Publié le 22 décembre 2025 05:26:00. Une étude clinique majeure confirme qu’une association chimiothérapie-radiothérapie améliore significativement la survie des patientes atteintes d’un cancer de l’endomètre à haut risque, en particulier celles présentant des anomalies spécifiques dans le gène p53. Les résultats, issus de l’essai PORTEC-3, ouvrent la voie à une approche thérapeutique plus personnalisée.
- La chimioradiothérapie adjuvante améliore significativement la survie globale et sans récidive à 10 ans par rapport à la radiothérapie seule chez les patientes atteintes d’un cancer de l’endomètre à haut risque.
- Le bénéfice de cette association est particulièrement marqué chez les femmes présentant des anomalies du gène p53.
- L’étude confirme l’importance de la classification moléculaire des tumeurs pour guider les décisions thérapeutiques.
Une analyse à long terme de l’essai de phase 3 PORTEC-3 (NCT00411138), publiée dans The Lancet Oncology, révèle que l’ajout d’une chimiothérapie à la radiothérapie après une intervention chirurgicale améliore significativement les chances de survie des patientes atteintes d’un cancer de l’endomètre à haut risque. Les données, portant sur un suivi médian de 10,1 ans, démontrent un gain en termes de survie globale et sans récidive.
Au total, 686 patientes ont participé à cette étude multicentrique internationale. Elles ont été réparties aléatoirement en deux groupes : un groupe recevant une radiothérapie seule et un autre bénéficiant d’une association chimioradiothérapie. Les résultats montrent que le taux de survie globale à 10 ans est de 74,4 % (intervalle de confiance à 95 % : 69,8 % – 79,4 %) dans le groupe chimioradiothérapie, contre 67,3 % (intervalle de confiance à 95 % : 62,3 % – 72,7 %) dans le groupe radiothérapie seule (risque relatif ajusté : 0,73 ; intervalle de confiance à 95 % : 0,54-0,97 ; P = 0,032). De même, la survie sans récidive à 10 ans est de 72,8 % (intervalle de confiance à 95 % : 67,2 % – 77,6 %) avec la chimioradiothérapie, contre 67,4 % (intervalle de confiance à 95 % : 61,7 % – 72,4 %) avec la radiothérapie seule (risque relatif ajusté : 0,74 ; intervalle de confiance à 95 % : 0,56-0,98 ; P = 0,034).
L’analyse approfondie des caractéristiques moléculaires des tumeurs a révélé que les patientes présentant des anomalies du gène p53 bénéficient particulièrement de la chimioradiothérapie. Chez ces femmes, le taux de survie globale à 10 ans est de 52,7 % (intervalle de confiance à 95 % : 40,8 % – 68,1 %) avec la chimioradiothérapie, contre 36,6 % (intervalle de confiance à 95 % : 25,0 % – 53,7 %) avec la radiothérapie seule (risque relatif ajusté : 0,52 ; intervalle de confiance à 95 % : 0,30-0,91 ; P = 0,021). La survie sans récidive est également significativement améliorée dans ce sous-groupe (52,6 % contre 37,0 % ; risque relatif ajusté : 0,42 ; intervalle de confiance à 95 % : 0,24-0,74 ; P = 0,0027).
En revanche, l’étude n’a pas mis en évidence de bénéfice supplémentaire de la chimiothérapie chez les patientes présentant un déficit de réparation des mésappariements (dMMR) ou des mutations du gène POLE. Ces patientes obtiennent de bons résultats avec la radiothérapie seule.
« Cette analyse à long terme de l’essai PORTEC-3 confirme les résultats antérieurs d’une amélioration significative de la survie globale et sans récidive avec la chimioradiothérapie par rapport à la radiothérapie seule pour les patientes atteintes d’un cancer de l’endomètre à haut risque »,
Cathalijne CB Post, MD, département de radio-oncologie du centre médical de l’université de Leiden, Pays-Bas
L’essai PORTEC-3 a inclus des patientes de plus de 18 ans, présentant un cancer de l’endomètre à haut risque, un bon état général (score de performance de l’Organisation mondiale de la santé entre 0 et 2) et des fonctions médullaires, rénales et hépatiques normales. Les patientes ayant déjà reçu une radiothérapie pelvienne, une hormonothérapie ou une chimiothérapie étaient exclues de l’étude.
Les patientes ont subi une hystérectomie (abdominale ou laparoscopique) avec salpingo-ovariectomie bilatérale, avec ou sans curage ganglionnaire. Le protocole de radiothérapie consistait en une dose de 48,6 Gy en fractions de 1,8 Gy, cinq fois par semaine, avec une curiethérapie renforcée en cas d’atteinte stromale cervicale. Le groupe chimioradiothérapie a reçu deux cycles de cisplatine (50 mg/m²) pendant la radiothérapie, suivis de quatre cycles de carboplatine et de paclitaxel à intervalles de trois semaines.
Les chercheurs soulignent l’importance de la collaboration internationale qui a permis de mener à bien cette étude, la rendant représentative de la pratique clinique actuelle. Ils insistent sur la nécessité d’une approche thérapeutique personnalisée, basée sur la classification moléculaire des tumeurs, afin d’optimiser les résultats pour les patientes atteintes d’un cancer de l’endomètre à haut risque.
Référence
Post CCB, de Boer SM, Powell ME et al. Adjuvant chemoradiotherapy versus radiotherapy alone for women with high-risk endometrial cancer (PORTEC-3): 10-year clinical outcomes and post-hoc analysis by molecular classification from a phase 3 randomised trial. Lancet Oncol. 2025;26(10):1370-1381.