Publié le 17 décembre 2025 à 00h01. Les effectifs de la Défense néerlandaise connaissent une croissance sans précédent, stimulée par le contexte géopolitique actuel, mais cette expansion rapide soulève des inquiétudes quant à une possible pénurie de personnel qualifié dans d’autres secteurs.
- En quatre ans, les effectifs de la Défense ont augmenté de près de 20 %.
- Près de 12 500 personnes ont rejoint le ministère depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022.
- La croissance du nombre de réservistes est particulièrement notable, avec plus de 1 400 nouveaux inscrits cette année.
Au 1er décembre dernier, la Défense néerlandaise comptait près de 80 000 personnes, contre 67 400 en 2022. Seule cette année, 5 567 nouveaux membres ont rejoint les rangs. Selon le secrétaire d’État sortant, Christianne Tuinman, cette augmentation est positive, mais il faut aller encore plus loin pour renforcer la dissuasion face à la Russie.
Tuinman ambitionne d’atteindre les 100 000 personnes d’ici 2030, avec un objectif à long terme de 200 000. Cette croissance rapide suscite cependant des interrogations quant à son impact sur la disponibilité de personnel qualifié dans d’autres secteurs d’activité.
Réservistes
La progression du nombre de réservistes est particulièrement marquée. Plus de 1 400 nouveaux réservistes ont été recrutés cette année, portant le total à 9 172. Ces réservistes suivent régulièrement des entraînements pour maintenir leurs compétences militaires de base et sont déployés pour la surveillance des infrastructures critiques, telles que les ports et les aéroports. Ils peuvent également apporter un soutien logistique aux forces armées professionnelles et intervenir en cas de catastrophe.
Tuinman met cette croissance sur le compte de campagnes de recrutement ciblées.
« Je constate dans la société que la génération Z a vraiment envie de s’investir »
Christianne Tuinman, secrétaire d’État sortante
Elle souligne que la participation aux programmes de la Défense est rendue aussi flexible que possible pour s’adapter aux différentes étapes de la vie de chacun.
Année de service, durée de service, résilience
L’introduction de l’« année de service » est une initiative clé dans cette stratégie. Les jeunes adultes effectuent diverses missions sans intégrer immédiatement le service militaire. Sur les 1 639 jeunes ayant entamé leur année de service depuis 2023, 60 % ont choisi de poursuivre leur engagement au sein de la Défense.
Le programme de service social au sein de la Défense, ainsi que le Defence College (un programme pour étudiants en activité) et le cours MBO sur la sécurité et l’artisanat, rencontrent également un grand succès.
Le processus accéléré pour devenir réserviste, le « National Resilience Training », lancé le mois dernier, vise à simplifier et à accélérer le recrutement. La formation, qui durait auparavant un an, est désormais condensée en dix semaines, comprenant des tests médicaux, physiques et psychologiques.
Personnel militaire
L’armée professionnelle connaît une croissance plus modérée, de près de 5 % l’année dernière, atteignant plus de 45 000 soldats professionnels. D’ici 2030, 56 000 des 100 000 personnes que la Défense souhaite employer devraient être des militaires de carrière.
Les postes civils au sein de la Défense sont, quant à eux, quasiment tous pourvus. Les différentes unités emploient actuellement 25 699 « civils », incluant des techniciens, des cuisiniers, des spécialistes en cybersécurité, des informaticiens, du personnel administratif et des médecins. Le nombre de civils dépasse déjà les objectifs fixés pour 2030.
On observe également une augmentation du nombre de femmes choisissant de rejoindre la Défense. Leur proportion est passée de 16 % à près de 20 % depuis 2021, bien que cette augmentation soit moins marquée au sein des militaires professionnels.
Pénurie de personnel
Cette croissance rapide de la Défense suscite des inquiétudes. Esmée Vogelsang, experte du marché du travail à la Fondation Goldschmeding, souligne l’absence d’une vision globale pour le marché du travail.
« La défense ne se concentre pas seulement sur les soldats, mais aussi sur les personnes exerçant une profession de soins et sur le personnel techniquement formé, précisément dans les secteurs où les pénuries sont déjà importantes »
Esmée Vogelsang, experte du marché du travail à la Fondation Goldschmeding
Le syndicat de santé et de protection sociale FNV craint que la Défense ne vienne concurrencer d’autres secteurs pour le recrutement de personnel qualifié. L’association d’entrepreneurs Techniek Nederland suit également de près la situation, craignant des conséquences sur des défis sociétaux majeurs tels que la transition énergétique, la construction de logements et la durabilité.
Tuinman reconnaît la tension sur le marché du travail et s’intéresse particulièrement aux réservistes, qui peuvent travailler à temps partiel (environ huit heures par semaine) tout en conservant leur emploi principal.
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