Publié le 27 décembre 2025 18h36. La pelade, maladie auto-immune provoquant la perte de cheveux, est souvent source d’une anxiété spécifique liée à l’apparence, plus que d’une anxiété ou d’une dépression généralisée, selon une nouvelle étude.
- L’étude révèle que l’anxiété liée à l’apparence est plus forte chez les personnes atteintes de pelade que chez les personnes sans cette condition.
- La visibilité des lésions, en particulier au niveau du visage (cils et sourcils), est un facteur déterminant dans cette anxiété.
- Les résultats soulignent la nécessité d’une approche de soins plus centrée sur le patient et tenant compte des préoccupations psychosociales.
La pelade, ou alopecia areata (AA), est une affection dermatologique chronique qui touche environ 1 à 2 % de la population mondiale. Caractérisée par une perte de cheveux non cicatricielle, elle peut avoir un impact significatif sur la qualité de vie des personnes atteintes, en raison de son imprévisibilité et de ses manifestations visibles. Une nouvelle étude comparative, publiée dans le Journal de psychologie de la santé, met en lumière les aspects psychologiques spécifiques liés à cette maladie.
Des chercheurs ont comparé l’anxiété liée à l’apparence sociale chez 129 adultes atteints de pelade et 142 personnes en bonne santé, d’âges et de sexes similaires (entre 18 et 65 ans). Tous les participants ont répondu à l’échelle d’anxiété d’apparence sociale (SAAS) et à l’échelle d’anxiété et de dépression à l’hôpital (HADS). Les patients atteints de pelade ont également évalué la gravité perçue de leur maladie à l’aide d’une échelle visuelle analogique (EVA) et ont complété l’indice de qualité de vie dermatologique (DLQI).
Les résultats indiquent que les patients atteints de pelade présentent un niveau d’anxiété liée à l’apparence significativement plus élevé (score moyen de 65,32) que les témoins sains (21,45 ; P < 0,001). En revanche, aucune différence significative n'a été observée en termes d'anxiété généralisée ou de dépression. Les scores moyens d'anxiété HADS étaient de 7,21 pour le groupe AA et de 7,35 pour les témoins (P = 0,612), tandis que les scores de dépression HADS étaient respectivement de 6,54 et 6,62 (P = 0,594).
L’étude a également révélé une corrélation positive entre l’anxiété liée à l’apparence (SAAS) et la perception de la gravité de la maladie (EVA) chez les patients atteints de pelade (r = 0,304, P < 0,05). Les auteurs soulignent que cette relation met en évidence l'importance de prendre en compte l'expérience subjective du patient, qui peut être plus déterminante que les indicateurs cliniques objectifs.
L’emplacement des lésions joue un rôle crucial dans l’anxiété liée à l’apparence. Les patients présentant une atteinte faciale, en particulier au niveau des cils et des sourcils, ont signalé les niveaux d’anxiété les plus élevés. Les scores SAAS moyens étaient de 71,3 pour les cils et de 70,1 pour les sourcils, contre 59,1 pour le tronc et 60,2 pour les membres (P < 0,01). D'autres zones visibles du visage, comme le cuir chevelu frontal (68,5), le vertex (66,4) et la région de la barbe (64,7), étaient également associées à une anxiété importante.
La qualité de vie des patients atteints de pelade est également significativement affectée. Le score DLQI moyen était de 12,3, avec 62,8 % des patients présentant un score de 10 ou plus, indiquant un impact modéré à très important sur leur qualité de vie. Près de 11 % des patients avaient un score de 20 ou plus, ce qui correspond à une déficience extrêmement importante.
Selon les auteurs, ces résultats suggèrent que le fardeau psychologique de la pelade est souvent sous-estimé par les seuls paramètres objectifs de gravité de la maladie. Ils plaident pour une approche de soins plus centrée sur le patient, incluant une évaluation systématique de l’anxiété liée à l’apparence, en particulier chez les patients présentant une atteinte faciale. Ils notent également que la nature soudaine, imprévisible et potentiellement chronique de la pelade peut contribuer à une détresse psychologique durable, en menaçant l’identité et l’image de soi.
Références
Kurhan F, Yavuz GÖ. Le fardeau caché de la visibilité : l’anxiété liée à l’apparence sociale chez les patients atteints d’alopécie areata – une étude transversale comparative. J Psychol de la Santé. Publié en ligne le 30 novembre 2025.