Publié le 2024-02-29 14:35:00. Lors d’opérations cérébrales délicates, les neurochirurgiens s’appuient de plus en plus sur la collaboration active du patient pour préserver ses fonctions cognitives essentielles, comme le langage. Une approche qui permet de minimiser les risques de séquelles post-opératoires.
Avant de retirer une tumeur cérébrale, notamment celles proches des zones du langage, les équipes médicales s’efforcent désormais de cartographier précisément les fonctions cérébrales du patient, avec lui. Cette méthode, appelée opération éveillée, repose sur un dialogue constant et des tests réalisés pendant l’intervention.
« Avec mes collègues neurochirurgicaux, nous discutons avec les patients qui vont subir une telle opération de ce qui est important pour eux et des éventuelles limitations à anticiper », explique le Dr Christian Kell.
« Par exemple, si quelqu’un est musicien et ne veut pas perdre sa musicalité, le chirurgien essaiera d’en tenir compte lors de l’opération. Cependant, les chances de guérison sont plus grandes si la tumeur est retirée aussi complètement que possible. »
Christian Kell, neurochirurgien
La plupart des patients sont conscients des risques et acceptent de légères difficultés, comme des troubles de la fluidité verbale. « Presque tout le monde est prêt à accepter de légères limitations, et il est généralement facile de s’adapter dans la vie quotidienne », assure le Dr Kell. Ces échanges préliminaires sont cruciaux pour éviter que le patient ne prenne des décisions hâtives pendant l’opération et pour qu’il puisse aborder l’intervention en toute connaissance de cause.
Le Dr Kell confie qu’il ne se sentirait pas à l’aise dans cette situation : « Je ne serais pas un bon candidat pour une opération éveillée, les visites chez le dentiste me stressent déjà. C’est pourquoi je trouve formidable de pouvoir préparer les patients et les accompagner pendant l’opération pour qu’ils la vivent au mieux. Nous veillons à créer une atmosphère détendue et à distraire le patient. Nous aimons même plaisanter à nos dépens, par exemple sur mon manque de connaissances en football. »
Déroulement de l’opération
L’intervention débute sous anesthésie générale, la tête du patient étant fixée et le crâne ouvert. Une fois la tumeur accessible, le patient est progressivement réveillé. L’équipe de neurochirurgiens, dirigée par les Drs Marcus Czabanka et Marie-Therese Forster, a alors besoin de sa collaboration pour établir une carte fonctionnelle du cerveau, qui varie d’une personne à l’autre. À l’aide d’électrodes et de faibles impulsions électriques, les chirurgiens inhibent temporairement les zones cérébrales entourant la tumeur, tandis que le Dr Kell et son équipe évaluent les fonctions que le patient ne peut plus exercer.
Le patient ne ressent ni les impulsions électriques, ni l’ablation de la tumeur, car le cerveau ne perçoit pas la douleur. Si le patient y consent, l’équipe de neurosciences du Dr Kell effectue des tests supplémentaires pour affiner la compréhension du fonctionnement du langage. Il peut ainsi être invité à mémoriser et à répéter une phrase, comme « L’ours menace notre village » ou « Un gâteau cuit au four ».
Ces tests permettent de mieux comprendre comment le cerveau génère le langage. Pour cela, les neurologues utilisent également le magnétoencéphalographe (MEG), un outil qui mesure l’activité cérébrale lors de l’écoute ou de la parole avec une haute résolution temporelle et spatiale. En savoir plus sur le Centre d’imagerie cérébrale de Francfort (BICF). 
La question de savoir comment notre cerveau génère ces phrases reste au cœur des recherches en neurosciences.
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