Publié le 2026-01-02 12:35:00. Une étude de l’Université de Bonn révèle que les crises économiques, en faisant grimper les prix des denrées alimentaires de base, peuvent avoir des conséquences durables sur la santé physique des enfants, allant jusqu’à des problèmes d’obésité à l’âge adulte. L’analyse, basée sur la crise financière asiatique des années 1990 en Indonésie, met en lumière l’importance de politiques de crise tenant compte des besoins nutritionnels spécifiques des plus jeunes.
- Les chocs liés aux prix des aliments peuvent entraîner un retard de croissance chez les enfants, avec des effets qui persistent à l’âge adulte.
- La hausse des prix pendant une crise conduit souvent à une malnutrition chronique et à une carence en micronutriments essentiels.
- Les populations urbaines et les enfants issus de familles moins instruites sont particulièrement vulnérables aux conséquences de ces chocs économiques.
Une crise économique et la flambée des prix des denrées alimentaires qui l’accompagne ne se limitent pas à un impact immédiat sur le pouvoir d’achat. Une recherche menée par l’Université de Bonn démontre que ces événements peuvent laisser des traces profondes et durables sur la santé des enfants. L’étude, publiée dans la revue Global Food Security, s’est appuyée sur l’exemple de la « crise financière asiatique » des années 1990 et son impact sur l’Indonésie.
À cette époque, les turbulences sur les marchés financiers avaient provoqué une augmentation spectaculaire du prix du riz, aliment de base de la population indonésienne. Les chercheurs de l’Université de Bonn, en analysant les données de l’Enquête indonésienne sur la vie familiale (IFLS) – une étude longitudinale qui suit des ménages sur plusieurs années – ont pu établir un lien entre cette inflation du prix du riz et le développement physique des enfants, tant pendant leur enfance que lorsqu’ils sont devenus jeunes adultes.
« Nous constatons qu’un choc massif des prix a non seulement un impact à court terme, mais peut également affecter le développement physique des enfants à long terme. La hausse des prix provoquée par la crise a accru la malnutrition chronique et a été associée à une augmentation de 3,5 points de pourcentage du retard de croissance chez les enfants. Les enfants gravement touchés resteront non seulement plus petits que leurs pairs non affectés plus tard dans la vie, mais ils seront également beaucoup plus sujets à l’obésité. »
Elza S. Elmira, auteur principal de l’étude
Ce constat a surpris l’équipe de recherche. Elza S. Elmira avance une explication possible : en période de crise, les familles ont tendance à réduire leur consommation d’aliments riches en nutriments, mais coûteux, plutôt que de diminuer les quantités totales de calories ingérées. Cela entraîne une « carence cachée » en micronutriments essentiels, qui peut freiner la croissance sans pour autant entraîner une perte de poids significative. L’étude a suivi les mêmes enfants jusqu’en 2014, alors qu’ils avaient entre 17 et 23 ans, révélant des corrélations significatives entre l’exposition à la crise pendant l’enfance et l’indice de masse corporelle (IMC), ainsi qu’un risque accru d’obésité.
« La privation pendant la petite enfance peut avoir des effets tout au long de la vie : les troubles de la croissance sont plus faciles à mesurer mais sont souvent accompagnés de troubles du développement mental et d’un risque accru d’obésité et de maladies chroniques », explique le professeur Matin Qaim, co-auteur de l’étude. « Dans une même crise, la dénutrition et l’obésité peuvent toutes deux augmenter. Cela souligne l’importance d’une politique de crise sensible à la nutrition : elle doit spécifiquement protéger les enfants à des stades de développement sensibles. Si la politique alimentaire ne se préoccupe que des calories, elle peut passer à côté du vrai problème. » Le professeur Qaim est membre du domaine de recherche transdisciplinaire « Avenirs durables » de l’Université de Bonn et du pôle d’excellence « PhenoRob – Robotique et phénotypage pour une production végétale durable ».
L’étude souligne que les effets de ces chocs économiques sont particulièrement marqués dans les zones urbaines, où les ménages dépendent davantage de l’achat de nourriture que dans les zones rurales, où les familles peuvent produire leur propre riz. Le niveau d’éducation des mères joue également un rôle crucial : les enfants de mères peu instruites sont plus susceptibles d’être affectés que ceux de mères ayant un niveau d’éducation plus élevé. « Les résultats suggèrent que l’aide en cas de crise ne doit pas être basée uniquement sur les seuils de pauvreté », insistent Elmira et Qaim. « En particulier dans les villes et dans les endroits où les connaissances en matière d’alimentation équilibrée sont faibles, un choc des prix peut détériorer la qualité de la nutrition, avec des conséquences à long terme et irréversibles. »
Les chercheurs de Bonn mettent en garde contre l’augmentation des chocs liés aux récoltes, aux revenus et aux prix à l’échelle mondiale, exacerbés par les conflits, les pandémies et les événements météorologiques extrêmes. L’analyse menée en Indonésie fournit ainsi des preuves concrètes de la manière dont les turbulences économiques peuvent se traduire par des risques sanitaires à long terme via les prix alimentaires.
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