Home AffairesLa SEPI demande du temps au président d’Indra pour analyser “en profondeur” le rachat de son entreprise familiale

La SEPI demande du temps au président d’Indra pour analyser “en profondeur” le rachat de son entreprise familiale

by Amélie Bernard

Madrid, le 16 octobre 2025. La Société nationale de participations industrielles (SEPI), actionnaire majoritaire d’Indra, freine le processus de rachat de l’entreprise Escribano Mechanical & Engineering (EM&E), filiale du groupe familial du président d’Indra, Ángel Escribano, afin d’évaluer plus précisément les aspects financiers et stratégiques de l’opération.

  • La SEPI, qui détient 28 % du capital d’Indra, demande à avoir accès aux comptes de 2025 des deux sociétés avant de donner son feu vert définitif.
  • Un conflit d’intérêts potentiel lié à l’intégration d’EM&E a conduit Indra à créer une commission ad hoc pour analyser l’opération, évaluée entre 1 et 2 milliards d’euros.
  • Les frères Escribano se sont engagés à ne pas détenir, à eux deux, une participation dans Indra supérieure à celle de l’État.

La SEPI, bras financier de l’État espagnol, a demandé un délai supplémentaire aux autres actionnaires d’Indra et à leurs représentants au conseil d’administration avant de valider l’acquisition d’EM&E. L’organisme public, premier actionnaire d’Indra avec 28 % du capital, souhaite prendre une décision éclairée concernant le prix d’achat et le calendrier de l’opération. Selon des sources proches de la direction d’Indra, cette demande pourrait repousser la finalisation du rachat au moins jusqu’au premier trimestre 2026.

L’État a obtenu de Ángel Escribano et de son frère Javier, président du groupe familial, l’assurance qu’ils ne détiendraient jamais, ensemble, une part dans Indra supérieure à celle de l’État. En cas de valorisation dépassant 1,5 milliard d’euros, les frères Escribano s’engagent à vendre une partie de leurs actions afin de maintenir leur participation maximale autour de 25 %, ce qui leur permettrait de financer les dettes de leur entreprise familiale.

La SEPI est représentée au conseil d’Indra par trois membres : Miguel Sebastián, ancien ministre socialiste ; Antonio Cuevas, ancien député socialiste ; et Juan Moscoso del Prado, également ancien député socialiste.

L’intégration d’EM&E, qui possède 14 % de la multinationale espagnole, soulève un évident conflit d’intérêts. Les frères Escribano se sont d’ailleurs abstenus de participer aux négociations concernant la fusion, dirigées par le PDG d’Indra, José Vicente de los Mozos. Face à cette situation, la direction d’Indra a créé une commission ad hoc pour analyser l’opération. Cette commission s’est appuyée sur les analyses de l’équipe de direction d’Indra, ainsi que sur les avis des conseillers externes Renaissance Strategic Advisors et Oliver Wyman.

Lors d’une réunion hier, les dirigeants d’Indra ont confirmé que l’opération était conforme à la stratégie de l’entreprise, en l’absence des administrateurs concernés par le conflit d’intérêts. Ils ont ensuite informé la Commission nationale du marché des valeurs mobilières (CNMV) que

« à la lumière des rapports de l’équipe de direction, de la commission ad hoc et des conseillers indépendants concernant l’adéquation stratégique d’une éventuelle opération entre Indra et EM&E, il a été unanimement convenu que ladite éventuelle opération est conforme à la stratégie d’Indra. »

Cependant, Indra a précisé à la CNMV que

« Cet accord n’implique ni ne prévoit l’approbation d’une quelconque opération. Il ne conditionne pas non plus aucun type de formule qui pourrait être adoptée ni aucun de ses termes économiques, qui n’ont pas encore été évalués par le conseil d’administration. »

L’analyse des aspects restants de l’opération potentielle se poursuivra donc.

Des synergies logiques

Selon les experts du secteur, cette opération vise à renforcer la position d’Indra, qui conçoit et développe déjà des solutions innovantes en matière de défense et de sécurité, notamment dans les domaines des radars et des systèmes électroniques. L’entreprise dispose cependant de capacités limitées en matière de véhicules terrestres. Escribano, spécialisée dans les tourelles d’armes pour véhicules de combat, apparaît donc comme un partenaire idéal.

Les observateurs restent optimistes quant à la réussite de l’opération, même si elle est reportée au-delà du dernier conseil d’administration de l’année. José Vicente de los Mozos a récemment déclaré que l’opération serait finalisée

« dans le temps nécessaire pour que personne ne doute que ce soit bon pour les actionnaires. »

Joseph Oughourlian, qui détient 7,24 % d’Indra via son fonds Amber Capital, a quant à lui estimé que l’opération aurait dû être réalisée

« il y a longtemps. »

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