Home MondeLa tension monte à Madagascar : un groupe de militaires s’est rebellé et a rejoint les manifestants lors d’une nouvelle journée de protestation

La tension monte à Madagascar : un groupe de militaires s’est rebellé et a rejoint les manifestants lors d’une nouvelle journée de protestation

by Clara Dubois

Publié le 12 octobre 2023 16:30. Des manifestations massives ont éclaté à Antananarivo, Madagascar, pour dénoncer les fréquentes coupures d’eau et d’électricité, dégénérant en affrontements avec les forces de l’ordre et révélant des tensions au sein de l’armée.

  • Des milliers de personnes ont manifesté dans la capitale malgache, réclamant la fin des problèmes d’approvisionnement en eau et en électricité.
  • Les affrontements ont fait au moins 26 blessés, selon les hôpitaux, et des témoins font état de deux morts par balle.
  • La situation est compliquée par des divisions au sein de l’armée, avec des soldats encourageant les manifestants tandis que d’autres tentent de réprimer les protestations.

La capitale malgache, Antananarivo, est le théâtre de tensions sociales vives depuis plusieurs jours. Les coupures récurrentes d’eau et d’électricité, conjuguées à un contexte de chômage et de précarité, ont poussé des milliers de citoyens à descendre dans la rue. Samedi, la manifestation a pris une tournure violente, avec des affrontements entre les manifestants et les forces de l’ordre. Le personnel médical de l’hôpital Joseph Ravoahangy Andrianavalona a recensé au moins 26 blessés. Des témoins et des sources militaires rapportent quant à eux deux décès par balle survenus à proximité des zones de protestation.

Face à la situation, le général Jocelyne Rakotoson, chef d’état-major général de l’armée, a appelé les militaires à regagner leurs casernes et les citoyens à cesser toute destruction de biens publics et privés. Cet appel n’a cependant pas été accueilli favorablement par tous les soldats, témoignant de profondes divisions au sein des forces armées. Des images ont circulé montrant des soldats à bord de chars encourageant les manifestants, suscitant des gestes de gratitude de la part de la foule.

La police a riposté en utilisant des gaz lacrymogènes et en recourant à la force pour disperser les manifestants, notamment autour du lac Anosy. Au cours de ces opérations, deux personnes sont mortes par balle, un civil et un militaire, selon des témoignages recueillis sur place, bien que ces informations n’aient pas été officiellement confirmées par les autorités.

La communauté internationale s’est dite préoccupée par l’escalade de la violence. Le Département d’État des États-Unis a recommandé à ses citoyens de rester confinés chez eux. « Il est fortement conseillé aux citoyens américains de s’abriter chez eux. Des informations indiquent que la gendarmerie et l’armée ont échangé des tirs dans le centre-ville, près du lac Anosy, et que certaines factions des forces de sécurité se sont jointes aux manifestations. La situation reste très volatile et imprévisible », a déclaré le gouvernement américain.

L’épicentre de la contestation se situe sur la place du 13 mai, un lieu symbolique de l’histoire politique malgache. Les jeunes de la génération Z sont à l’origine de cette mobilisation massive, inspirés par des mouvements sociaux récents au Kenya et au Népal.

Les causes profondes de cette crise sociale sont multiples : crise énergétique, coupures d’eau et d’électricité chroniques, chômage, précarité et un sentiment général d’inefficacité du système éducatif. Face à l’absence de réponse du gouvernement, les manifestants exigent désormais la démission du président Andry Rajoelina et réclament une transition politique.

L’instabilité actuelle a été exacerbée par la dissolution du gouvernement annoncée la semaine dernière par Rajoelina et la nomination du général de division Ruphin Fortunat Zafisambo comme nouveau Premier ministre. Zafisambo a adressé un message aux militaires via Facebook : « Nous tous, que nous soyons soldats, policiers ou gendarmes, sommes issus du peuple, nous devons donc écouter sa voix et ses plaintes. »

Depuis le début des manifestations le 25 septembre, les Nations Unies ont fait état d’au moins 22 morts et plus de 100 blessés, bien que le gouvernement malgache ne reconnaisse pas officiellement ces chiffres. Les forces de sécurité ont utilisé des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc et des grenades assourdissantes pour disperser les foules, ce qui a entraîné des pillages et des destructions dans plusieurs quartiers de la capitale.

La situation d’Andry Rajoelina reste précaire. Des sources de Europa Press soulignent que le vide politique actuel alimente la confusion et entrave tout dialogue avec les forces sociales mobilisées. La présidence est sous haute surveillance après sa réélection en décembre 2023, un processus électoral contesté par l’opposition.

Depuis son arrivée au pouvoir par un coup d’État en 2009 et son retour en 2018, Andry Rajoelina, 51 ans et ancien disc-jockey, est confronté à son plus grand défi, poussé par une jeunesse qui réclame des services de base, des opportunités d’emploi et une plus grande transparence publique.

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