Publié le 16 octobre 2025. Une étude récente révèle que la chimiothérapie peut induire des modifications métaboliques cérébrales détectables par imagerie TEP/CT, ouvrant la voie à une meilleure identification et prise en charge des troubles cognitifs associés.
- L’imagerie TEP/CT met en évidence une diminution du métabolisme du glucose dans certaines zones cérébrales chez les patients sous chimiothérapie.
- Ces altérations métaboliques sont plus marquées chez les patients âgés de 55 ans et plus et ceux recevant une chimiothérapie intrathécale.
- Les chercheurs espèrent que ces découvertes permettront de développer des biomarqueurs d’imagerie pour une détection précoce et une intervention personnalisée.
Des chercheurs du MD Anderson Cancer Center de Houston, au Texas, ont mis en évidence des changements significatifs dans l’activité cérébrale des patients atteints de leucémie suivant une chimiothérapie. L’étude, publiée dans le Journal of Nuclear Medicine, utilise l’imagerie par tomographie par émission de positons couplée à la tomodensitométrie (TEP/CT) pour observer le métabolisme du glucose dans le cerveau.
Les troubles cognitifs induits par la chimiothérapie (TICC), parfois appelés « chimio-cerveau », sont une complication neurologique fréquente chez les patients cancéreux. Ces troubles affectent la mémoire, l’attention et les fonctions exécutives, et peuvent persister plusieurs mois après la fin du traitement. Jusqu’à présent, la relation précise entre le moment de la chimiothérapie et les changements métaboliques cérébraux restait mal comprise, de même que l’influence de la voie d’administration intrathécale.
Pour pallier ce manque de connaissances, l’équipe a analysé rétrospectivement les données de 80 patients atteints de leucémie, répartis en trois groupes : 29 personnes n’ayant pas reçu de chimiothérapie (témoins), 22 patients ayant reçu une chimiothérapie il y a plus d’un an, et 49 patients en cours de traitement ou ayant terminé leur chimiothérapie dans l’année précédente. L’absorption régionale du radiotraceur F-18 FDG a été quantifiée à l’aide du logiciel MIM.
Les résultats montrent que les patients exposés à la chimiothérapie présentent des altérations métaboliques significatives par rapport aux témoins. Une diminution de l’absorption du glucose a été observée dans le gyrus cingulaire postérieur (1,33 contre 1,36 ; p = 0,04), le gyrus orbital antérieur (1,05 contre 1,11 ; p = 0,05) et les thalami (1,19 contre 1,24 ; p = 0,05). Chez les patients de 55 ans et plus, une réduction du métabolisme a été constatée dans l’opercule rolandique (1,12 contre 1,19 ; p < 0,001) et le gyrus frontal inférieur (1,16 contre 1,19 ; p = 0,05). De plus, les patients récemment traités par chimiothérapie ont présenté une augmentation du métabolisme dans le gyrus fusiforme (1,34 contre 1,27 ; p = 0,04) et l’insula.
L’étude a également révélé que la chimiothérapie intrathécale était associée à une réduction du métabolisme thalamique (1,11 contre 1,15 ; p = 0,02).
« La chimiothérapie est associée à des altérations métaboliques cérébrales basées sur les voxels, en particulier dans les domaines régissant la cognition et les émotions. Les effets sont plus prononcés chez les personnes âgées et celles recevant un traitement intrathécal. »
Ahmed Msherghi, MD, MD Anderson Cancer Center
Les chercheurs soulignent la nécessité de mener des études prospectives à grande échelle pour valider ces résultats et mieux comprendre les mécanismes sous-jacents. Ils suggèrent également d’inclure des patients atteints de différents types de cancer et suivant différents schémas thérapeutiques, ainsi que de réaliser des évaluations longitudinales pour suivre l’évolution des changements métaboliques au fil du temps.
L’étude complète est disponible ici.