Home AffairesLa nouvelle stratégie de sécurité de Trump considère la Corée comme un « partenaire économique et sécuritaire » plus important que l’Europe.

La nouvelle stratégie de sécurité de Trump considère la Corée comme un « partenaire économique et sécuritaire » plus important que l’Europe.

by Amélie Bernard

Publié le 13 décembre 2025 à 08h01. La nouvelle Stratégie de sécurité nationale (SNS) de l’administration Trump marque une rupture avec l’approche de son prédécesseur, privilégiant la sécurité économique et redéfinissant les alliances américaines, notamment en Asie de l’Est.

  • La SNS de Trump met l’accent sur la compétitivité technologique, la stabilité des chaînes d’approvisionnement et la protection des intérêts économiques américains.
  • L’Europe s’éloigne des priorités américaines, tandis que la Corée du Sud et le Japon deviennent des partenaires clés.
  • La Chine reste perçue comme le principal concurrent, mais la stratégie américaine se concentre davantage sur la dissuasion économique que sur la confrontation idéologique.

La Stratégie de sécurité nationale (SNS) de la deuxième administration Trump, dévoilée récemment, se distingue radicalement de celle de l’administration Biden. Selon le professeur Geun Lee, de l’École supérieure d’études internationales de l’Université nationale de Séoul, cette nouvelle approche privilégie une sécurité économique pragmatique, minimisant les objectifs idéalistes et optimisant l’utilisation des ressources nationales.

Contrairement à la SNS de Biden, la nouvelle stratégie américaine se caractérise par une concision dans son développement logique et une approche pragmatique des alliances, axée sur une répartition équitable des responsabilités et des coûts, ainsi que sur une coopération économique et sécuritaire renforcée. L’ordre des priorités est également différent : la protection du continent américain contre les menaces de sécurité non traditionnelles est désormais primordiale, reléguant l’Europe à un second plan, voire exprimant une certaine déception quant à sa capacité à assurer sa propre sécurité.

La Chine est toujours considérée comme le concurrent le plus menaçant, et la SNS propose des mesures pour maintenir un ordre de marché libre et ouvert dans la région indo-pacifique, stabiliser les chaînes d’approvisionnement – notamment en ce qui concerne les terres rares – corriger les pratiques commerciales déloyales et contrer l’expansion de son influence en Amérique. L’administration Trump accorde une importance particulière à la supériorité technologique américaine dans des domaines clés tels que l’intelligence artificielle (IA), la biotechnologie et les technologies quantiques, considérant qu’elle doit rester à la pointe du progrès mondial.

Le président américain Donald Trump salue le président chinois Xi Jinping avant une réunion bilatérale au terminal de l’aéroport international de Gimhae à Busan le 30 octobre. ⓒUPI Alliance

Un changement notable est le recentrage des partenariats américains. Alors que l’Europe perd de son importance, la Corée du Sud et le Japon deviennent des partenaires privilégiés. Certains experts européens dénoncent une « déviation diplomatique », mais le professeur Lee estime qu’il s’agit d’une stratégie raisonnable, cohérente avec une approche axée sur la sécurité économique plutôt que militaire. Il souligne que cette SNS s’inscrit dans le cadre d’un « ordre international libéral » fondé sur les règles du marché.

La SNS soulève plusieurs questions, notamment celle de savoir si les États-Unis sont revenus à une forme d’isolationnisme, rappelant la doctrine Monroe du XIXe siècle. L’administration Trump semble en effet chercher à minimiser son implication dans les conflits internationaux, comme la guerre en Ukraine, et le texte de la SNS fait référence à un « corollaire Trump de la doctrine Monroe ». Cependant, le professeur Lee nuance cette interprétation, soulignant que les États-Unis, au XXIe siècle, ne peuvent se permettre de se couper du marché mondial.

Il explique que la doctrine Monroe de 1823, à une époque où les États-Unis étaient encore en phase de développement industriel et ne représentaient que 2 % du PIB mondial, avait une vocation défensive, visant à empêcher l’intervention des puissances européennes et russes sur le continent américain. Aujourd’hui, les États-Unis ambitionnent de diriger l’économie mondiale grâce à leurs technologies et à leurs normes, et soutiennent activement leurs entreprises technologiques dominantes. La protection de la mer de Chine méridionale, de Taïwan et la stabilité des chaînes d’approvisionnement, y compris les terres rares, témoignent de leur engagement envers l’ordre international libéral.

La SNS américaine ne vise pas l’isolement, mais plutôt une résolution des problèmes mondiaux en collaboration avec ses alliés – l’Europe, l’Australie, la Corée du Sud, le Japon, le Canada et le Mexique. Sur le plan militaire, elle prévoit de dissuader les menaces révisionnistes par la force, de maintenir un équilibre des forces grâce à des alliances et de contrer l’expansion de la Chine dans la première chaîne d’îles. L’accent est mis sur « l’interprétation étendue de Trump » de la doctrine Monroe, plutôt que sur la doctrine elle-même.

En ce qui concerne la Russie et la Chine, la SNS les considère comme des cibles de dissuasion plutôt que comme des ennemis à renverser. L’administration Trump a abandonné la rhétorique de confrontation entre démocratie et autoritarisme qui caractérisait la SNS de Biden, et ne qualifie plus la Chine et la Russie de concurrents hostiles. La priorité est de relancer l’économie américaine en minimisant les interventions étrangères et en stabilisant le marché international.

Cependant, les États-Unis ne renoncent pas complètement à la diplomatie des valeurs. La protection de l’ordre économique du libre marché implique également la défense de valeurs telles que l’individualité, la liberté, l’ouverture, l’équité et la transparence. La critique de la perte de compétitivité de l’Europe s’inscrit dans cette perspective.

Enfin, la SNS ne laisse pas présager un abandon des alliances, y compris celles en Europe. Bien qu’elle ne mentionne pas la dénucléarisation de la Corée du Nord, elle ne suggère pas non plus une négociation secrète avec Pyongyang au détriment de la Corée du Sud. La Corée du Nord est considérée comme un facteur de dissuasion pour prévenir les accidents.

La « stabilité d’un ordre de marché international libre et ouvert » est essentielle pour une économie comme la nôtre, qui dépend du commerce. Cette SNS américaine ne s’écarte pas de cette direction. Il est donc impératif de poursuivre une politique étrangère et de sécurité pragmatique, en accompagnant les États-Unis et en défendant nos propres intérêts économiques et sécuritaires.

Geun Lee, professeur, École supérieure d’études internationales, Université nationale de Séoul

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