Publié le 8 octobre 2024 à 16h50. Alors que le conflit israélo-palestinien entre dans sa deuxième année, l’analyste du New York Times Thomas Friedman estime que les négociations en cours, bien que fragiles, pourraient ouvrir la voie à une solution durable, grâce à un contexte régional en mutation et à une nouvelle approche américaine.
- Les pourparlers actuels pourraient déboucher sur un cessez-le-feu en échange de la libération de tous les otages israéliens, d’un retrait partiel des forces israéliennes de Gaza et du déploiement d’une force de maintien de la paix internationale.
- Selon Friedman, la guerre déclenchée par l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023 est la plus dévastatrice de l’histoire du conflit, ayant laissé Gaza en ruines et exacerbé les divisions.
- L’évolution de la situation géopolitique régionale, notamment l’affaiblissement de l’influence iranienne et la position délicate de Benjamin Netanyahu, pourrait favoriser une avancée vers la paix.
Thomas Friedman décrit la guerre actuelle comme une spirale infernale sans précédent. Contrairement aux conflits antérieurs, celui-ci n’a pas encore de nom clair, mais il se distingue par son ampleur destructrice et son absence de perspective politique. Il la qualifie de « pire guerre », car elle a ravagé Gaza sans offrir d’horizon pour l’avenir, laissant derrière elle des sociétés plus divisées et dévastées que jamais.
L’attaque du Hamas, qu’il juge « cruelle et délibérément conçue pour maximiser le nombre de victimes civiles », a été suivie d’une réponse israélienne « dévastatrice et dépourvue d’objectif politique ». Israël a lancé une vaste opération militaire qui a détruit les infrastructures de la bande de Gaza et causé la mort de dizaines de milliers de Palestiniens, sans proposer de vision pour l’après-guerre.
Friedman souligne que le plan proposé par l’administration Trump représente une tentative de rupture avec les approches traditionnelles. Il prévoit un cessez-le-feu en échange de la libération de tous les otages israéliens, un échange de prisonniers, un retrait partiel des forces israéliennes de Gaza, le déploiement d’une force internationale de maintien de la paix et la mise en place d’un gouvernement technocratique palestinien pour administrer le secteur. L’administration Trump superviserait ensuite la reconstruction par le biais d’un organisme international qu’elle présiderait.
Malgré un certain optimisme, Friedman reconnaît que les obstacles sont considérables. Le Hamas souhaiterait conserver une partie de son arsenal pour des raisons politiques internes, tandis qu’Israël se montrerait prudent face à tout retrait militaire, craignant un vide sécuritaire. Il estime que le conflit israélo-palestinien a atteint un niveau de complexité qui rend les solutions traditionnelles inefficaces.
« Il n’est plus possible de le résoudre par le biais de négociations bilatérales entre les deux parties et d’un émissaire international. Il faut une administration internationale qui supervise Gaza et la Cisjordanie ensemble, qui assure le désarmement et la construction d’une autorité palestinienne intègre. »
Thomas Friedman, analyste du New York Times
Friedman suggère une sorte de mandat arabe-international pour reconstruire la gouvernance palestinienne, soulignant la nécessité de la présence de forces internationales, dont une composante américaine, pour garantir la sécurité et la mise en œuvre des accords.
L’analyste souligne que le contexte actuel des négociations est radicalement différent de celui des tentatives précédentes. L’Iran, selon lui, a subi un « coup dur » lors des récents affrontements et a vu sa capacité à entraver les initiatives de paix affaiblie. De son côté, Benjamin Netanyahu se retrouve contraint de négocier, ayant perdu les leviers de pression qu’il utilisait auparavant auprès des administrations américaines. « Sous l’ère Trump, Netanyahu ne peut plus compter sur le soutien du Parti républicain ou des évangélistes, car Trump les contrôle totalement », explique Friedman.
Friedman critique sévèrement le Premier ministre israélien, l’accusant d’avoir « fait tout son possible pour prolonger la guerre », craignant les conséquences politiques du « lendemain ». « Netanyahu a survécu politiquement grâce à la loyauté aveugle de ses partisans, mais il a déchiré la société israélienne de l’intérieur », affirme-t-il. Il ajoute qu’Israël a payé un lourd tribut à son image internationale : « Il a perdu son aura morale aux yeux du monde, car sa guerre a semblé être un massacre sans perspective politique, surtout à l’ère des courtes vidéos qui montrent la tragédie hors contexte. »
L’analyste du New York Times partage également la responsabilité du Hamas, estimant que sa direction mérite la même condamnation : « Elle a mené une guerre qui l’a ramenée au point de départ, sans gains ni réalisations, seulement la destruction. » Il ironise : « Si Yahya Sinwar était encore en vie et tenait une conférence de presse, je lui demanderais : qu’avez-vous accompli ? Vous aviez un cessez-le-feu et un retrait israélien avant la guerre, et vous êtes revenu au même point après la destruction de Gaza. »
En conclusion, Friedman estime que si Trump parvient à obtenir un cessez-le-feu durable, un retrait israélien de Gaza et la libération de tous les otages, il accomplira un exploit historique : « Si cela se concrétise, Trump méritera non seulement le prix Nobel de la paix, mais peut-être aussi le prix Nobel de physique et de chimie, car il aura réussi à combiner des équations qui semblaient impossibles à résoudre. »
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