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La diplomatie indienne en 2025 : entre intérêts nationaux et ambitions mondiales

by Amélie Bernard

Publié le 24 septembre 2025. La politique étrangère indienne, traditionnellement basée sur un équilibre délicat entre autonomie et coopération, est confrontée à des défis croissants. L’année 2025 a révélé les limites d’une approche multi-alignée, marquée par des tensions avec les États-Unis et une dépendance accrue vis-à-vis de la Russie.

  • Les relations avec les États-Unis se sont détériorées suite à l’imposition de droits de douane américains sur les exportations indiennes, en raison des liens commerciaux de l’Inde avec la Russie.
  • L’Inde a renforcé sa coopération avec la Russie, notamment par la visite du président Poutine, suscitant des inquiétudes en Occident.
  • La politique de « voisinage d’abord » de l’Inde est mise à l’épreuve, avec des difficultés croissantes au Bangladesh et des relations complexes avec le Sri Lanka et les Maldives.

L’Inde a poursuivi en 2025 une stratégie de diversification de ses alliances, s’appuyant sur les principes de « Bharat First » (l’Inde d’abord) et de « Vasudhaiva Kutumbakam » (le monde est une famille). Cette approche, axée sur l’autonomie stratégique et la diplomatie économique, visait à maintenir des relations équilibrées avec les grandes puissances et les pays voisins. Cependant, les événements de l’année ont mis en évidence les contradictions et les limites de cette politique.

Le début de l’année avait été marqué par un optimisme prudent, avec le lancement de la « Mission 500 », visant à porter le volume des échanges commerciaux bilatéraux avec les États-Unis à 500 milliards de dollars d’ici 2030 (environ 460 millions d’euros), et la mise en place d’un nouveau cadre de défense sur dix ans. Mais cette dynamique positive a été brutalement interrompue lorsque l’administration américaine, sous la présidence de Donald Trump, a imposé des droits de douane de 50 % sur les exportations indiennes. Washington justifiait cette décision par la poursuite des importations indiennes de pétrole russe.

New Delhi a réagi avec fermeté, condamnant cette mesure et refusant de compromettre sa souveraineté. Cette escalade a révélé un fossé croissant entre les deux pays, Washington privilégiant désormais une approche strictement transactionnelle dans ses relations avec l’Inde, contrairement aux administrations précédentes qui mettaient l’accent sur le partenariat stratégique.

Parallèlement, l’Inde a continué à approfondir sa coopération en matière de défense et de lutte contre le terrorisme avec la Russie. La visite du président Vladimir Poutine en décembre 2025 a symbolisé un renforcement des liens stratégiques entre les deux pays. Cette orientation a suscité des critiques de la part des partenaires occidentaux de l’Inde, qui y voient un soutien implicite à l’effort de guerre russe en Ukraine.

Sur le front chinois, des progrès notables ont été réalisés. Un accord sur les patrouilles frontalières, conclu fin 2024, a permis de rétablir les routines de patrouille dans les zones contestées. La reprise des vols directs et la réémission de visas touristiques pour les citoyens chinois, au milieu de l’année 2025, ont également contribué à apaiser les tensions. Les ministres de la Défense des deux pays ont réaffirmé leur engagement en faveur de la désescalade et du renforcement de la confiance mutuelle.

L’Inde a également cherché à étendre son influence dans la région de l’océan Indien en lançant son premier exercice naval d’engagement maritime clé Afrique-Inde (AIKEYME) en avril 2025, en collaboration avec la Tanzanie et avec la participation de dix pays. Cette initiative vise à renforcer la coopération maritime et à accroître la présence de l’Inde dans cette zone stratégique.

La politique du « voisinage d’abord » reste un pilier de la diplomatie régionale indienne. L’Inde a continué à accorder des lignes de crédit et une aide financière à des pays comme le Sri Lanka, et a utilisé des plateformes comme le G20 pour promouvoir son leadership régional. Des liens renforcés en matière d’énergie et d’investissement ont également été établis avec les pays du Golfe, notamment avec les Émirats arabes unis, avec la signature d’un traité historique.

Le ministre des Affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, a souligné l’importance de l’autonomie (« Aatmanirbharta ») comme outil stratégique pour naviguer dans un contexte mondial turbulent et réaliser la vision d’une Inde développée.

L’Inde a également adopté une position ferme face au terrorisme transfrontalier, en recourant à des opérations militaires comme l’« Opération Sindoor » et en déployant des drones et des clôtures basées sur l’intelligence artificielle. Cette approche, plus assertive, marque une rupture avec les politiques étrangères indiennes antérieures, souvent perçues comme plus idéalistes.

L’Inde a également cherché à approfondir ses liens avec l’Allemagne et le Japon, afin de bénéficier de leurs atouts technologiques et stratégiques dans un monde en mutation.

Pourtant, l’année 2025 a mis en évidence les limites de l’approche multi-alignée de New Delhi. Ce qui était autrefois considéré comme une habileté diplomatique est désormais perçu par certains comme une forme de distance transactionnelle.

La crise diplomatique avec le Canada, déclenchée par des allégations concernant l’assassinat de Hardeep Singh Nijjar, s’est envenimée et est devenue une source de préoccupation majeure. Un procès intenté par un agent des douanes canadien, alléguant avoir été victime de désinformation indienne, a maintenu cette affaire sous les projecteurs. La réponse de New Delhi, qualifiant ces accusations de complaisance politique, n’a pas convaincu les services de renseignement occidentaux, qui y voient un schéma d’agression extraterritoriale.

La situation au Bangladesh, avec l’effondrement du gouvernement de Sheikh Hasina, a également été un revers pour la diplomatie indienne. En ayant misé tous ses atouts sur un seul dirigeant, l’Inde s’est aliéné une partie de l’opinion publique bangladaise. Le gouvernement intérimaire de Dhaka, dirigé par Muhammad Yunus, a été accueilli avec froideur par New Delhi, une attitude perçue comme de la rigidité plutôt que de la prudence. Ce vide a été rapidement comblé par d’autres acteurs, notamment le Pakistan et la Chine, encerclant l’Inde avec des voisins indifférents ou hostiles.

Les Maldives et le Sri Lanka continuent également de poser problème, Malé dérivant vers l’orbite de Pékin et Colombo ne respectant pas les attentes indiennes malgré l’aide financière et sécuritaire apportée par l’Inde. En Asie du Sud, l’Inde est de plus en plus perçue comme un hégémon intrusif, incapable de tolérer la dissidence politique dans son voisinage.

Face à ces défis, l’Inde a cherché à diversifier ses partenariats économiques. La signature d’un accord de libre-échange avec le Royaume-Uni en juillet 2025 et l’accélération des négociations avec l’Union européenne témoignent de cette volonté de s’adapter à un contexte mondial en mutation.

Le rôle autoproclamé de l’Inde en tant que « voix du Sud » est également remis en question. Au-delà de la rhétorique, la capacité de New Delhi à apporter des avantages concrets aux pays en développement reste limitée par rapport aux ressources financières de la Chine. De plus, l’Inde est accusée d’hypocrisie, son alignement visible sur Israël et l’Occident étant en contradiction avec ses prétentions de leadership auprès des nations arabes et africaines.

L’année 2025 marquera un tournant dans la politique étrangère indienne, révélant les limites de l’équilibre extérieur et la nécessité de renforcer sa puissance interne. Le multi-alignement s’est avéré utile pour sécuriser des ressources et un espace diplomatique, mais il n’a pas suffi à garantir un soutien fiable de la part des partenaires stratégiques en temps de crise. L’avenir de l’Inde dépendra de sa capacité à développer une politique étrangère à la fois adaptative et résolue, fondée sur ses propres forces et intérêts.

(Service IPA)

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