Publié le 27 octobre 2025 22:52:00. Une spectaculaire boule de feu observée au-dessus des îles Canaries le 16 octobre s’est avérée être les restes d’un satellite chinois secret, révélant des capacités de surveillance avancées et soulevant des questions sur le suivi des objets spatiaux.
- Un satellite chinois lancé en 2020, initialement décrit comme un simple satellite de test technologique, s’est désintégré en rentrant dans l’atmosphère terrestre.
- Des images capturées par une entreprise australienne ont révélé que le satellite était équipé d’une antenne radar à synthèse d’ouverture (SAR), une technologie de surveillance sophistiquée.
- L’incident souligne les lacunes des systèmes de suivi spatial actuels et la difficulté de surveiller les activités des autres nations dans l’espace.
Le ciel étoilé des îles Canaries a été illuminé le 16 octobre par un phénomène impressionnant : une boule de feu traversant le ciel du sud au nord. Il ne s’agissait pas d’une météorite, mais des débris d’un satellite chinois, le XJY-7, qui restait jusqu’à récemment un véritable mystère pour les observateurs du monde entier.
Lancé en décembre 2020 dans le cadre du vol inaugural de la fusée Longue Marche 8, le Xinjishu Yanzheng-7 (XJY-7) avait été officiellement présenté par la Chine comme un « satellite de vérification de nouvelle technologie ». Au-delà de cette description évasive, sa configuration, son objectif et ses capacités étaient inconnus. Pourtant, sa rentrée atmosphérique, en soi un événement notable, a été précédée d’une découverte cruciale : une entreprise australienne a réussi à le photographier en orbite, dévoilant ainsi son véritable rôle.
L’entreprise australienne HEO a utilisé son réseau de satellites pour photographier d’autres objets en orbite, une technique permettant d’obtenir des images rapprochées du XJY-7 que les radars terrestres ne pouvaient pas fournir. Les images et le modèle 3D construit par HEO ont révélé des caractéristiques que la Chine avait omis de mentionner. Selon HEO, citée par SpaceNews, le satellite n’était pas une simple plateforme de test, mais était équipé d’une « grande antenne radar » et, plus significativement, d’une antenne radar à synthèse d’ouverture (SAR).
La technologie SAR est une avancée majeure en matière de télédétection, permettant d’obtenir des images haute résolution de la surface terrestre quelles que soient les conditions météorologiques, de jour comme de nuit. Le « mystérieux » satellite de test était donc en réalité un satellite de surveillance et de télédétection de pointe.
Les observations de HEO ont également mis en évidence un détail particulier de sa conception : le satellite était équipé de panneaux solaires fixes. Cette particularité l’obligeait à « faire pivoter tout son corps » pour maintenir la production d’électricité, un comportement confirmé par de multiples observations simultanées sous différents angles.
Dans un contexte où les constellations de satellites se multiplient, il est devenu crucial de pouvoir identifier rapidement si un objet est un satellite opérationnel, un débris spatial ou quel type d’antenne il transporte, notamment pour le renseignement et la défense. HEO utilise un réseau de plus de 40 capteurs en vol pour réaliser des images satellite à satellite pour ses clients. Lorsqu’un de ses satellites associés passe à proximité d’une cible, il en prend une photo, une méthode « non invasive » qui permet d’obtenir des images précises des antennes, des panneaux, des propulseurs et des charges utiles. Grâce à cette technique, HEO a déjà identifié plus de 80 objets spatiaux avant qu’ils n’apparaissent dans les catalogues publics.
Ironiquement, le mystère qui entourait le XJY-7 pendant sa vie opérationnelle l’a également accompagné dans sa mort. Le Commandement spatial des États-Unis n’a pas émis d’alerte de rentrée, ce qui est selon l’expert Marco Langbroek, « étrange » pour un objet de cette taille. On estime que le XJY-7 avait une masse comprise entre 3 000 et 5 000 kg (3 à 5 tonnes). Le fait qu’un objet de plus de trois tonnes ait échappé aux systèmes d’alerte de rentrée souligne les lacunes du suivi spatial conventionnel, en particulier lorsqu’il s’agit d’un satellite doté de capacités secrètes.
Images | H.E.O.