Home Technologie et scienceLa dépendance aux smartphones peut-elle être réinitialisée ? Un neurologue explique son impact sur notre cerveau – Tierramarillano – Nouvelles d’Atacama et du Chili

La dépendance aux smartphones peut-elle être réinitialisée ? Un neurologue explique son impact sur notre cerveau – Tierramarillano – Nouvelles d’Atacama et du Chili

by Thomas Caron

Publié le 2024-02-29 14:35:00. Une déconnexion numérique de 72 heures pourrait influencer l’activité cérébrale, selon des recherches récentes, mettant en lumière l’impact de l’utilisation excessive des smartphones sur nos fonctions cognitives et émotionnelles.

  • Une étude de l’Université de Heidelberg suggère qu’une pause de trois jours dans l’utilisation des smartphones peut modifier l’activité des zones cérébrales liées à la dépendance.
  • L’usage excessif des smartphones peut engendrer des troubles de l’humeur et des difficultés de concentration, en raison de la dérégulation de voies dopaminergiques clés.
  • Les enfants et les adolescents, dont le cerveau est encore en développement, sont particulièrement vulnérables aux effets d’une exposition prolongée aux écrans.

La dépendance aux smartphones ne se limite pas à un comportement compulsif ; elle pourrait également altérer le fonctionnement du cerveau, affectant la régulation des émotions et la capacité à se concentrer. C’est ce que souligne le neurologue José Miguel Enríquez, de l’Université Andrés Bello. Selon lui, l’utilisation continue de ces appareils peut déclencher des processus neurobiologiques similaires à ceux observés dans d’autres formes d’addiction.

« L’usage excessif des smartphones constitue en soi un comportement addictif qui peut évoluer vers une pathologie si celui-ci perturbe notre quotidien », explique le Dr Enríquez. Des études ont en effet montré que les personnes utilisant intensivement leur smartphone sont plus susceptibles de souffrir de troubles de l’humeur.

Récemment, une étude menée par l’Université de Heidelberg a exploré les effets d’une restriction d’utilisation des smartphones sur une période de 72 heures. Si l’étude n’a pas révélé de changements significatifs en termes de sentiment de manque ou d’humeur, l’imagerie cérébrale fonctionnelle a mis en évidence une modification de l’activité dans les zones du cerveau impliquées dans les mécanismes de la dépendance, notamment l’activation de la voie dopaminergique mésolimbique. « Cette activation confirme l’hypothèse selon laquelle l’utilisation excessive des smartphones pourrait avoir des effets neurologiques comparables à ceux d’une addiction », précise le spécialiste.

Ce phénomène s’explique par la neuroplasticité, la capacité du cerveau à s’adapter aux nouveaux stimuli. « Le cerveau s’adapte à la surcharge numérique, comme il le fait face à toute nouvelle surcharge d’informations, par un processus de potentialisation synaptique et par la stimulation ou l’inhibition de certaines voies, notamment les voies dopaminergiques liées à l’attention et à la dépendance », détaille le Dr Enríquez. Bien que ce processus soit naturel, il peut conduire à des réponses pathologiques lorsque les stimuli sont trop intenses ou mal gérés.

Le neurologue précise que les altérations dopaminergiques de la voie mésolimbique, associées à l’addiction, se retrouvent également dans la voie mésocorticale, qui joue un rôle crucial dans la concentration et le maintien de l’attention. La dérégulation de ces deux voies pourrait expliquer les difficultés d’inattention et de concentration fréquemment observées chez les personnes dépendantes des smartphones. De plus, « l’altération de la voie mésolimbique est liée à une dérégulation émotionnelle, un phénomène courant chez les sujets dépendants de la technologie », ajoute-t-il.

L’exposition prolongée aux écrans est particulièrement préoccupante chez les enfants et les adolescents, dont le cerveau est encore en développement. « Le cerveau subit des changements synaptiques jusqu’à l’âge adulte, ce qui signifie qu’il est encore “immature” et susceptible d’être façonné par l’environnement », explique le Dr Enríquez. Une exposition constante aux appareils mobiles pourrait perturber ce processus de maturation et entraîner des troubles du développement cognitif, tels qu’un retard dans l’acquisition du langage chez les jeunes enfants.

L’étude de Heidelberg soulève la question de savoir si une déconnexion de 72 heures pourrait permettre une “réinitialisation” partielle du cerveau. Le Dr Enríquez tempère toutefois cet optimisme, soulignant que le simple arrêt ne suffit pas à modifier durablement les habitudes. « Reprendre l’habitude addictive peu de temps après l’arrêt pourrait même renforcer le circuit dopaminergique de la dépendance », avertit-il. Il en conclut qu’une déconnexion temporaire peut apporter un soulagement passager, mais que la solution réside avant tout dans une modification des habitudes d’utilisation à long terme et dans la prévention des rechutes.

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