Home AffairesLa croissance a-t-elle dépassé la valeur en 2025 ?

La croissance a-t-elle dépassé la valeur en 2025 ?

by Amélie Bernard

Après une année 2025 marquée par une alternance de tendances, les investisseurs s’interrogent sur les perspectives pour 2026. La dynamique observée – une rotation initiale vers les valeurs, suivie d’un rebond des actions de croissance – pourrait-elle se reproduire, ou assisterons-nous à un nouveau renversement de situation ?

En début de 2025, une certaine prudence dominait, les valorisations élevées des actions de croissance et technologiques ayant suscité des inquiétudes après deux années de fortes performances. Cette méfiance a entraîné un déplacement des capitaux vers des valeurs plus traditionnelles, des entreprises de plus petite capitalisation et des investissements réputés plus stables.

Cependant, la situation a évolué au second semestre. Après avoir atteint leurs points bas en avril, suite à l’annonce de nouveaux droits de douane, les actions de croissance et technologiques, devenues plus abordables, ont regagné du terrain. Cette reprise a permis à ces titres de terminer l’année avec un gain global de près de 20 %.

Les chiffres, basés sur les performances des ETF iShares, illustrent cette tendance. Les actions de croissance ont globalement surpassé les valeurs, avec des rendements de 19,9 % pour les grandes capitalisations, 16,3 % pour les moyennes capitalisations et 15,1 % pour les petites capitalisations. Les valeurs, quant à elles, ont affiché des performances plus modestes : 12,3 % pour les grandes capitalisations, 13,0 % pour les moyennes capitalisations et 11,9 % pour les petites capitalisations. L’écart a été particulièrement marqué entre les grandes capitalisations de croissance et de valeur.

À l’aube de 2026, le marché se retrouve dans une situation comparable à celle de l’année précédente. La récente hausse a de nouveau tiré les valorisations vers le haut, ravivant les craintes d’une surévaluation des valeurs technologiques et de croissance.

Selon Guru Focus, le ratio cours/bénéfices (P/E) est revenu à environ 29, un niveau proche de celui de début 2025. Bien que supérieur à la moyenne, il reste inférieur au pic de 41 atteint lors de la bulle technologique de 2021. Le ratio P/E du Nasdaq 100 s’établit autour de 34, également élevé, mais en baisse par rapport aux 39 observés en début d’année 2025.

Un indicateur plus préoccupant est le ratio CAPE (Cyclically Adjusted Price-to-Earnings ratio), également connu sous le nom de ratio P/E de Shiller. Ce ratio, qui prend en compte les bénéfices moyens ajustés à l’inflation des dix dernières années, atteint actuellement 40, un niveau supérieur à celui observé en 2021, lors de l’éclatement de la bulle. Seul le boom des dotcoms de 1999 a enregistré un ratio CAPE plus élevé, atteignant 44. Cet indicateur, qui offre une perspective à long terme, mérite une attention particulière.

Les prévisions pour 2026 sont mitigées, allant d’un scénario optimiste de 8 100 points pour le S&P 500 (soit un rendement de 17 %) à un scénario plus pessimiste de 7 100 points (soit un rendement de 2 %). La plupart des projections se situent entre ces deux extrêmes.

JP Morgan prévoit un indice S&P 500 à 7 500, anticipant la poursuite d’un “supercycle” de l’intelligence artificielle (IA), qui devrait stimuler les dépenses d’investissement et les bénéfices. Vanguard, tout en partageant cette vision de l’impact positif de l’IA, estime que les bénéfices de cette technologie s’étendront également aux actions de valeur au cours du prochain cycle. C’est pourquoi Vanguard se montre plus optimiste quant aux perspectives des actions de valeur et internationales dans les 5 à 10 prochaines années, anticipant un ralentissement des performances des actions technologiques.

« Il est peu probable que les attentes élevées concernant les actions technologiques américaines soient satisfaites, pour au moins deux raisons, »
Joe Davis, économiste en chef mondial de Vanguard

« Premièrement, les attentes de bénéfices sont déjà très élevées. Deuxièmement, on sous-estime généralement la “destruction créatrice” engendrée par l’arrivée de nouveaux acteurs sur le marché, ce qui érode la rentabilité globale. La volatilité dans ce secteur – et donc sur l’ensemble du marché boursier américain – risque fortement de s’accroître. »

Bien qu’il soit difficile de prédire l’évolution des marchés, il est crucial pour les investisseurs de surveiller attentivement les valorisations des actions individuelles. En cas de ratios P/E significativement supérieurs aux moyennes historiques, une analyse approfondie s’impose pour comprendre les raisons de cette différence.

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