Publié le 16 novembre 2025 à 08h01. Des manifestations organisées par la Génération Z ont dégénéré en affrontements violents au cœur de Mexico ce samedi, après le décès d’un maire et face à un sentiment généralisé d’impunité et de corruption.
- Des milliers de manifestants, de tous âges, ont participé à des marches simultanées dans 52 villes du Mexique et d’autres pays.
- Les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ont fait plus de 120 blessés, dont une vingtaine de personnes arrêtées.
- La Génération Z au Mexique réclame un changement profond du système politique et social, à travers 12 revendications précises.
La colère gronde au Mexique. Ce samedi, des milliers de personnes ont défilé dans les rues de 52 villes du pays, ainsi que dans d’autres capitales comme Washington, Ottawa, Amsterdam et Berlin, répondant à l’appel de la Génération Z. Si les manifestations ont débuté pacifiquement, notamment devant l’emblématique Ange de l’Indépendance à Mexico, la situation a rapidement tourné au chaos sur le Zócalo, la place principale de la capitale.
Le point de départ de cette vague de protestation est l’assassinat, le 1er novembre dernier, de Carlos Manzo, le maire d’Uruapan. M. Manzo avait à plusieurs reprises alerté les autorités fédérales sur la présence et l’influence croissante du crime organisé dans l’État du Michoacán, sans obtenir de réponse concrète. Son meurtre est perçu par les jeunes Mexicains comme le symbole d’un système corrompu, violent et indifférent aux préoccupations des citoyens.
La marche de Mexico a rassemblé des étudiants, des agriculteurs, des membres de l’opposition politique et des citoyens ordinaires, exaspérés par l’insécurité et l’impunité. Selon Pablo Vázquez, secrétaire à la Sécurité citoyenne de Mexico, les affrontements ont causé 20 blessés parmi les civils et plus de 100 parmi les forces de l’ordre. Une vingtaine de personnes ont été interpellées et présentées au Ministère Public pour “actes de violence”, tandis que d’autres font l’objet d’enquêtes pour des infractions administratives.
Du calme à la confrontation au Palais National
Alors que le cortège se dirigeait vers le Zócalo, un groupe identifié comme le “bloc noir” s’est séparé des autres manifestants et a commencé à dégrader les barrières de sécurité protégeant le Palais National, siège du pouvoir exécutif, à l’aide de marteaux et de pierres. La police a répliqué en utilisant des gaz lacrymogènes et des extincteurs. Soixante policiers ont reçu des soins sur place, tandis que 40 ont été transportés à l’hôpital, dont quatre souffrant de traumatismes nécessitant une prise en charge spécialisée, mais leur pronostic vital n’est pas engagé. Les 20 civils blessés ont été soignés par les équipes de secours.
Les autorités mexicaines ont annoncé qu’elles travaillaient à identifier tous les responsables des actes de violence commis lors de la manifestation, en collaboration avec le Bureau du Procureur général de Mexico.
Du Tabasco, la présidente Claudia Sheinbaum a appelé au maintien de la “voie pacifique” et a condamné la violence :
« On ne doit jamais recourir à la violence pour provoquer le changement ; toujours par des moyens pacifiques. »
Claudia Sheinbaum, Présidente du Mexique
Toutefois, elle a minimisé l’ampleur du mouvement, affirmant que seuls “très peu de jeunes” y participaient, malgré la présence de milliers de personnes dans les rues.
“Nous ne sommes ni de gauche ni de droite” : les 12 revendications d’un mouvement non partisan
La Génération Z mexicaine se définit comme un mouvement civique, réaliste et non partisan, né d’une lassitude collective. Leur slogan est sans ambiguïté : “Nous ne sommes ni de gauche ni de droite, nous sommes la génération qui en a assez de baisser la tête”.
Le 14 novembre, avant la marche nationale, le groupe a publié une liste de 12 revendications, sous la devise “Parce que nous ne sommes pour aucun parti. Nous sommes pour le Mexique”. Parmi les principales demandes figurent :
- Un mécanisme citoyen de révocation de mandat, activable par initiative populaire, distinct des élections ordinaires et sans intervention des partis politiques.
- L’élection directe du suppléant en cas de révocation, par vote citoyen extraordinaire.
- L’interdiction de l’ingérence partisane dans les processus de révocation et de remplacement.
- Le renforcement des institutions autonomes par des nominations via des conseils citoyens indépendants.
- Une justice rapide et efficace, grâce à des réformes profondes du système judiciaire.
- La lutte contre la corruption par des audits citoyens, avec accès public aux résultats.
- La sécurité publique et la démilitarisation, en renforçant la sécurité locale avec des audits citoyens.
- Une transparence totale dans l’utilisation des fonds publics.
- Des opportunités de carrière et de formation pour les jeunes.
- L’accès à un logement décent et la lutte contre la gentrification.
- L’intégration de personnalités reconnues pour leur intégrité morale aux conseils citoyens.
- Une consultation publique pour élargir le cahier des charges jusqu’à un maximum de 15 revendications.
Ce mouvement n’est pas isolé au Mexique. Des manifestations de la Génération Z se multiplient à travers le monde, notamment au Népal, en Mongolie, au Togo, Madagascar, au Maroc, au Paraguay, au Pérou, au Bangladesh et en Indonésie. Ces jeunes, natifs du numérique et dotés d’une forte conscience sociale, utilisent des plateformes comme TikTok, Instagram et X pour s’organiser, contournant ainsi les médias traditionnels.
Les causes de ces mobilisations sont multiples : mécontentement à l’égard des gouvernements, crise économique, détérioration du niveau de vie, corruption et manque de perspectives. Dans certains cas, comme au Népal, ces mouvements ont même réussi à renverser des gouvernements. Au Mexique, la Génération Z aspire à un changement de paradigme dans la manière de gouverner.
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