Publié le 16 janvier 2026 à 08h32. Des chercheurs ont identifié un mécanisme cérébral qui explique pourquoi les crises de sclérose en plaques (SEP) sont souvent moins fréquentes pendant la grossesse, ouvrant la voie à de nouvelles approches thérapeutiques.
- La grossesse est associée à une diminution de la fréquence des crises de SEP jusqu’à 80 % chez les patientes.
- Le cerveau contrôle activement l’inflammation et le système immunitaire, et une substance messagère, le GDF-15, joue un rôle clé dans ce processus.
- Cette découverte pourrait permettre de développer de nouveaux traitements ciblant spécifiquement ce mécanisme de protection.
La sclérose en plaques, maladie neurologique chronique touchant principalement les jeunes adultes, se caractérise par une attaque du système immunitaire contre la myéline, la gaine protectrice des fibres nerveuses. Cette attaque provoque une inflammation et des lésions qui entraînent progressivement des déficiences neurologiques. Il est bien connu que l’activité inflammatoire associée à la SEP diminue significativement pendant la grossesse, mais les raisons de ce phénomène restaient jusqu’à présent mal comprises.
L’équipe de l’hôpital universitaire de Hambourg-Eppendorf (UKE), dirigée par Manuel Friese, a découvert que le cerveau surveille activement l’état du système immunitaire et peut intervenir pour le réguler. Leur étude, publiée dans la revue Nature Immunology, met en évidence le rôle crucial d’une substance messagère immunosuppressive appelée GDF-15 (facteur de croissance/différenciation 15). Cette substance est libérée par le fœtus et semble activer un mécanisme de protection.
Les recherches ont révélé que le récepteur du GDF-15 se trouve non pas sur les cellules immunitaires, mais sur des cellules nerveuses spécifiques situées dans le tronc cérébral. Ces cellules sont connectées au système nerveux sympathique, qui prépare le corps à la réaction au stress. Lorsque cette voie de signalisation est activée, la rate libère davantage de noradrénaline, un neurotransmetteur qui inhibe l’activation des cellules immunitaires pro-inflammatoires et les empêche de migrer vers le cerveau et la moelle épinière.
« Notre objectif était de comprendre comment la grossesse régule l’activité inflammatoire accrue de la SEP. Nous avons pu montrer pour la première fois que le cerveau surveille activement l’état du système immunitaire et peut intervenir pour le réguler. La voie de signalisation nouvellement identifiée ouvre des approches prometteuses pour de nouvelles méthodes thérapeutiques pour la SEP »
Manuel Friese, directeur de l’Institut de neuroimmunologie et de sclérose en plaques à l’UKE
Un aspect particulièrement encourageant est que cet effet immunosuppresseur est produit par un nombre relativement restreint de cellules nerveuses. Selon Jana Sonner, première auteure de l’étude, « Bien que ces cellules nerveuses ne soient présentes qu’en petit nombre, elles peuvent supprimer la réponse immunitaire si fortement que les cellules inflammatoires ne pénètrent plus dans le cerveau et la moelle épinière ». De plus, ces cellules nerveuses du tronc cérébral se situent en dehors de la barrière hémato-encéphalique, ce qui les rend plus accessibles aux traitements médicamenteux.
L’équipe de recherche a déjà démontré, dans un modèle murin, qu’il est possible de renforcer ce mécanisme de protection contre la SEP par thérapie génique ou par l’administration de GDF-15 recombinant. Dans les deux cas, l’activité de la maladie a été considérablement réduite, voire évitée.
En Autriche, environ 13 500 personnes sont atteintes de SEP. Cette maladie est la plus fréquente chez les jeunes adultes, avec un âge de diagnostic initial se situant généralement entre 20 et 40 ans. Les femmes représentent les deux tiers des patients. Des progrès significatifs ont été réalisés dans le traitement de la SEP au cours des 25 dernières années, en particulier pour la forme cyclique, permettant de réduire la fréquence des rechutes et de ralentir la progression du handicap.
(Source : SN, APA)
