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La Thaïlande accuse le Cambodge de violer la nouvelle trêve

by Clara Dubois

Publié le 29 décembre 2023 16:15:00. La Thaïlande accuse le Cambodge de violer le cessez-le-feu conclu il y a quelques jours, relançant les tensions à la frontière entre les deux pays et mettant en péril la libération prochaine de soldats cambodgiens détenus par Bangkok.

  • La Thaïlande affirme que plus de 250 drones cambodgiens ont survolé son territoire, une action considérée comme une provocation.
  • Bangkok menace de reconsidérer la libération de 18 soldats cambodgiens capturés en juillet, si le cessez-le-feu n’est pas respecté.
  • Les deux pays se sont engagés à mettre fin aux affrontements frontaliers qui ont déjà déplacé plus d’un million de personnes.

Les relations entre la Thaïlande et le Cambodge sont à nouveau tendues après de nouvelles accusations de Bangkok concernant des violations du cessez-le-feu, signé samedi après des semaines de combats meurtriers à la frontière. L’armée thaïlandaise affirme avoir détecté « plus de 250 véhicules aériens sans pilote (UAV) » cambodgiens pénétrant dans son espace aérien la nuit dernière, une action qualifiée de « provocation » et de violation des accords visant à désamorcer les tensions.

Selon un communiqué de l’armée thaïlandaise, ces actions sont « incompatibles avec la déclaration commune » adoptée lors d’une réunion bilatérale du comité frontalier samedi. La reprise des affrontements ce mois-ci a touché la quasi-totalité des provinces frontalières des deux pays, rompant une trêve précédente dont l’ancien président américain Donald Trump s’était attribué le mérite.

L’accord de cessez-le-feu conclu samedi prévoyait l’arrêt des hostilités, le gel des mouvements de troupes et une coopération dans les domaines du déminage et de la lutte contre la cybercriminalité. Il incluait également la promesse de permettre aux civils de retourner dans les zones frontalières et la libération de 18 soldats cambodgiens capturés en juillet par les forces thaïlandaises, sous réserve du respect du cessez-le-feu.

Le ministre cambodgien des Affaires étrangères, Prak Sokhonn, a minimisé l’incident des drones, le qualifiant de « petit problème lié à des drones vus des deux côtés de la frontière ». Il a déclaré à la télévision d’État cambodgienne que les deux parties avaient discuté de la question et s’étaient engagées à enquêter et à la « résoudre immédiatement ».

Cependant, le porte-parole de l’armée thaïlandaise, Winthai Suvaree, a souligné que l’activité des drones reflétait des « actions provocatrices » et une « position hostile » envers la Thaïlande, susceptibles de compromettre la sécurité des militaires et des civils dans les zones frontalières. Il a ajouté que la Thaïlande pourrait reconsidérer sa décision de libérer les 18 soldats cambodgiens en fonction de l’évolution de la situation.

Cette menace a semé le doute parmi les familles des soldats détenus. Heng Socheat, l’épouse d’un soldat cambodgien, a exprimé ses craintes à l’AFP :

« Jusqu’à ce que mon mari arrive à la maison, je ne les croirai pas. »

Les affrontements frontaliers de juillet dernier avaient déjà fait des dizaines de morts avant qu’une trêve ne soit négociée par les États-Unis, la Chine et la Malaisie, alors présidente de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN). En octobre, le président Trump avait assisté à la signature d’une déclaration de suivi entre la Thaïlande et le Cambodge, mais celle-ci n’a pas tenu longtemps, chaque pays accusant l’autre d’avoir relancé les combats.

Le différend territorial à l’origine de ces tensions est lié à la démarcation de la frontière de 800 km entre la Thaïlande et le Cambodge, une question héritée de l’époque coloniale, où les deux pays revendiquent la propriété de ruines de temples anciens.

Malgré l’accord de cessez-le-feu, la question de la démarcation de la frontière reste en suspens. Lors d’une déclaration conjointe publiée à l’issue de négociations dans la province chinoise du Yunnan, le Cambodge, la Thaïlande et la Chine ont affirmé qu’ils s’engageaient à « travailler étape par étape grâce à des efforts mutuels pour reprendre des échanges normaux, reconstruire la confiance politique mutuelle, améliorer les relations bilatérales Cambodge-Thaïlande et sauvegarder la stabilité régionale ». Le Cambodge a également invité la Thaïlande à participer à une nouvelle réunion bilatérale début janvier pour discuter de la poursuite des travaux d’arpentage et de démarcation de la frontière.

Des centaines de personnes, dont plus d’une centaine de moines bouddhistes, se sont rassemblées devant un monument aux morts à Phnom Penh pour prier pour la paix avec la Thaïlande. Mok Sim, 73 ans, a déclaré qu’elle avait rejoint le rassemblement pour montrer au monde que les Cambodgiens aspirent à la paix :

« Nous prions également pour que nos soldats soient bientôt libérés, mais nous ne connaissons pas l’état d’esprit de l’armée thaïlandaise. Nous espérons qu’ils seront bientôt de retour chez eux. »

Le point de contrôle frontalier de Ban Pakkad entre la Thaïlande et le Cambodge, près du lieu où se déroulent les pourparlers de cessez-le-feu, dans la province de Pailin, au Cambodge.
Le conflit découle d’un différend territorial sur la démarcation, datant de l’époque coloniale, de la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge, longue de 800 km.

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