Le gouverneur de Pennsylvanie, Josh Shapiro, a mis fin aux efforts de l’État pour rejoindre une initiative régionale visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre, une décision prise dans le cadre d’un compromis budgétaire avec les républicains de l’assemblée législative. Cette volte-face, qui compromet les objectifs climatiques de la Pennsylvanie, soulève des questions sur l’avenir de la lutte contre le changement climatique dans cet État clé.
À retenir
- Le gouverneur Shapiro a retiré la Pennsylvanie de la Regional Greenhouse Gas Initiative (RGGI), un programme de plafonnement et d’échange des émissions de carbone.
- Ce retrait fait partie d’un accord politique pour débloquer l’adoption du budget de l’État, retardé depuis juin.
- Des démocrates et des défenseurs de l’environnement critiquent cette décision, la qualifiant de compromis inacceptable qui sacrifie les objectifs environnementaux.
Contexte
La Regional Greenhouse Gas Initiative (RGGI), prononcée « Reggie », est un programme qui fixe une limite sur les émissions de dioxyde de carbone des centrales électriques de la région du Nord-Est des États-Unis. Le système fonctionne par le biais de quotas d’émissions mis aux enchères chaque année. Les revenus générés par ces enchères sont ensuite réinvestis dans des projets d’énergie propre et des programmes d’accessibilité pour les consommateurs. Le plafond d’émissions est progressivement réduit au fil du temps, dans le but de diminuer les émissions globales.
La Pennsylvanie, en raison de la taille de son secteur de l’énergie, est un acteur majeur au sein du RGGI, surpassant à elle seule les émissions de tous les autres États membres (Maine, New Hampshire, Vermont, Massachusetts, Connecticut, Rhode Island, New York, New Jersey, Delaware et District de Columbia). L’adhésion de la Pennsylvanie au RGGI, initialement décidée par l’ancien gouverneur Tom Wolf en 2019, a immédiatement été contestée en justice par les républicains.
En 2022, une ordonnance du tribunal a bloqué l’adhésion de l’État, et en 2023, la Cour du Commonwealth a jugé que l’action exécutive de Wolf était inconstitutionnelle. Cette décision était en cours d’examen par la Cour suprême de l’État, où les démocrates conservaient une majorité suite aux élections récentes.
Ce qui change
Le retrait de la Pennsylvanie du RGGI, officialisé par la signature de la loi par le gouverneur Shapiro, met fin à la participation de l’État aux enchères de quotas d’émissions. Shapiro a justifié sa décision en affirmant que les républicains utilisaient le RGGI comme prétexte pour bloquer les discussions sur les politiques énergétiques. « Aujourd’hui, cette excuse n’existe plus », a-t-il déclaré, promettant de se concentrer sur des politiques favorisant la création d’emplois dans le secteur de l’énergie, le développement de l’énergie propre et la réduction des coûts énergétiques pour les habitants de Pennsylvanie.
Cependant, cette décision a suscité de vives critiques. Le sénateur démocrate Nikil Saval a dénoncé un compromis « faustien », tandis que Jackson Morris, du Conseil de défense des ressources naturelles, a estimé que Shapiro avait manqué une occasion de se positionner comme un leader environnemental, notamment en vue d’une éventuelle candidature à la présidence.
La Virginie, après l’élection de la gouverneure démocrate Abigail Spanberger, s’apprête à rejoindre le RGGI, après avoir été contrainte de s’en retirer par l’administration républicaine précédente. Le RGGI a généré jusqu’à présent environ 8,6 milliards de dollars (USD) pour les États participants.
Prochaines étapes
Le gouverneur Shapiro a présenté son « Plan Lightning », une proposition axée sur l’emploi et l’énergie, qui comprend le programme de réduction des émissions climatiques de Pennsylvanie (PACER). Ce programme, présenté comme une alternative spécifique à la Pennsylvanie au RGGI, prévoit un système de plafonnement et d’échange des émissions, avec des crédits carbone négociables et un réinvestissement des bénéfices pour réduire les coûts de l’électricité. Dallas Burtraw, chercheur à Resources for the Future, se montre prudent, estimant que cette décision n’est pas forcément définitive.
L’avenir du PACER dépendra de sa capacité à obtenir l’approbation du Sénat de l’État, contrôlé par les républicains. Les critiques soulignent que, contrairement au RGGI, qui avait été mis en œuvre par une action exécutive, le PACER nécessitera un soutien législatif, ce qui pourrait s’avérer difficile à obtenir.
Chiffres clés
- 8,6 milliards de dollars (USD) : Montant total généré par le RGGI pour les États participants jusqu’à présent.