel

by Clara Dubois

Publié le 30 novembre 2025 12h00. Les inondations dévastatrices qui ont frappé l’Asie du Sud-Est en novembre 2025, faisant au moins 129 morts, ne sont pas simplement le résultat de conditions météorologiques extrêmes, mais le symptôme d’une gestion environnementale désastreuse et de choix politiques privilégiant le profit à court terme.

  • Les inondations massives à Sumatra, en Thaïlande et en Malaisie sont directement liées à la déforestation massive et à un aménagement du territoire irresponsable.
  • L’imputation exclusive des catastrophes à la météo est une stratégie rhétorique qui permet d’éviter de rendre des comptes sur les responsabilités humaines.
  • Un changement profond de mentalité et de gouvernance est nécessaire pour prévenir de futures tragédies, en plaçant la durabilité au cœur des décisions politiques et économiques.

Les pluies torrentielles de fin novembre 2025 ont provoqué des inondations et des glissements de terrain qui ont touché durement l’Asie du Sud-Est. Selon l’agence Reuters, au moins 129 personnes ont perdu la vie en Indonésie, en Thaïlande et en Malaisie, avant et après le 25 novembre 2025. Si les précipitations intenses sont un facteur déclencheur, réduire la catastrophe à un simple événement climatique est, selon de nombreux experts, une simplification dangereuse.

« Accuser la pluie lorsque toute votre maison est en feu, c’est comme accuser une allumette alors que c’est vous qui avez renversé l’essence », soulignait Reuters en 2025. La pluie, en elle-même, n’est pas le problème. Elle fait partie intégrante du climat de la région. Ce qui est alarmant, c’est la vulnérabilité croissante des pays face à un phénomène prévisible et, dans une certaine mesure, évitable.

Depuis des années, les défenseurs de l’écologie politique mettent en garde contre les conséquences d’un modèle de développement qui sacrifie la durabilité à la croissance économique. Ils considèrent les catastrophes non pas comme des événements naturels, mais comme des phénomènes politiques, résultant de disparités de pouvoir et de décisions favorisant l’accumulation de capital. Les événements de novembre 2025 confirment cette analyse : la priorité accordée aux profits immédiats, l’exploitation effrénée des ressources et la dépendance à des industries polluantes mettent en péril l’équilibre écologique essentiel à la vie humaine.

L’exemple de Sumatra est particulièrement frappant. La perte de millions d’hectares de forêt au cours des vingt dernières années a détruit les systèmes naturels d’absorption et de rétention de l’eau, qui agissaient comme un rempart contre les inondations. Les données de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) montrent que l’Indonésie affiche l’un des taux de déforestation les plus élevés au monde, et que ces dégâts ont des conséquences directes sur la vulnérabilité du territoire.

Des schémas similaires ont été observés en Thaïlande et en Malaisie. Le développement anarchique, la construction sur des pentes instables, l’urbanisation excessive et la disparition des espaces verts ont transformé ces régions en zones à risque. Selon l’agence AP News (AP News), les inondations et les glissements de terrain qui ont frappé le sud de la Thaïlande n’étaient pas des événements soudains, mais plutôt la conséquence de décennies de négligence.

Il est plus facile pour les politiciens, les médias et l’opinion publique de rejeter la faute sur le ciel, en évoquant des « précipitations extrêmes », des « anomalies climatiques » ou un « temps imprévisible ». Si ces termes sont exacts d’un point de vue météorologique, ils sont trompeurs sur le plan éthique et politique. Blâmer la météo permet d’éviter des questions plus inconfortables : qui a déforesté les terres ? Qui a accordé les permis d’exploitation minière et de plantation ? Qui a construit des villes sans infrastructures de drainage adéquates ? Et qui a ignoré les avertissements des catastrophes passées ?

La théorie verte souligne que les États et les marchés collaborent souvent pour causer des dommages environnementaux, tout en dissimulant leurs responsabilités derrière des discours sur l’imprévisibilité de la nature. La catastrophe de novembre 2025 a mis en évidence le danger de ces récits. En déplaçant l’attention des acteurs humains vers une entité abstraite, « la météo », on évite de rendre des comptes et on perpétue un système destructeur.

Il est essentiel de se rappeler que la pluie a toujours fait partie de l’histoire de l’humanité. Ce n’est pas le ciel qui a changé, mais la terre sous nos pieds, qui a été modifiée, fragmentée et vendue sans tenir compte de ses limites écologiques. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a averti à plusieurs reprises que, même si le changement climatique peut augmenter les précipitations dans certaines régions, ses effets dépendent de l’utilisation des terres, de la santé des écosystèmes et de la capacité de charge environnementale.

Selon un rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), le risque de catastrophe moderne est une combinaison de dangers et de vulnérabilité, et c’est la vulnérabilité qui est le plus souvent créée par l’homme. Nous sommes responsables de la déforestation, de la destruction des berges des rivières et de la construction de villes sans tenir compte des principes de l’hydrologie. Nous transformons les plaines inondables en zones résidentielles, puis nous accusons la pluie d’en être la cause, simplement parce que l’eau retrouve son cours naturel.

Novembre 2025 doit donc être considéré comme une date de souvenir, un rappel que les dommages environnementaux sont causés par l’activité humaine et non par la météo. Les catastrophes contemporaines sont le résultat de mauvaises décisions. Tant que nous continuerons à pointer du doigt le ciel, le sol sous nos pieds continuera de s’effondrer.

Pour sortir de ce cycle, il est impératif de démanteler les intérêts politiques, économiques et particuliers qui rendent les communautés vulnérables à chaque averse. Les catastrophes doivent être considérées comme le reflet d’une gouvernance environnementale défaillante, et non comme des événements naturels inévitables. Cela nécessite la mise en place de mécanismes de responsabilisation pour les fonctionnaires qui ignorent les avertissements écologiques, des audits environnementaux indépendants pour les projets d’envergure et une réforme rigoureuse de l’aménagement du territoire. Il faut également comprendre que le changement ne viendra pas du ciel, mais de ceux qui ont détruit, s’ils sont prêts à se réformer.

La pluie continuera d’être pointée du doigt. Les humains continueront de chercher à préserver leur réputation en regardant vers le haut, refusant de voir les dégâts se produire sous leurs pieds. Mais le ciel n’est jamais à blâmer, comme l’histoire le montrera clairement. La pluie tombe simplement. Ce sont les humains qui provoquent la destruction. C’est l’ironie suprême de la civilisation moderne : plus les humains se sentent puissants, plus ils sont enclins à se dédouaner des conséquences de leur pouvoir. Ils détruisent les montagnes pour l’exploitation minière, construisent des villes sans drainage et bétonnent les rivières, puis feignent la surprise lorsque tout s’effondre. La pluie n’est qu’un déclencheur ; les humains préparent les ingrédients de l’explosion.

Ce n’est pas la météo qui doit changer, mais notre moralité. Aucune mesure technique d’atténuation ne peut remplacer une culture politique qui continue d’échanger les forêts contre du capital, d’hypothéquer l’avenir au profit de la croissance ou d’idéaliser un « développement » qui ne produit que des risques. Nous pouvons continuer à prier pour un temps clément, mais ces prières ne trouveront pas d’écho tant que la Terre sera traitée comme une victime. Car c’est sur Terre que nous devons vivre. La Terre est la source de notre vie. Et tant que les gens continueront à nier cela, les catastrophes deviendront des conséquences inévitables, et non de simples avertissements.

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