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La nouvelle loi pénale indonésienne rencontre des difficultés juridiques devant la Cour constitutionnelle

by Nicolas Lefèvre

Publié le 7 janvier 2026. Plusieurs contestations judiciaires ont été déposées en Indonésie contre le nouveau Code pénal et le Code de procédure pénale, des dispositions étant jugées menaçantes pour les libertés civiles et susceptibles d’ouvrir la voie à des abus de pouvoir.

  • Au moins dix requêtes ont été soumises à la Cour constitutionnelle par des citoyens et des étudiants en droit, seulement quatre jours après l’entrée en vigueur des nouvelles lois.
  • Les contestations portent notamment sur des articles criminalisant la critique du président, du gouvernement et des institutions de l’État.
  • Des inquiétudes sont également exprimées concernant l’élargissement des pouvoirs de la police et le manque de contrôle judiciaire.

L’adoption du nouveau Code pénal indonésien (KUHP) en 2022, destiné à remplacer un texte datant de l’époque coloniale néerlandaise, avait été présentée par le gouvernement comme une avancée vers un système judiciaire plus moderne et plus juste. Le Code de procédure pénale (KUHAP), adopté en novembre 2025, encadre les pouvoirs des forces de l’ordre dans l’application de ce code. Cependant, leur entrée en vigueur le 2 janvier a déclenché une vague de contestations.

Parmi les requêtes déposées auprès de la Cour constitutionnelle, une, signée par douze étudiants de l’Universitas Terbuka, vise à faire déclarer inconstitutionnel l’article 218 du KUHP. Ce dernier prévoit des sanctions pénales pour quiconque serait reconnu coupable de porter atteinte à l’honneur ou à la dignité du président et du vice-président. Une autre requête, également émanant de douze étudiants de la même université, conteste les articles 240 et 241 du Code pénal, qui punissent les insultes envers le gouvernement et les institutions de l’État susceptibles de troubler l’ordre public, y compris celles proférées en ligne.

La loi définit le gouvernement comme comprenant le président, le vice-président et les ministres, et les institutions de l’État comme l’Assemblée consultative du peuple (MPR), la Chambre des représentants, le Conseil représentatif régional (DPD), la Cour suprême et la Cour constitutionnelle.

L’avocat Zico Leonard Simanjuntak, représentant certains des plaignants, estime que ces protections accordées aux fonctionnaires et aux institutions sont obsolètes. Il souligne que la Cour constitutionnelle a déjà supprimé des dispositions similaires dans l’ancienne version du KUHP.

« Les pétitionnaires craignent que ces articles ne présentent un risque accru de criminalisation des critiques à l’égard du gouvernement. »

Zico Leonard Simanjuntak, avocat

Il ajoute que les peines maximales de quatre ans de prison risquent de susciter la peur et de restreindre les libertés civiles.

Un autre groupe d’étudiants en droit conteste l’article 256 du KUHP, qui oblige à informer la police avant d’organiser un rassemblement public. Ils estiment que cette disposition constitue un obstacle bureaucratique supplémentaire à l’exercice du droit constitutionnel à la liberté d’expression.

Deux employés d’une entreprise privée, Lina et Sandra Paramita, ont également contesté plusieurs articles du KUHAP, notamment ceux relatifs aux interrogatoires des personnes soupçonnées d’avoir commis un crime lors de la phase d’enquête.

Sulistyowati Irianto, professeure de droit à l’Université d’Indonésie, qualifie cette vague de contestations de « compréhensible », compte tenu du manque de participation publique et d’expertise académique lors de l’élaboration des deux lois.

« Plusieurs dispositions placent les mouvements civils dans une position plus vulnérable à la criminalisation. »

Sulistyowati Irianto, professeure de droit

Elle anticipe que ces contestations pourraient déclencher une résistance plus large de la part de la société civile.

Des experts en droit pénal, comme Abdul Fickar Hadjar de l’Université de Trisakti, estiment que les dispositions relatives à la diffamation du KUHP ne sont plus pertinentes, car elles devraient protéger les individus plutôt que les institutions de l’État ou leurs représentants. Usman Hamid, d’Amnesty International Indonésie, s’inquiète quant à lui de l’élargissement des pouvoirs de la police par le nouveau KUHAP et du manque de contrôle judiciaire.

L’article 6 de la nouvelle loi désigne les enquêteurs de la police comme les « enquêteurs principaux » dans toutes les enquêtes pénales, plaçant les autres enquêteurs fonctionnaires (PPNS), tels que ceux du ministère des Forêts et du bureau de l’immigration, sous la coordination de la police nationale.

« Cette condition affaiblit le principe de contrôle et d’équilibre et ouvre la voie à des abus de pouvoir potentiels de la part de la police, tout en renforçant l’autorité de l’État. »

Usman Hamid, Amnesty International Indonésie

Le ministre de la Justice, Supratman Andi Agtas, a rejeté les accusations selon lesquelles les nouvelles lois viseraient à saper la démocratie, assurant que les critiques à l’égard du gouvernement resteraient essentielles.

« Veuillez continuer à formuler des critiques, car les « critiques saines » profitent au gouvernement, à condition qu’elles soient faites dans l’intention de servir les intérêts de la nation et de l’État. »

Supratman Andi Agtas, ministre de la Justice

Il a également précisé que les dispositions des deux lois ne font que prévoir une coordination entre les enquêteurs de la police et leurs homologues fonctionnaires, et non un renforcement des pouvoirs de la police.

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