Publié le 22 décembre 2023 20h04. La Russie intensifie ses frappes sur la région d’Odessa, en Ukraine, ciblant les infrastructures portuaires et menaçant l’exportation de céréales, alors que les efforts diplomatiques pour une résolution du conflit piétinent.
- Les attaques russes répétées ont provoqué des coupures de courant massives et endommagé des navires civils dans la région d’Odessa.
- Moscou est accusée de chercher à bloquer l’accès de l’Ukraine à la mer, en représailles aux attaques contre sa « flotte fantôme ».
- Les négociations américaines avec les représentants ukrainiens et russes à Miami n’ont pas permis de percée significative.
La région d’Odessa est soumise à une pression croissante de la part des forces russes. Ces derniers jours, des infrastructures portuaires ont été directement visées, entraînant des perturbations majeures dans l’approvisionnement électrique et des pertes humaines. Lundi soir, un navire civil a été endommagé lors des frappes, selon le gouverneur régional. Ces attaques s’inscrivent dans une série de centaines d’attaques qui ont déjà causé des coupures de courant prolongées et plusieurs victimes.
Dimanche soir, 120 000 personnes se sont retrouvées sans électricité et un incendie dans un grand port a détruit des dizaines de conteneurs contenant de la farine et de l’huile végétale. La semaine précédente, une frappe de missile balistique sur le port de Pivdenniy, situé à l’est d’Odessa, avait fait huit morts et au moins 30 blessés. Plus tôt dans la semaine, une femme a été tuée alors qu’elle voyageait en voiture avec ses trois enfants, et le seul pont reliant la région d’Odessa à la Moldavie a été temporairement coupé.
Le président Volodymyr Zelensky a dénoncé ces attaques comme une tentative délibérée de Moscou de priver l’Ukraine de son accès à la mer, essentiel pour son économie. Il a également annoncé le remplacement prochain du commandant de l’armée de l’air pour la région, Dmytro Karpenko, limogé ce week-end.
Odessa, troisième ville d’Ukraine après Kyiv et Kharkiv, joue un rôle crucial dans l’économie du pays, d’autant plus que les ports de Zaporizhzhia, Kherson et Mykolaïv sont actuellement inaccessibles en raison de l’occupation russe. L’Ukraine reste l’un des principaux exportateurs mondiaux de blé et de maïs, et depuis août 2023, Odessa est le point de départ d’un corridor maritime vital permettant l’exportation de céréales via les côtes de la Roumanie et de la Bulgarie, en direction de la Turquie.
Le président Zelensky a accusé la Russie de vouloir « semer le chaos » parmi la population d’Odessa et a souligné que « sans pression sur la Russie, ils n’ont pas l’intention de mettre véritablement fin à leur agression ». Ses déclarations interviennent alors que les dernières tentatives diplomatiques américaines, menées à Miami, se sont achevées sans résultats concrets.
Les États-Unis ont rencontré séparément les délégations ukrainienne et russe, les discussions ayant donné lieu à des déclarations optimistes, mais sans avancée notable vers une fin du conflit qui approche de sa quatrième année. L’envoyé spécial du président américain, Steve Witkoff, a indiqué qu’il avait travaillé avec son homologue ukrainien, Rustem Umerov, à « aligner les positions » sur un projet de plan de paix en 20 points présenté par l’Ukraine. Ce plan se présente comme une alternative à une proposition américaine antérieure, jugée plus favorable à Moscou.
Avant même le retour du représentant russe Kirill Dmitriev à Moscou depuis la Floride, le conseiller du Kremlin en matière de politique étrangère, Iouri Ouchakov, a déclaré aux journalistes que les modifications apportées aux propositions de paix par l’Ukraine et l’Europe n’amélioreraient pas les perspectives de paix. Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Ryabkov, a quant à lui accusé les pays de l’Union européenne d’avoir une « ferme aspiration » à faire échouer d’éventuels accords russo-américains sur l’Ukraine et à « empêcher d’une manière générale que les relations russo-américaines ne s’améliorent ». Il a également affirmé que les pays européens étaient « possédés par une peur maniaque » d’une attaque russe, tout en réitérant la volonté de la Russie de confirmer par écrit qu’elle n’a aucune intention d’attaquer l’UE ou l’OTAN, comme l’avait déjà déclaré Vladimir Poutine en novembre :
« Nous n’avons jamais prévu d'[attaquer l’Europe], mais s’ils veulent l’entendre de notre part, eh bien, faisons-le, nous le mettrons par écrit. »
Vladimir Poutine, président russe
La Russie a également dénoncé l’existence d’une « flotte fantôme » – des centaines de pétroliers utilisés pour contourner les sanctions occidentales imposées après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022 – et a menacé de couper l’accès de l’Ukraine à la mer en représailles aux attaques contre ces navires.
