Home Santé»… là gisait le père sur un lit défait avec un seau à broche à côté« – Läkartidningen

»… là gisait le père sur un lit défait avec un seau à broche à côté« – Läkartidningen

by Sophie Martin

Publié le 6 janvier 2026 à 21h56. Le témoignage d’un ancien psychiatre et spécialiste des addictions revient sur les complexités de l’intervention médicale et sociale auprès de populations vulnérables, à travers le récit d’une visite à domicile particulièrement marquante.

  • Un médecin retraité relate son expérience au sein d’une unité de médecine sociale et de ses interventions auprès de familles en difficulté.
  • L’article souligne les limites de l’action médicale face à des problèmes sociaux et psychologiques complexes, notamment l’alcoolisme parental.
  • Le récit interroge l’efficacité des mesures de placement familial et la difficulté de rompre le cycle de la dépendance.

Lars Sjöstrand, médecin-chef retraité en psychiatrie et addictologie, se souvient d’une période charnière de sa carrière, à la fin de ses études de médecine interne. Une opportunité s’est présentée : un poste d’été à l’unité de médecine sociale. Il y a découvert une réalité peu commune, celle des patients se retrouvant « entre les chaises », victimes d’une combinaison de handicaps mentaux, sociaux et physiques. Cette unité entretenait une collaboration étroite avec les services sociaux, permettant aux médecins d’assurer une permanence au sein des agences municipales.

À l’issue de cette mission, son employeur lui a proposé un emploi à temps partiel, un après-midi par semaine, au sein d’une agence sociale, compatible avec la poursuite de ses études. Un collègue expérimenté de l’unité de médecine sociale assurait la supervision, contresignant tous ses certificats et prescriptions. C’est ainsi que, chaque vendredi après-midi, il participait à des réunions avec les clients et réalisait des examens médicaux, mais surtout, il effectuait des visites à domicile, qu’il organisait selon sa propre convenance. Personne ne remettait en question cette pratique solitaire, et la crainte d’agression était inexistante. Il se souvenait d’un certain enthousiasme, voire d’un zèle messianique, face à ces incursions dans des environnements sociaux difficiles, un monde très éloigné de son milieu bourgeois.

Un jour, il a été briefé sur le cas d’une fillette de douze ans dont le père était alcoolique. La mère était décédée quelques années auparavant, pour des raisons qu’il ne précisait plus. Le problème immédiat était une décision de placement en famille d’accueil, constamment déjouée par les fugues de l’enfant, qui cherchait à retrouver son père. Les travailleurs sociaux avaient échoué à établir un dialogue constructif avec les deux protagonistes, et surtout, le père ne manifestait aucune motivation à suivre un traitement pour son alcoolisme. Lars Sjöstrand a donc décidé de se rendre au domicile familial.

Lorsqu’il a sonné, c’est une femme qu’il ne connaissait pas qui a ouvert la porte. Il a été invité à entrer. La jeune fille était introuvable. Le père, lui, était allongé sur un lit défait, un seau à portée de main. L’odeur d’alcool et de vomi était prégnante. Il a engagé une longue conversation, tentant de le convaincre de se soumettre volontairement à une cure de désintoxication. L’homme oscillait entre une ivresse qui s’estompait et une nouvelle qui commençait à le submerger. La visite s’est prolongée, sans aboutir. Cependant, le père et la femme l’ont remercié de sa venue, affirmant n’avoir jamais rien vécu de tel de la part d’un médecin. Cette visite, bien qu’infructueuse, a laissé une trace, même si elle n’a pas eu de conséquences tangibles.

Lors du compte rendu suivant, il a relaté sa visite à domicile. L’inspecteur social a décidé d’engager une procédure de placement obligatoire du père, conformément à la loi en vigueur à l’époque. Une décision justifiée, certes, mais qui laisse le médecin avec un sentiment de tristesse et d’impuissance. Comment un placement forcé et une famille d’accueil peuvent-ils résoudre l’équation émotionnelle insoluble entre un père incapable et sa fille de douze ans, qui ne voit en lui que son seul parent, et qui refuse toute autre forme d’accompagnement ?

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