La végétation des bords de l’Arve genevoise expose en ce début novembre une mosaïque de teintes automnales, signalant une perturbation profonde des cycles biologiques des arbres provoquée par la sécheresse estivale et des températures particulièrement douces.
Les arbres forestiers traversent une période d’atypisme marquée par des vagues de chaleur et un manque d’eau persistant depuis le mois de juillet, selon des observations menées par Yann Vitasse, chercheur en écologie forestière à l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage WSL. Certains spécimens, à l’instar des hêtres, ont affiché un brunissement prématuré et une perte de feuillage dès le cœur de l’été, tandis que les sujets parvenus à tenir bon accusent un retard d’environ deux semaines dans leur coloration automnale en raison de la douceur observée en octobre.
Une vulnérabilité accrue face aux projections climatiques de 2030
Cette perturbation des cycles s’inscrit dans un paysage national sous tension. En France métropolitaine, la surface forestière a atteint 17,5 millions d’hectares en 2023, ce qui représente 32 % du territoire, mais le volume des arbres y croît désormais à un rythme ralenti d’après les données de l’observatoire gouvernemental de la forêt. La mortalité en forêt a ainsi doublé sur une décennie, comparant les périodes 2014-2022 et 2005-2013, minée par le stress hydrique et les épisodes de canicule.
Face à des projections climatiques tablant sur une hausse de 2°C en 2030 et de 4°C en 2100, les conditions évoluent à une vitesse jugée excessive pour permettre une adaptation naturelle des écosystèmes. Les sols trop secs privent l’arbre d’eau, entraînant un ralentissement ou un arrêt de la circulation de la sève et une fermeture des stomates. Le dépérissement qui s’ensuit favorise l’action d’insectes ravageurs et de champignons pathogènes opportunistes.
L’adoucissement des hivers et la hausse des températures favorisent la prolifération de certains ravageurs et pathogènes, qu’ils soient indigènes ou d’origine exotique. Les scolytes, petits coléoptères de 4 à 6 mm qui creusent des galeries sous l’écorce pour pondre leurs œufs, voient par exemple leur cycle de reproduction s’accélérer pour produire désormais jusqu’à 2 à 3 générations par an, contre 1 à 2 auparavant. Ce phénomène a dévasté les forêts d’épicéas puis de sapins, avec une mortalité atteignant 37 millions de mètres cubes après la crise de 2018-2019.
L’intensification des tempêtes et des risques d’incendie
Les événements climatiques extrêmes pèsent lourdement sur la vitalité des massifs.