Une jeune entreprise grenobloise, Anodine, réinvente l’électrolyse en développant des électrodes innovantes pour le traitement de l’eau, une technologie qui pourrait bien révolutionner la désinfection et la dépollution. Née d’une recherche prometteuse en matière de production d’hydrogène vert, la startup mise désormais sur un marché plus mature et aux applications multiples.
L’aventure d’Anodine a débuté sur les bancs de l’Université de Grenoble, où Damien Mouchel dit Leguerrier, Baptiste Dautreppe et Richard Barré se sont rencontrés. Damien Mouchel, animé par un esprit entrepreneurial, cherchait un projet à transformer en startup, tandis que Baptiste Dautreppe, étudiant brillant, développait des électrodes particulièrement sobres en métaux pour la production d’hydrogène. Rapidement, l’idée de valoriser les recherches de Baptiste a germé, et pendant la période du Covid, les trois associés ont décidé de leur trouver une application concrète.
Initialement axée sur la production d’hydrogène vert à partir de l’eau de mer, l’entreprise a rapidement réalisé que le marché de l’hydrogène n’était pas encore suffisamment développé. « Nous voulions nous attaquer à un enjeu colossal, mais il fallait que notre solution corresponde à un marché réel, pas simplement à un défi technologique », explique Damien Mouchel, CEO d’Anodine. C’est ainsi qu’ils se sont tournés vers le traitement de l’eau, un secteur plus mature et offrant de nombreuses opportunités.
La technologie d’Anodine repose sur la fabrication et la commercialisation de nouvelles électrodes pour électrolyseurs, capables de transformer le sel contenu dans l’eau en agents désinfectants. « Les électrolyseurs ouvrent la voie à de nombreuses applications : dépollution et traitement de l’eau, traitement des effluents, production d’énergie, génération d’hydrogène et d’oxygène, dessalement de l’eau de mer, pour n’en citer que quelques-unes. Toutes ces technologies nécessitent des électrodes, et c’est précisément ce que nous fabriquons », précise Damien Mouchel dit Leguerrier.
L’entreprise a déjà convaincu sept clients en France, en Allemagne et en Australie. « Nous arrivons avec beaucoup de pédagogie : nous expliquons comment ça fonctionne, décortiquons le coût, et surtout nous proposons une compréhension nouvelle du produit afin que nos clients puissent enfin acheter de manière éclairée après plus de 50 ans dans le flou », ajoute le co-fondateur.
Le secret d’Anodine réside dans la combinaison d’un matériau breveté et d’un nouveau procédé de fabrication, le dip-coating ou enduction par trempage. Cette technique permet de déposer un revêtement extrêmement précis, contenant moins de métaux rares, tout en optimisant les performances industrielles. « Notre ambition, c’est de faire mieux avec moins de matières premières critiques. Nous voulons, par étapes, réussir à nous passer de ces métaux pour une électrode plus sobre mais aussi plus durable et plus accessible », poursuit le CEO.
L’industrialisation en France, plutôt qu’en Asie, offre à Anodine une sécurité d’approvisionnement et une empreinte environnementale maîtrisée, un atout majeur à l’heure où les prix des matières premières s’envolent et les réglementations RSE se durcissent.
Anodine a démarré la commercialisation en 2025 et prévoit une montée en puissance rapide : près de 1 000 électrodes produites en 2025, 40 000 en 2026 et 200 000 en 2027.
L’entreprise a bénéficié du soutien de la SATT Linksium, ainsi que de plusieurs aides financières, notamment les subventions i-PhD et i-Lab de Bpifrance, la Bourse French Tech et le crédit d’impôt recherche, pour un montant cumulé proche de 1 million d’euros.
Aujourd’hui, Anodine lance une première levée de fonds en seed, visant 850 000 euros en equity, pour atteindre un total de 2,3 millions d’euros en incluant la dette bancaire et les subventions. La campagne d’investissement s’adresse à un fonds d’investissement early-stage, au réseau des business angels grenoblois et au grand public via une plateforme de financement participatif, Sowefund, accessible à partir de 1 000 euros. « Au-delà du financement, on voulait faire entrer dans l’aventure un panel de particuliers passionnés par l’innovation industrielle et la tech verte. Leur confiance est un véritable moteur pour notre croissance », insiste Damien Mouchel dit Leguerrier.
L’objectif est d’accélérer la construction d’une nouvelle ligne de production automatisée près de Grenoble, de recruter les équipes de production et commerciales, et de générer un chiffre d’affaires de 300 000 à 600 000 euros dès 2026, puis de 2,4 millions d’euros en 2027, année où l’entreprise prévoit d’atteindre la rentabilité.
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