Publié le 4 décembre 2025 à 15h24. Le médecin-chef de l’Angleterre tire la sonnette d’alarme sur la gestion des infections chez les personnes âgées, soulignant un manque de recherche et une approche souvent improvisée, alors que les décès liés aux maladies infectieuses touchent majoritairement cette tranche d’âge.
- Les personnes âgées sont disproportionnellement touchées par les décès liés aux maladies infectieuses, notamment respiratoires et au Covid-19.
- Le professeur Chris Whitty plaide pour une approche plus systématique de la prévention et du traitement des infections chez les seniors, comparable à celle adoptée pour les enfants et les jeunes adultes.
- Le rapport annuel du médecin-chef insiste sur l’importance de la vaccination, notamment contre le VRS (virus respiratoire syncytial), et sur la nécessité d’un seuil plus bas pour la prescription d’antibiotiques chez les personnes âgées.
La gestion des infections chez les personnes âgées est une priorité de santé publique, selon le rapport annuel du médecin-chef de l’Angleterre, le professeur Chris Whitty. Publié ce vendredi, le document met en évidence un fossé important entre les efforts déployés pour protéger les plus jeunes et l’approche souvent plus aléatoire adoptée pour les seniors. Les données de 2023 révèlent que la majorité des décès dus à des maladies infectieuses en Angleterre concernent les personnes âgées, avec une prédominance des infections respiratoires et du Covid-19.
Selon le professeur Whitty, cette situation est due en partie à un manque de recherche spécifique sur les infections chez les personnes âgées, une population en constante croissance.
« Bien que nous soyons très systématiques dans la réduction et la prévention des infections chez les enfants et les jeunes adultes, chez les personnes âgées, c’est souvent beaucoup plus aléatoire. »
Professeur Chris Whitty, médecin-chef de l’Angleterre
Il souligne que même des infections apparemment bénignes, comme la cellulite, peuvent avoir des conséquences importantes sur la qualité de vie des seniors, les confinant à leur domicile et limitant leur vie sociale.
Le rapport met également en garde contre les risques accrus d’accident vasculaire cérébral après une infection bactérienne ou virale, ainsi que le potentiel lien entre les infections graves et le développement de la démence, bien que la nature exacte de cette relation reste à déterminer. Le docteur Thomas Waite, médecin-chef adjoint, a justifié le relèvement de l’âge des personnes éligibles au rappel vaccinal contre le Covid-19, tout en insistant sur la nécessité d’encourager les seniors à se faire vacciner contre d’autres maladies, notamment le VRS (virus respiratoire syncytial).
Au-delà des mesures individuelles telles que le lavage des mains et la préparation minutieuse des aliments, le rapport insiste sur l’importance d’une approche plus proactive en matière de prescription d’antibiotiques. Le professeur Whitty estime qu’un seuil plus bas devrait être envisagé pour les personnes âgées, compte tenu du risque accru de septicémie en cas d’infection non traitée. Il précise toutefois qu’il est crucial de maintenir un contrôle strict sur la prescription d’antibiotiques afin de lutter contre la menace de la résistance aux antimicrobiens.
Le professeur Arne Akbar, de l’UCL et président du réseau sur le vieillissement immunitaire de la British Society for Immunology, se félicite de l’attention portée aux infections chez les personnes âgées.
« La prévention et une meilleure gestion des infections chez les personnes âgées présentent un énorme potentiel pour permettre aux gens de jouir d’une meilleure qualité de vie plus longtemps et d’alléger la pression sur les systèmes de santé et de protection sociale. »
Professeur Arne Akbar, UCL
Il espère que ce rapport stimulera de nouvelles recherches sur la prévention des maladies et l’amélioration des résultats de santé dans cette tranche d’âge.
Le rapport ne se limite pas aux questions liées aux personnes âgées. Il met également en garde contre une possible menace pour l’élimination quasi complète du cancer du col de l’utérus si les taux de vaccination contre le VPH ne sont pas maintenus. Une baisse de la vaccination chez les femmes enceintes et une couverture vaccinale de routine en baisse chez les enfants, en particulier à Londres et dans les zones les plus défavorisées, sont également soulignées. Le professeur Whitty a cependant tenu à démentir l’idée d’une montée du scepticisme vaccinal au Royaume-Uni, attribuant la baisse de la vaccination infantile à des contraintes logistiques.
Enfin, le rapport fait état d’une augmentation des infections importées, telles que le paludisme, au cours de la dernière décennie, soulignant l’importance de maintenir l’expertise britannique dans ce domaine. Le professeur Whitty conclut en insistant sur la nécessité de se préparer aux futures pandémies, qui sont, selon lui, « entièrement prévisibles », même si leur date exacte reste incertaine.
« Nous devons maintenir notre capacité à prévenir et à répondre aux infections entre les événements plutôt que de nous tordre les mains et d’espérer l’avoir fait lorsqu’elles surviennent. »
Professeur Chris Whitty, médecin-chef de l’Angleterre