Publié le 11 octobre 2025 14:21:00. Un traitement largement prescrit contre la calvitie, le finastéride, est pointé du doigt pour son lien potentiel avec la dépression et les idées suicidaires, alors que des inquiétudes remontent depuis plus de deux décennies sans déclencher d’enquêtes approfondies des autorités sanitaires.
- Le finastéride, un médicament populaire pour lutter contre la perte de cheveux, est associé à un risque accru de troubles de l’humeur et de pensées suicidaires.
- Des études récentes confirment cette association, mais les agences de réglementation et le fabricant du médicament n’ont pas mené d’investigations de sécurité adéquates.
- Certains patients continuent de souffrir de symptômes psychiatriques même après l’arrêt du traitement, un phénomène connu sous le nom de « syndrome post-finastéride ».
Des chercheurs de l’Université hébraïque de Jérusalem ont mis en évidence un manque d’action face aux preuves grandissantes concernant les effets psychiatriques potentiellement graves du finastéride. Leur analyse, basée sur des données mondiales issues de rapports d’événements indésirables et de bases de données sur la santé, révèle une tendance constante : les personnes traitées par ce médicament présentent un risque plus élevé de développer des troubles de l’humeur ou des pensées suicidaires que celles qui ne l’utilisent pas.
Cette analyse s’appuie sur huit études majeures publiées entre 2017 et 2023, avec des résultats cohérents observés dans différents pays et systèmes de données, notamment les registres de la Food and Drug Administration (FDA) aux États-Unis, ainsi que les banques nationales de santé en Suède, au Canada et en Israël. Le professeur Mayer Brezis, auteur principal de l’étude, déplore que les professionnels de la santé et les agences de réglementation aient trop souvent ignoré les signaux d’alerte.
L’Agence européenne des médicaments (AEM) avait déjà souligné, en mai dernier, l’émergence de changements d’humeur, incluant la dépression et les idées suicidaires, liés à l’utilisation du finastéride, en particulier à la dose de 1 mg. Cependant, la FDA n’a reconnu la dépression comme un effet secondaire possible qu’en 2011, et le risque de suicide n’a été ajouté à la notice du médicament qu’en 2022, soit près de 20 ans après les premières alertes des chercheurs.
Selon les estimations, le nombre de cas de suicide liés au finastéride pourrait se chiffrer en milliers, alors que la FDA n’avait enregistré que 18 cas en 2011. Le professeur Brezis critique vivement le manque d’investigations de sécurité menées par le laboratoire pharmaceutique Merck et la FDA.
« Les preuves ne sont plus anecdotiques. Nous observons désormais des tendances constantes au sein de diverses populations – et les conséquences pourraient avoir été tragiques. »
Mayer Brezis, professeur à l’Université hébraïque de Jérusalem
Le finastéride agit en bloquant la conversion de la testostérone en dihydrotestostérone (DHT). Cependant, il peut également interférer avec les neurostéroïdes, tels que l’allopregnanolone, une substance impliquée dans la régulation de l’humeur dans le cerveau. Des études sur des animaux ont montré des effets durables sur la neuroinflammation et même des changements structurels dans l’hippocampe.
Le « syndrome post-finastéride », qui affecte certains patients après l’arrêt du traitement, se manifeste par des symptômes persistants tels que l’insomnie, les crises de panique, les difficultés cognitives et les pensées suicidaires, pouvant durer des mois voire des années. L’étude souligne que, contrairement aux médicaments destinés à la perte de poids ou aux traitements psychiatriques, le finastéride est considéré comme un médicament d’usage cosmétique, ce qui pourrait expliquer pourquoi ses effets secondaires n’ont pas fait l’objet d’une surveillance aussi rigoureuse.
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