Publié le 25 novembre 2025 à 21h00. La Chine, longtemps surnommée « l’usine du monde », se transforme en profondeur. Face à une pénurie de main-d’œuvre et à la volonté de maintenir son leadership industriel, le pays mise massivement sur l’automatisation et l’intelligence artificielle pour réinventer son modèle de production.
- La Chine déploie des robots industriels à un rythme inégalé, installant près de neuf fois plus d’unités qu’aux États-Unis en un an.
- L’automatisation ne se limite plus aux tâches répétitives, mais s’étend à la prise de décision et à l’optimisation des processus grâce à l’IA.
- Les États-Unis, tout en promouvant le rapatriement de la production, misent également sur l’automatisation, mais sont confrontés à des obstacles liés aux négociations syndicales.
Pendant des années, l’étiquette « Fabriqué en Chine » a été omniprésente sur les produits du monde entier, symbole de la domination industrielle du pays. Des smartphones américains aux composants électroniques européens, une part considérable de notre consommation quotidienne provenait des chaînes de production chinoises. Mais cette réalité est en train de changer. Le modèle économique qui a permis à la Chine de devenir l’atelier du monde, basé sur une main-d’œuvre abondante et peu coûteuse, atteint ses limites.
Ce bouleversement n’est pas uniquement économique, il est aussi social. De plus en plus de jeunes Chinois se détournent des emplois en usine, un phénomène qui rappelle celui observé aux États-Unis. Ces métiers, souvent pénibles, peu rémunérés et offrant peu de perspectives d’évolution, ne sont plus perçus comme synonymes de progrès. Pourtant, tant la Chine que les États-Unis considèrent la production manufacturière comme un secteur stratégique, essentiel pour maintenir leur influence mondiale et réduire leur dépendance aux importations.
Le vice-ministre chinois de l’Industrie, Zhang Yunming, a récemment déclaré que l’adoption de l’intelligence artificielle était une nécessité, et non une option. Sa déclaration souligne l’importance de protéger l’un des principaux atouts du pays : son industrie manufacturière, qui représente environ 25 % du produit intérieur brut (PIB) national, un chiffre supérieur à la moyenne mondiale. La Chine reste le premier producteur mondial, mais elle ne peut plus se reposer uniquement sur le volume de production ou la main-d’œuvre.
Le défi consiste désormais à maintenir son leadership en produisant avec moins de personnel et davantage d’intelligence artificielle. Dans ce contexte, la Chine réagit avec détermination. Le rythme auquel elle déploie des robots industriels est sans précédent. L’année dernière, 295 000 unités ont été installées, soit près de neuf fois plus qu’aux États-Unis et plus que le reste du monde combiné, selon la Fédération Internationale de Robotique. Certaines usines sont déjà qualifiées d’« usines sombres », des sites de production tellement automatisés qu’ils peuvent fonctionner avec une intervention humaine minimale. Le Wall Street Journal cite l’exemple de Baosteel, l’une des plus grandes aciéries du pays, où les opérateurs n’interviennent plus que toutes les demi-heures, alors qu’ils le faisaient toutes les trois minutes auparavant.
L’automatisation ne se limite plus à des bras mécaniques effectuant des tâches répétitives. Elle englobe désormais des usines connectées, capables de prendre des décisions de manière autonome. Le Wall Street Journal souligne que Midea utilise un système d’IA qui coordonne les robots, les capteurs et les agents virtuels pour détecter les pannes, attribuer des tâches et ajuster les processus sans intervention humaine. Dans l’industrie textile, Bosideng utilise des modèles d’IA développés avec l’Université du Zhejiang pour concevoir des vêtements, réduire les délais de développement et diminuer les coûts. Ces solutions accélèrent non seulement la production, mais offrent également un avantage concurrentiel par rapport aux fabricants occidentaux, qui mettent en œuvre ces changements plus lentement.
L’ambition industrielle de la Chine se manifeste également dans ses ports. À Tianjin, une flotte de camions autonomes déplace les conteneurs sans présence humaine visible, tandis que l’intelligence artificielle optimise des paramètres tels que les heures d’arrivée des navires et la capacité des grues. Le système, appelé OptVerse AI Solver, a réduit le temps nécessaire à la planification des tâches de 24 heures à environ dix minutes. PortGPT, un système développé en collaboration avec Huawei pour analyser les images et surveiller la sécurité, a également été déployé.
Aux États-Unis, le discours se concentre sur la souveraineté : produire davantage sur le territoire national pour réduire la dépendance à l’égard de l’étranger. L’administration Trump a mis en œuvre cette stratégie en imposant des droits de douane sur la Chine, le Vietnam et d’autres économies asiatiques, dans le but d’attirer les usines et de reconstruire les chaînes d’approvisionnement. Le secrétaire au Commerce Howard Lutnick affirme que l’automatisation n’est pas incompatible avec la création d’emplois, mais qu’elle peut générer des métiers techniques mieux rémunérés. Il a déclaré qu’« il est temps de former les gens aux emplois du futur, et non à ceux du passé », et a souligné que ces usines pourraient assurer un niveau de vie décent à des familles pendant plusieurs générations.
L’une des principales différences entre les deux modèles réside dans le rôle des syndicats. Alors que la Chine a déployé des camions autonomes, des systèmes de planification basés sur l’IA et des outils comme PortGPT sans opposition significative, aux États-Unis, l’automatisation est soumise à la négociation collective. L’Association internationale des débardeurs et les opérateurs portuaires ont menacé de bloquer la construction de nouveaux terminaux automatisés jusqu’à fin 2030, et ont limité l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les tâches administratives. Pour les syndicats, l’automatisation représente une menace pour l’emploi et le pouvoir de négociation. Pour la Chine, il s’agit d’une stratégie nationale.
La Chine souhaite rester l’usine du monde, mais pas de la même manière qu’avant. Il ne s’agit plus de main-d’œuvre bon marché, mais d’usines capables de produire davantage avec moins de personnel et davantage d’intelligence artificielle. Les États-Unis cherchent leur propre voie, avec des conditions de travail plus strictes et un rythme différent, mais avec le même objectif : ne plus dépendre de l’étranger. Ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement le lieu de fabrication, mais aussi la manière dont les produits sont fabriqués. Et il est possible que, dans quelques années, l’étiquette que nous trouverons ne soit pas seulement « Fabriqué en Chine », mais une nouvelle forme de production où les robots ne seront plus de simples accessoires, mais les véritables acteurs.
Images | Électroménagers Homa | xataka avec des Gémeaux
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