Publié le 6 novembre 2025 à 23h05. L’administration fédérale suisse se distingue par une faible proportion de personnel d’origine étrangère, un contraste frappant avec le marché du travail global où les travailleurs qualifiés étrangers sont essentiels. Cette situation suscite des interrogations sur l’attractivité de la fonction publique et son image auprès de la population.
- Seulement 5 % des employés de la Confédération ne possèdent pas la nationalité suisse.
- Ce chiffre contraste fortement avec les 34 % de la population active suisse d’origine étrangère.
- Des voix s’élèvent pour dénoncer un système perçu comme une « cage dorée » pour les citoyens suisses, avec des conditions de travail privilégiées.
La proportion de ressortissants étrangers au sein de l’administration fédérale suisse reste stable depuis des années, atteignant environ 5 %. Ce chiffre, confirmé par l’Office fédéral du personnel, contraste de manière significative avec la réalité du marché du travail suisse, où les travailleurs qualifiés étrangers représentent 34 % de la population active. Cette disparité soulève des questions sur l’attractivité de la fonction publique pour les talents internationaux.
L’administration fédérale, qui emploie environ 43 000 personnes, ne requiert la nationalité suisse que pour les postes liés à des fonctions souveraines, telles que l’armée, la garde-frontière ou les missions diplomatiques. Elle comprend un large éventail de professions, allant du personnel universitaire aux artisans et spécialistes techniques. Néanmoins, la faible représentation des étrangers dans ses rangs est un sujet de débat.
« Une cage dorée pour les Suisses »
Cette situation n’est pas sans rappeler les discussions en Allemagne, où le gouvernement du chancelier Friedrich Merz souhaite encourager le recrutement de personnes issues de l’immigration dans la fonction publique. Natalie Pawlik, chargée d’intégration, a récemment déclaré :
« Nous n’exploitons pas encore suffisamment le potentiel des personnes issues de l’immigration dans la fonction publique. Nous devons changer cela. »
Natalie Pawlik, chargée d’intégration
En Suisse, les critiques proviennent notamment du secteur économique. Rudolf Minsch, économiste en chef de l’organisation faîtière Economiesuisse, estime que la faible présence d’étrangers au sein de la Confédération s’explique en partie par des conditions de travail particulièrement avantageuses. Il n’hésite pas à qualifier l’administration fédérale de « cage dorée pour les Suisses ».
Minsch souligne un écart croissant entre les pratiques de l’administration et celles du secteur privé, confronté à une pression constante pour maîtriser les coûts et rester compétitif. Il observe que les augmentations de salaire sont plus fréquentes et les effectifs en croissance au sein de la Confédération, ce qui facilite l’attraction de travailleurs qualifiés qui pourraient autrement exercer leurs compétences dans le secteur privé. Il ajoute :
« L’administration fédérale est une cage dorée pour les Suisses. »
Rudolf Minsch, économiste en chef d’Economiesuisse
Cette situation contribue également à un affaiblissement des échanges entre le secteur public et le secteur privé, réduisant la compréhension mutuelle des réalités respectives. Selon Minsch, une fois intégré à l’administration fédérale, il est rare de voir les employés la quitter.
L’image que renvoie l’État
La faible proportion d’étrangers au sein de la Confédération pourrait-elle influencer son image à l’extérieur ? Le chercheur en migration Ganga Jey Aratnam soulignait en octobre dernier que beaucoup de gens ne perçoivent pas pleinement le degré de diversité de la Suisse actuelle. Il explique que cette diversité ne se reflète que peu dans la politique et l’administration, où les citoyens suisses restent majoritaires.
L’Office fédéral du personnel invoque plusieurs raisons pour expliquer cette situation. Outre les exigences liées à la nationalité pour certains postes, les compétences linguistiques, notamment la maîtrise de deux langues nationales, constituent un facteur important. De plus, le type d’emplois proposés par la Confédération, qui ne concerne pas les secteurs de la restauration ou de la santé, joue également un rôle.
Des appels à une « interdiction des étrangers »
Alors que l’Allemagne cherche à attirer davantage de ressortissants étrangers dans sa fonction publique, la Suisse ne semble pas envisager de mesures similaires. L’Office fédéral du personnel affirme qu’il n’y a pas de preuve que la nationalité constitue un frein à la candidature et qu’aucune information sur les antécédents migratoires n’est collectée, seule la nationalité étant enregistrée.
L’Office souligne néanmoins son engagement en faveur de la diversité, notamment en termes de genre, de langues et de proportion de personnes handicapées. Cependant, aucune initiative ou campagne spécifique n’est actuellement menée pour attirer spécifiquement des employés de nationalité étrangère ou issus de l’immigration.
Dans le passé, certains politiciens suisses ont même exprimé des positions plus radicales. L’ancien président de l’UDC, Toni Brunner, avait plaidé pour une « interdiction cohérente des étrangers » au sein de l’administration fédérale, malgré sa faible représentation actuelle.
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