Publié le 8 décembre 2023 14:35:00. Face à l’urgence climatique et aux enjeux de sécurité alimentaire, le Japon et la Chine repensent leurs politiques de gestion des déchets alimentaires, en les transformant en une ressource précieuse pour l’alimentation animale, réduisant ainsi leur dépendance aux importations et l’impact environnemental de l’agriculture.
- Un tiers de la nourriture produite mondialement est gaspillée, les États-Unis et la Chine étant les principaux contributeurs.
- Le Japon a mis en place un système de certification pour la production d’aliments pour animaux à partir de déchets alimentaires, appelé Ecofeed.
- La Chine, après une interdiction temporaire suite à une crise sanitaire, réexamine activement la valorisation des déchets alimentaires pour l’alimentation animale.
Le gaspillage alimentaire représente un défi majeur à l’échelle mondiale. Selon les estimations, un tiers de la nourriture produite est perdu ou gaspillé chaque année. Les États-Unis et la Chine sont en tête de liste des pays contributeurs, jetant respectivement 40 % et 27 % de leur production alimentaire. En chiffres, cela représente 348 millions de tonnes de nourriture gaspillée annuellement en Chine et 14,7 millions de tonnes d’aliments destinés à l’alimentation animale qui finissent dans les décharges américaines.
Face à cette situation préoccupante, plusieurs pays mettent en œuvre des stratégies innovantes pour réduire le gaspillage et valoriser les déchets alimentaires. Le Japon a été l’un des premiers à agir, adoptant dès 2009 des politiques visant à recycler en toute sécurité les déchets alimentaires en aliments pour animaux. La Chine a suivi cette voie, cherchant à réduire sa dépendance aux importations de céréales et à limiter la pollution liée à la gestion des déchets.
Le Japon, pionnier de l’Ecofeed
Le Japon, fortement dépendant des importations pour ses besoins alimentaires (deux tiers de sa production) et en alimentation animale (trois quarts), s’est fixé un objectif national ambitieux : réduire sa dépendance aux produits importés d’ici 2030. Les résultats sont déjà significatifs, avec un taux de réutilisation de 80 % des déchets alimentaires issus de la fabrication et de 57 % des déchets alimentaires de gros transformés en aliments pour animaux.
L’Ecofeed, une marque déposée au Japon, est produit selon un système de certification rigoureux établi par la Scientific Feed Association en 2009, garantissant la sécurité et la qualité des produits. Le gouvernement japonais continue d’investir dans la recherche et le développement pour améliorer les méthodes de production. En 2020, l’Ecofeed représentait 300 000 tonnes, soit environ 12 % de la consommation intérieure d’aliments pour animaux au Japon.
Transformer les déchets en ressources : le potentiel de l’alimentation animale
Gerald Shurson, spécialiste de l’alimentation animale à l’Université du Minnesota, souligne le potentiel considérable de la transformation des déchets alimentaires en aliments pour animaux. Il a mené des recherches approfondies sur l’équilibre entre la réduction de la pollution et la protection de la santé animale. Une analyse du cycle de vie réalisée par son équipe a révélé que les déchets alimentaires traités thermiquement dans les supermarchés émettaient 60 % moins de gaz à effet de serre que le soja utilisé pour l’alimentation animale. L’intégration de ces déchets traités dans l’alimentation des porcs a permis de réduire les émissions de carbone de 6 %, l’utilisation des terres de 13 % et la consommation d’eau de 7 % par rapport à un régime alimentaire à base de céréales uniquement.
Un domaine particulièrement prometteur est l’élevage d’insectes à partir de déchets alimentaires, puis la transformation de la farine d’insectes en aliments pour animaux. Les insectes constituent une source naturelle de protéines pour les oiseaux, les poissons et autres animaux. La chercheuse Yanting Guo, titulaire de la chaire d’études sur la durabilité au Hood College, élève des larves de mouches soldats noires en les nourrissant de restes de nourriture. Cette méthode est particulièrement efficace pour traiter les déchets alimentaires provenant de la restauration et des ménages, souvent contaminés par du papier et du plastique, que les insectes sont capables de trier et de consommer.
Une startup française, Innovafeed, exploite d’ailleurs la plus grande ferme d’insectes au monde à Nesle, en France, convertissant les déchets alimentaires en poudre de protéines.
La Chine réévalue sa politique d’alimentation animale
La Chine a une longue histoire de recyclage des déchets alimentaires en aliments pour animaux. La collecte et la distribution de ces déchets aux animaux étaient encouragées et promues. Cependant, en 2018, la propagation de la peste porcine africaine, qui a décimé 250 millions de porcs, a conduit à une interdiction de l’utilisation de déchets alimentaires pour l’alimentation animale, après la découverte du virus dans des déchets contaminés. Cette mesure a accru la dépendance de la Chine aux importations de soja et d’autres céréales pour l’alimentation animale, principalement en provenance des États-Unis et du Brésil.
Aujourd’hui, dans un contexte commercial incertain, la Chine a lancé un plan visant à réduire la proportion de farine de soja dans les rations animales. Une solution consiste à réévaluer la valorisation des déchets alimentaires pour l’alimentation animale. En 2025, le pays lancera 20 programmes pilotes pour collecter et traiter les déchets alimentaires destinés à l’alimentation animale dans les villes.
Des solutions gagnant-gagnant-gagnant
La crise de la peste porcine africaine en 2018 a contraint les agriculteurs chinois à abandonner leur pratique traditionnelle d’utilisation des déchets alimentaires pour l’alimentation animale. Aujourd’hui, grâce à des politiques telles que « pas de traitement, pas d’alimentation », la Chine réintroduit progressivement la transformation des déchets alimentaires en aliments pour animaux, de manière sûre et respectueuse de l’environnement. Alors que les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine persistent, les chercheurs agricoles chinois continueront à travailler à l’augmentation de leurs sources nationales d’aliments pour animaux.
Le Dr Mancl est professeur émérite de génie alimentaire, agricole et biologique à l’Ohio State University. Pour en savoir plus sur l’agriculture et l’environnement chinois et américains, consultez le site Web du laboratoire d’apprentissage des technologies de l’environnement des sols à l’adresse SETLL.osu.edu.
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