Publié le 29 décembre 2025 10:08:00. Des recherches récentes remettent en question l’idée que certaines mutations génétiques entraînent inévitablement la dégénérescence rétinienne héréditaire, suggérant que d’autres facteurs jouent un rôle crucial dans l’apparition de ces maladies.
- Une étude menée par des chercheurs du Mass General Brigham révèle que moins de 30 % des personnes porteuses de gènes associés à la dégénérescence rétinienne héréditaire (DRH) développent effectivement la maladie.
- Les résultats, publiés dans Le Journal américain de génétique humaine, soulignent l’importance d’éviter les biais de sélection dans les études génétiques.
- L’analyse de vastes biobanques publiques a permis d’identifier des facteurs modificateurs, génétiques ou environnementaux, qui pourraient influencer l’expression de la maladie.
Longtemps considérée comme une fatalité inscrite dans l’ADN, la dégénérescence rétinienne héréditaire pourrait être moins prédictible qu’on ne le pensait. Une équipe de chercheurs du Mass Eye and Ear Institute, affilié au Mass General Brigham, a mis en évidence des données troublantes qui remettent en cause les certitudes établies en matière de génétique des maladies rares.
L’étude, dont les conclusions ont été publiées lundi dans Le Journal américain de génétique humaine, s’appuie sur l’analyse de données issues de deux importantes biobanques : le All of Us Research Program (AoU) des National Institutes of Health (NIH) aux États-Unis et la UK Biobank (UKB) au Royaume-Uni. Les chercheurs ont examiné les données génétiques de plus de 317 964 participants à l’AoU, identifiant 481 individus porteurs de variantes génétiques associées aux DRH.
Or, surprise, seulement 9,4 % de ces personnes avaient reçu un diagnostic confirmé de DRH, en se basant sur des codes de classification internationale des maladies (CIM) précis. Même en élargissant les critères de diagnostic pour inclure d’autres affections rétiniennes et pertes de vision, le taux de manifestation de la maladie ne dépassait pas 28,1 %, un chiffre bien inférieur aux prévisions traditionnelles.
Pour valider ces résultats, l’équipe dirigée par Eric Pierce, directeur de l’Ocular Genomics Institute à Mass Eye and Ear et professeur à la Harvard Medical School, a également analysé les données de la biobanque britannique, qui incluait des images rétiniennes pour environ 100 000 participants. Les conclusions étaient similaires : entre 16,1 % et 27,9 % des porteurs de variantes génétiques associées aux DRH présentaient des signes de lésions rétiniennes.
Ces résultats mettent en lumière un problème méthodologique crucial : le biais de sélection. Les études génétiques sont souvent menées sur des patients déjà atteints de la maladie, ce qui tend à surestimer la proportion de porteurs de la variante génétique qui développeront effectivement la maladie. En d’autres termes, on observe de manière disproportionnée les cas où la variante génétique est effectivement associée à l’apparition de la maladie, négligeant les nombreux porteurs qui restent asymptomatiques.
Les chercheurs soulignent que d’autres facteurs, qu’ils soient génétiques ou environnementaux, doivent intervenir pour que la maladie se manifeste chez les personnes porteuses d’une variante pathogène. L’âge, le sexe, le tabagisme, le niveau socio-économique et la présence d’autres maladies ne semblent pas non plus être des facteurs prédictifs fiables.
Cette découverte pourrait avoir des implications majeures pour l’interprétation des tests génétiques et le développement de nouvelles thérapies. Comme l’a montré une approche similaire dans le cas de l’hypercholestérolémie familiale, une meilleure compréhension des facteurs modificateurs pourrait permettre d’identifier les personnes les plus à risque et de mettre en place des stratégies de prévention ou de traitement plus ciblées.
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