Home SantéLa panse de bière prédispose aux dommages cardiovasculaires, surtout chez les hommes | Santé et bien-être

La panse de bière prédispose aux dommages cardiovasculaires, surtout chez les hommes | Santé et bien-être

by Sophie Martin

Publié le 16 décembre 2024. L’accumulation de graisse abdominale, souvent associée à une certaine forme de bien-être, est en réalité un indicateur de risques cardiovasculaires plus importants que ne le suggère l’indice de masse corporelle (IMC). Une nouvelle étude révèle des modifications subtiles au niveau du cœur, détectables par imagerie par résonance magnétique, bien avant l’apparition de symptômes.

  • La graisse abdominale est liée à des changements structurels du cœur, même chez les personnes sans antécédents de maladies cardiovasculaires.
  • L’indice taille-hanche (ITH) s’avère un meilleur indicateur de risque cardiovasculaire que l’IMC seul.
  • Les hommes sont plus susceptibles de développer une obésité abdominale et présentent un risque plus élevé de complications cardiaques.

Longtemps perçue comme un signe de confort et de stabilité, la « bedaine » masculine – ce surplus de graisse abdominale qui apparaît souvent chez les hommes entre 35 et 40 ans – cache en réalité des dangers pour la santé. Une récente étude, présentée lors du congrès de la Radiological Society of North America (RSNA), démontre que l’accumulation de graisse au niveau du ventre est associée à des modifications « dangereuses » de la structure du cœur, qui vont au-delà de celles prévisibles en fonction de l’IMC.

Les chercheurs ont analysé les images de résonance magnétique cardiovasculaire de plus de 2 200 adultes âgés de 46 à 78 ans, ne souffrant d’aucune maladie cardiovasculaire connue. Ils ont constaté que les personnes présentant un rapport taille-hanche élevé manifestaient des signes d’hypertrophie concentrique à l’IRM. Ce remodelage cardiaque se caractérise par un épaississement du muscle cardiaque sans augmentation du volume global du cœur, ce qui réduit la capacité du cœur à pomper efficacement le sang.

« Nous savons depuis longtemps que l’obésité abdominale est un facteur de risque plus spécifique que l’obésité générale en matière de maladies cardiovasculaires. Ce que cette étude, menée par des radiologues, révèle, c’est que l’imagerie par résonance magnétique permet de détecter des changements subtils au niveau de l’hypertrophie cardiaque avant même que la maladie cardiovasculaire ne se manifeste », explique Ignacio Fernández Lozano, président de la Société espagnole de cardiologie (SEC).

L’étude souligne une différence notable entre les sexes : la relation entre la graisse abdominale et les modifications cardiaques est plus marquée chez les hommes que chez les femmes. Jennifer Erley, radiologue au centre médical universitaire de Hambourg-Eppendorf (Allemagne) et principale auteure de l’étude, avance une explication : « Les hommes sont plus susceptibles de développer une obésité abdominale à un âge plus précoce en raison des effets protecteurs des œstrogènes chez les femmes avant la ménopause. Ils sont donc exposés plus longtemps à la graisse viscérale pro-inflammatoire, ce qui pourrait expliquer les résultats de l’étude. »

Manuel Landecho, spécialiste en médecine interne à la Clínica Universidad de Navarra (CUN), spécialisée dans le risque cardiovasculaire et l’obésité, précise : « Les hommes et les femmes préménopausées accumulent la graisse à des endroits différents. Chez eux, elle se concentre généralement au niveau des hanches, tandis que chez nous, elle s’accumule davantage dans l’abdomen. » Cette répartition différente de la graisse expliquerait également pourquoi les hommes présentent un risque cardiovasculaire plus élevé. « Il n’est pas pareil que la graisse libère ses médiateurs inflammatoires depuis la ceinture pelvienne dans la circulation générale, où ils se diluent, et que la graisse abdominale le fasse directement depuis le compartiment viscéral, avec un impact pro-inflammatoire plus important sur le foie, les reins, le pancréas… Elle a donc un impact beaucoup plus important sur la santé, notamment cardiovasculaire, mais aussi sur le risque de cancer. »

L’IMC est insuffisant pour évaluer le risque cardiovasculaire lié à l’obésité

L’étude présentée lors du congrès de l’American Society of Radiology met également en évidence les limites de l’IMC. Sur les plus de 2 000 participants, 69 % des hommes et 56 % des femmes étaient en surpoids ou obèses selon leur IMC. Cependant, lorsque l’indice taille-hanche (ITH) est pris en compte, ces chiffres grimpent à 91 % pour les hommes et 64 % pour les femmes.

L’IMC, calculé à partir du poids et de la taille, reste un outil largement utilisé pour déterminer l’obésité (entre 25 et 29,9 pour le surpoids, supérieur à 30 pour l’obésité). Toutefois, Jennifer Erley estime qu’il n’est pas le meilleur indicateur, car il ne tient pas compte des différences de répartition des graisses et peut classer à tort des personnes de grande taille ou très musclées comme « obèses ». « En revanche, les personnes qui accumulent de la graisse viscérale et perdent de la masse musculaire en raison d’un manque d’exercice peuvent être classées comme ayant un poids normal par l’IMC pendant une période prolongée, probablement trop longue », souligne-t-elle.

Une étude récente publiée dans The Lancet a d’ailleurs conclu que le rapport taille-hanche est plus prédictif du risque de maladie cardiaque que l’IMC, en particulier chez les personnes ayant un IMC inférieur à 30 mais un indice de taille élevé, qui pourraient sous-estimer leur risque réel.

« L’IMC n’est pas à diaboliser, car il peut être utile, mais le rapport taille-hauteur est beaucoup plus fiable et constitue un moyen simple et efficace de détecter précocement le risque de maladie cardiovasculaire, même lorsque l’IMC et d’autres paramètres comme le cholestérol et la tension artérielle des patients semblent normaux », affirme Manuel Landecho. Pour calculer le rapport taille-hauteur, il suffit de diviser le tour de taille (en centimètres) par la taille (en mètres). Pour une personne mesurant 1,80 mètre, le tour de taille ne devrait pas dépasser 90 cm. Au-delà d’un rapport de 0,5, une consultation médicale est recommandée pour détecter d’éventuels risques et mettre en place des mesures préventives, comme une activité physique régulière ou une amélioration de l’alimentation. La graisse abdominale, malgré son nom de « ventre de bière », n’est pas uniquement due à la consommation de bière, mais aussi à celle de toute boisson alcoolisée et d’aliments riches en calories comme les sodas et la restauration rapide.

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