Publié le 2023-11-02 14:35:00. L’adoption controversée d’une loi modifiant la rémunération des médecins au Québec provoque une vague de départs potentiels vers d’autres provinces, notamment le Nouveau-Brunswick et l’Ontario, tandis que les tensions s’exacerbent entre Québec et Toronto.
- Plus de 100 médecins québécois ont entamé les démarches pour obtenir un permis d’exercice dans d’autres provinces.
- Le premier ministre ontarien, Doug Ford, a publiquement invité les médecins québécois à postuler en Ontario.
- La Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) prévoit intenter une action en justice pour contester la loi.
La loi 2, adoptée samedi dernier moins de 24 heures après sa présentation par le ministre de la Santé Christian Dubé, lie désormais une partie de la rémunération des médecins à des objectifs de performance, notamment en ce qui concerne le nombre de patients pris en charge, en particulier les plus vulnérables. Cette réforme suscite une vive opposition au sein de la communauté médicale québécoise.
L’Ontario semble particulièrement réceptive à l’arrivée de nouveaux médecins. Doug Ford a même lancé un appel direct aux professionnels de la santé québécois, les encourageant à postuler en Ontario. Il a déclaré aux journalistes à Toronto :
« Appelez le 1-800-Doug-Ford. Tous les médecins, venez, appelez-moi sur mon téléphone portable… nous vous ferons travailler très vite. »
Doug Ford, premier ministre de l’Ontario
Ces déclarations ont suscité l’ire du premier ministre québécois, François Legault, qui les a qualifiées d’« inacceptables » et de manquant de « jugement ».
« Ce n’est pas le moment de se tirer dessus. Il est temps de travailler ensemble. »
François Legault, premier ministre du Québec
Il a également souligné que le budget alloué à la santé ne diminuait pas, mais que la manière dont il était dépensé devait être ajustée.
Les chiffres confirment une augmentation significative des demandes de permis d’exercice dans d’autres provinces. L’Ordre des médecins du Nouveau-Brunswick a reçu près de 40 demandes en octobre, contre une moyenne de trois à quatre par mois habituellement. L’Ontario, quant à lui, a enregistré 70 demandes au cours des cinq derniers jours. La Régie de la santé du Nouveau-Brunswick, Vitalité, qui supervise 11 hôpitaux francophones, signale également une « vague » de demandes de renseignements de la part de médecins québécois. France Desrosiers, PDG de Vitalité, a indiqué à Radio-Canada que 100 médecins québécois ont manifesté leur intérêt au cours du dernier mois, s’enquérant des postes vacants et des conditions de travail.
La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) dénonce une « tragédie » pour les patients. Son président, le Dr Marc-André Amyot, a souligné que chaque médecin qui quitte la province représente une perte pour 1 000 patients, qui risquent de se retrouver sans médecin de famille, alors qu’il en manque déjà 2 000 au Québec.
« Un médecin qui part, que ce soit pour prendre sa retraite ou pour une autre province, est une tragédie pour les patients. »
Dr Marc-André Amyot, président de la FMOQ
Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a appelé les médecins et les étudiants à la prudence, estimant qu’ils avaient besoin de plus d’informations avant de prendre une décision. Il a également rappelé à la FMOQ et à la FMSQ qu’elles disposent de 60 jours après l’adoption de la loi pour « négocier la rémunération ». Cependant, la FMSQ a annoncé son intention d’intenter une action en justice mercredi, invoquant une « violation des libertés individuelles ».