Home MondeLa manifestation « No Kings » motivée par une impulsion profondément américaine

La manifestation « No Kings » motivée par une impulsion profondément américaine

by Clara Dubois

Publié le 21 octobre 2025 à 05h59. Des millions d’Américains ont manifesté samedi dans tout le pays pour exprimer leur opposition à la politique du président Donald Trump, dans le cadre d’une mobilisation d’une ampleur potentiellement supérieure à celle de juin dernier.

  • Les organisateurs estiment le nombre de manifestants à sept millions à travers les États-Unis.
  • La réaction du président Trump s’est limitée à la publication d’un mème sur sa plateforme Truth Social.
  • Malgré les accusations de certains responsables républicains, les rassemblements se sont déroulés dans le calme, avec très peu d’incidents signalés.

Les manifestations, baptisées « No Kings », témoignent d’un mécontentement croissant envers l’administration Trump, notamment sur les questions économiques et l’immigration. Si l’évaluation précise du nombre de participants reste difficile, l’ampleur de la mobilisation de samedi suggère une dynamique ascendante pour ce mouvement de contestation.

Les chiffres avancés par les organisateurs, qui parlent de sept millions de manifestants, ne sont pas corroborés par des sources officielles. Il est toujours complexe d’évaluer la taille de rassemblements dispersés sur un territoire aussi vaste. Néanmoins, ces manifestations semblent avoir dépassé en importance celles du mois de juin, qui avaient rassemblé cinq millions de personnes, ce qui en ferait l’une des plus importantes journées de protestation de l’histoire américaine.

Le président Trump, qui passait le week-end dans son club de Mar-a-Lago en Floride, a réagi de manière singulière à cette vague de protestations en publiant un mème généré par intelligence artificielle sur sa plateforme Truth Social. Ce montage le représente en pilote de chasse coiffé d’une couronne, déversant un liquide sur les manifestants.

Le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, a défendu ce mème en le qualifiant de satire, affirmant que le président exprimait ainsi son point de vue avec humour. Il a également souligné que des pancartes appelant à la violence, voire à la mort du président, avaient été aperçues parmi les manifestants, lors des 2 600 rassemblements organisés à travers le pays. Cependant, les forces de l’ordre ont souligné le caractère majoritairement pacifique de ces rassemblements.

À Washington DC et à New York, les services de police n’ont procédé à aucune arrestation. Dans l’ensemble du pays, les quelques arrestations signalées après la dispersion des foules concernaient des infractions liées à l’ordre public et non à des actes de violence politique. Lors du rassemblement de Washington, qui a attiré, selon les organisateurs, 200 000 personnes sur Pennsylvania Avenue, un journaliste de RTE n’a été témoin d’aucun comportement agressif, à l’exception d’une pancarte portant le chiffre « 8647 », interprété par certains républicains comme un appel à l’assassinat de Donald Trump.

Ce chiffre, qui trouve son origine dans l’argot des restaurants et des bars (signifiant refuser le service à un client), a été popularisé par l’ancien directeur du FBI, James Comey, qui a publié une photo d’obus disposés en forme de « 8647 ». Bien que cette interprétation ait suscité l’inquiétude chez certains, elle reste marginale et ne constitue pas un appel manifeste à la violence.

La foule à Washington était majoritairement blanche, ce qui suggère une forte participation des banlieues environnantes, où résident de nombreux fonctionnaires, universitaires et employés du secteur privé. Les manifestants professionnels, souvent présents lors des rassemblements à Washington, étaient également visibles, mais leur nombre était éclipsé par l’ampleur de la foule des « No Kings ».

Les participants, décrits comme des citoyens ordinaires, exprimaient leur inquiétude face à la direction prise par le pays et leur manque de confiance envers les politiciens. Une manifestante a cité les premiers mots de la Constitution américaine, affirmant : « Nous, le peuple, devons nous sauver nous-mêmes. »

Certains participants avaient exprimé leur crainte d’une infiltration d’agents provocateurs destinés à semer le trouble et à justifier une répression policière. Ces craintes ne se sont toutefois pas matérialisées. La présence policière était limitée à un contrôle de foule habituel lors des grands événements organisés à Washington.

Les plus fortes mobilisations ont été enregistrées dans le nord-est des États-Unis et dans les grandes villes de Californie, des régions densément peuplées et politiquement actives. Les manifestations se sont néanmoins étendues à l’ensemble du territoire américain.

Selon les dernières données de sondage de Nate Silver, le taux d’approbation net du président Trump se situe à -7,8%, un chiffre similaire à celui de Joe Biden à ce stade de son mandat, mais supérieur à celui de M. Trump lors de son premier mandat. Cependant, le président affiche des taux d’approbation particulièrement faibles sur les questions économiques, avec -27% pour l’inflation, -14% pour l’économie et -13,8% pour les droits de douane. Même sur l’immigration, un sujet qui était auparavant un atout pour lui, il enregistre un score net de -3,2%.

Ce mouvement de contestation, qui s’inscrit dans une logique de défiance envers les institutions et les politiques conventionnelles, pourrait bien être le reflet d’une nouvelle forme d’opposition à la manière non conventionnelle de gouverner de Donald Trump. Les craintes exprimées par de nombreux manifestants concernant un possible glissement vers un régime autoritaire, notamment à travers la « théorie de l’exécutif unifié », témoignent d’une volonté de défendre les principes constitutionnels.

À l’approche du 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance, l’esprit révolutionnaire qui a inspiré ce texte fondateur semble toujours bien vivant. Les manifestants, loin d’être animés par une haine de l’Amérique, exprimaient un attachement profond à leur constitution et aux libertés qu’elle garantit, ce qui confère à ce mouvement une puissance et un potentiel de croissance considérables.

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