Publié le 24 septembre 2025 10h30. La disparition des forêts à l’échelle mondiale s’accélère, transformant ces précieux puits de carbone en sources d’émissions et menaçant l’équilibre climatique de la planète. Des initiatives de reforestation existent, mais elles peinent à compenser l’ampleur de la destruction.
- La superficie forestière mondiale a diminué de 31 % depuis qu’elle recouvrait initialement 57 % du territoire.
- Entre 2000 et 2020, 1,55 million de kilomètres carrés de forêt intacte ont disparu, soit l’équivalent de la France, de l’Allemagne et de l’Espagne réunies.
- Les forêts, autrefois un allié dans la lutte contre le changement climatique, sont désormais en train de devenir un contributeur majeur à l’effet de serre.
La hache, la tronçonneuse et le feu continuent de grignoter les forêts du monde entier, laissant derrière elles des paysages cicatrisés et désolés. Une tendance alarmante, soulignée par les données récentes, qui met en péril l’avenir de la planète.
Depuis 1990, 420 millions d’hectares de forêts ont été perdus, et le rythme de déforestation s’élève désormais à 10 millions d’hectares par an. Les pays les plus touchés sont la Russie, le Brésil, le Canada, les États-Unis et la Chine, selon les classements de World Population Review. Cependant, des exceptions existent, notamment en Scandinavie, où des programmes de reforestation et de restauration commencent à inverser la tendance.
La déforestation ne se limite pas à la suppression pure et simple des arbres. L’exploitation forestière sélective, l’expansion agricole, la fragmentation des habitats par les infrastructures, les invasions de ravageurs, les incendies de forêt et, surtout, le changement climatique exercent une pression considérable sur les forêts restantes. Cette perte de couvert forestier est l’un des principaux moteurs de la sixième extinction de masse, menaçant la biodiversité à l’échelle mondiale.
Les images satellites, scrutant la planète depuis l’espace, témoignent de l’ampleur de la destruction. Entre 2000 et 2020, la superficie des forêts intactes a diminué de 1,55 million de kilomètres carrés. Le taux annuel de perte de forêts a même accéléré, passant de 7,1 millions d’hectares entre 2000 et 2013 à 9 millions d’hectares entre 2013 et 2020, comme le montre l’analyse du World Resources Institute. Ces données sont suivies de près par des milliers d’observateurs à travers le monde grâce à Global Forest Watch.
L’Amazonie brésilienne a perdu 17 % de sa superficie au cours des deux dernières décennies, avec plus de 800 millions d’arbres disparus. Mais le sort de l’Amazonie n’est pas le seul sujet de préoccupation. Le Brésil a déjà détruit 85 % de son immense forêt tropicale humide de l’Est, la Mata Atlantica, et fragmenté les restes. La déforestation brésilienne a des conséquences profondes sur l’assèchement de l’ensemble du continent sud-américain et sur le changement climatique mondial, en détruisant progressivement le plus grand puits de carbone de la planète.
La forêt boréale du Nord, qui s’étend sur le Canada, les États-Unis, la Scandinavie et la Russie, est également sous pression. Elle est menacée par l’exploitation forestière, l’agriculture, l’exploitation minière, l’expansion urbaine, le changement climatique et l’augmentation des incendies de forêt, des ravageurs et des maladies.
L’histoire de la déforestation est ancienne. L’Europe a été le premier continent à subir une destruction massive de ses forêts, débutée il y a plus de 6000 ans avec l’invention des haches en bronze et en fer et le développement de l’agriculture. En 1800, la moitié de sa superficie boisée avait déjà disparu. Aujourd’hui, l’Europe ne compte plus de forêts primaires, comme le souligne World Rainforests.
Aujourd’hui, les principaux responsables de la déforestation ne sont plus les agriculteurs ou les mineurs, mais les grandes entreprises agroalimentaires et leurs filiales agro-industrielles, qui déforestent pour produire davantage de bœuf, de soja, de chocolat et d’huile de palme pour répondre à une demande croissante.
La production alimentaire est un facteur majeur de la disparition des forêts tropicales d’Asie du Sud-Est, qui a perdu la moitié de ses arbres depuis le début de l’exploitation forestière. L’Indonésie, la Malaisie et l’île de Bornéo sont particulièrement touchés, avec plus de 610 000 km² de forêt perdus au cours des deux premières décennies du 21e siècle, principalement en raison du défrichement pour la production d’huile de palme. L’orang-outan, le rhinocéros de Java et le tigre de Sumatra sont parmi les espèces sauvages gravement menacées par cette destruction.
Malgré ce tableau sombre, des efforts de reforestation sont en cours. Entre 2000 et 2020, 101 millions d’hectares ont été gagnés grâce à la reforestation, mais cela ne compense pas les 101 millions d’hectares perdus. La Russie et le Canada ont réussi à replanter de vastes zones de forêt, mais pas suffisamment pour compenser les pertes.
La perturbation des forêts, qu’elle soit due à l’exploitation sélective, à la fragmentation ou aux incendies, est particulièrement préoccupante. Des scientifiques ont découvert que les forêts perturbées peuvent passer d’un absorbeur de carbone à un émetteur net, accélérant ainsi le changement climatique. On estime qu’actuellement, moins de 30 % de la superficie forestière restante de la planète n’est pas perturbée, selon une étude récente.
Les forêts jouent un rôle crucial dans la régulation du climat, en piégeant et en stockant le carbone, en produisant de l’oxygène, en alimentant le cycle de l’eau et en protégeant les sols. La perte des forêts tropicales libère près de cinq milliards de tonnes de dioxyde de carbone dans l’atmosphère chaque année, soit 10 % des émissions humaines. L’Amazonie, autrefois un puits de carbone, émet désormais plus de CO2 qu’elle n’en absorbe, comme le révèle la BBC.
Selon Global Forest Watch, entre 2001 et 2024, les forêts mondiales ont émis 9,15 milliards de tonnes de carbone et en ont éliminé 14,4 milliards de tonnes, ce qui représente un puits net de -5,29 milliards de tonnes de carbone atmosphérique par an.
Si toutes les forêts situées en dehors des zones agricoles et urbaines étaient autorisées à se reconstituer, elles pourraient potentiellement capter 226 gigatonnes de carbone, soit près d’un tiers des émissions de carbone de l’humanité, selon le Forum économique mondial.
De nombreux pays ont mis en place des programmes de plantation d’arbres, avec des succès variables. L’Inde, l’Éthiopie, la Turquie et le Costa Rica sont parmi les plus performants, mais ces efforts sont souvent dépassés par l’ampleur de l’exploitation forestière industrielle, notamment en Russie, au Brésil, au Canada, aux États-Unis et en Chine.
La déforestation est une catastrophe mondiale qui s’aggrave. Malgré les bonnes intentions, la tendance s’accélère, et l’humanité continue de saper les fondements mêmes de son propre système de survie.